RÉCUPÉRER NOS SEMENCES : L’AFSA DEMANDE AUX GOUVERNEMENTS DE RESTAURER ET DE RENFORCER LES FMSS POUR LA SOUVERAINETÉ ET LA RÉSILIENCE ALIMENTAIRES

Résister à la mainmise des entreprises sur les systèmes semenciers africains et construire des systèmes semenciers gérés par les agriculteurs pour la souveraineté alimentaire en Afrique


La Journée internationale des semences, célébrée chaque année le 26 avril, est un moment clé pour les défenseurs de l’agriculture durable, des droits des agriculteurs et de la conservation de la biodiversité, qui s’unissent dans leur engagement en faveur d’un avenir où les semences ne sont pas de simples marchandises, mais des vaisseaux sacrés de la vie, confiés à nos soins pour le bien des générations à venir. Au cœur de cette célébration se trouve une profonde appréciation des variétés paysannes – les divers cultivars traditionnels soigneusement entretenus et transmis de génération en génération. Cette journée est consacrée à l’amplification des voix de ceux qui défendent les semences sans brevet et plaident pour la préservation des systèmes semenciers traditionnels, qui sont au cœur du patrimoine agricole de l’Afrique.

Au cœur de ce mouvement, SEED IS LIFE, une campagne menée par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), vise à promouvoir les systèmes de semences gérés par les agriculteurs (SSA) et à résister à l’empiètement de l’agriculture industrielle. Les systèmes de semences gérées par les agriculteurs représentent plus qu’un simple moyen d’assurer la sécurité alimentaire ; ils témoignent de la résilience, de l’ingéniosité et de la richesse culturelle des communautés agricoles africaines. En donnant aux agriculteurs les moyens de cultiver des produits diversifiés et de préserver les connaissances traditionnelles, le FMSS jette les bases d’un avenir où les systèmes alimentaires africains seront non seulement durables, mais aussi profondément enracinés dans les traditions et les valeurs des communautés locales. Le fonctionnement du FMSS est essentiel pour nourrir la population africaine aujourd’hui et sauvegarder le patrimoine agricole du continent pour les générations à venir. Il s’agit de reprendre le contrôle des semences, de veiller à ce que les agriculteurs puissent continuer à utiliser et à améliorer leurs semences biodiversifiées et résistantes, et d’affirmer le droit des agriculteurs à déterminer leur propre destin agricole.

Malgré les valeurs du FMSS, sa contribution à la conservation de la biodiversité et son potentiel pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale, il existe des obstacles importants à sa pleine expression :

Marginalisation des gardiens des SSFM, en particulier des femmes: Malgré leur rôle crucial en tant que principaux gardiens des semences et du matériel génétique, fournissant des semences fiables, abordables et nutritives, les systèmes de semences traditionnels et leurs gardiens, en particulier les femmes, sont marginalisés et manquent de reconnaissance et de soutien officiels. Cette marginalisation sape la résilience des systèmes semenciers traditionnels et exacerbe les difficultés rencontrées par les petits agriculteurs pour accéder à des variétés de semences diverses et adaptées aux conditions locales.

Influence de la colonisation, du commerce et des intérêts des entreprises: Le discours dominant sur les semences en Afrique est influencé par la colonisation, le commerce et les intérêts des entreprises, qui donnent la priorité au profit plutôt qu’à la préservation des connaissances traditionnelles et de la biodiversité. Cette influence mine les pratiques diversifiées et riches en connaissances des petits exploitants agricoles et perpétue un cycle de dépendance à l’égard des semences industrielles.

Changements dans la législation et les cadres réglementaires: Les changements dans la législation nationale et régionale visant à harmoniser les lois sur les semences et à introduire des protections pour les sélectionneurs commerciaux limitent encore davantage la souveraineté semencière et alimentaire en Afrique. Ces changements législatifs privent effectivement les agriculteurs du contrôle de leurs semences et donnent la priorité à la prolifération des variétés végétales des multinationales agroalimentaires, au détriment des pratiques agricoles indigènes.

Préférence pour les variétés des sélectionneurs commerciaux: Les lignes directrices pour l’harmonisation des cadres réglementaires en matière de semences, telles que celles publiées par la Commission de l’Union africaine, ainsi que les protocoles et accords tels que le protocole ARIPO et l’Accord de Bangui révisé, démontrent une nette préférence pour la prolifération des variétés végétales des multinationales de l’agroalimentaire. Cette préférence compromet la diversité et la résilience des systèmes alimentaires africains, perpétuant un cycle de dépendance à l’égard de sources extérieures de semences et d’intrants agricoles.

Nous appelons donc de toute urgence les décideurs africains à.. :

Donner la priorité aux systèmes de semences gérés par les agriculteurs dans les politiques et cadres agricoles: Les décideurs politiques devraient intégrer les principes des systèmes de semences gérés par les agriculteurs dans les politiques agricoles nationales, en veillant à ce qu’ils soient reconnus, soutenus et promus en tant qu’alternatives viables aux systèmes de semences industriels. Cela implique d’allouer des ressources à la recherche sur les variétés de semences paysannes, au renforcement des capacités et aux services de vulgarisation qui permettent aux agriculteurs de conserver, d’améliorer et d’échanger leurs semences traditionnelles.

Renforcer les cadres juridiques pour protéger les droits des petits agriculteurs: Les gouvernements devraient adopter et appliquer des lois qui protègent les droits des agriculteurs à conserver, utiliser, échanger et vendre leurs semences. Ces cadres juridiques devraient comprendre des dispositions relatives à la reconnaissance des systèmes coutumiers de semences, à la protection contre la biopiraterie et les monopoles sur les semences, ainsi que des mécanismes de gouvernance des semences au niveau communautaire.

Investir dans la recherche agroécologique et les services de vulgarisation: Les gouvernements devraient allouer des fonds à la recherche agroécologique et aux services de vulgarisation qui soutiennent les pratiques agricoles durables, la conservation de la biodiversité et la résilience climatique. Il s’agit notamment de promouvoir des méthodes de recherche participatives qui engagent les agriculteurs dans la cocréation de connaissances et l’adaptation des techniques agricoles aux contextes locaux.

Promouvoir la diversité et la résilience des semences par le biais de banques de semences et d’échanges : Les gouvernements devraient soutenir la création de banques de semences communautaires et faciliter les échanges de semences afin de promouvoir la conservation, l’échange et la distribution de variétés de semences diverses et résistantes. Ces initiatives doivent être inclusives, participatives et fondées sur les principes de la souveraineté des semences, afin que les agriculteurs aient accès à un large éventail de semences adaptées aux conditions locales.

Intégrer la SFM dans les accords et engagements internationaux: Les décideurs politiques et les responsables de la mise en œuvre doivent veiller à l’intégration des principes du SMSF dans les accords et engagements internationaux relatifs au développement agricole, à la conservation de la biodiversité et à la sécurité alimentaire. Il s’agit notamment de promouvoir la reconnaissance des droits des agriculteurs dans les forums internationaux, de plaider en faveur d’un accès juste et équitable aux ressources génétiques et de résister aux efforts de privatisation et de marchandisation des semences.

En mettant en œuvre ces recommandations, les décideurs politiques et tous les acteurs peuvent contribuer à la réalisation d’un avenir durable, riche en biodiversité, où les systèmes alimentaires africains sont résilients, culturellement riches et libres du contrôle des entreprises. Cette vision s’aligne sur les engagements internationaux en faveur des droits des agriculteurs et souligne l’importance de soutenir les systèmes alimentaires familiaux en tant que pierre angulaire du développement agricole et de la souveraineté alimentaire en Afrique et dans le monde entier.

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