Réflexions sur la célébration tripartite de l’agroécologie en Afrique à Harare

Réflexions sur la célébration tripartite de l’agroécologie en Afrique à Harare

septembre 2024

L’AFSA a organisé un événement transformateur à Harare, au Zimbabwe, le premier du genre – un rassemblement qui a réuni plus de 400 personnes de plus de 20 pays d’Afrique et d’ailleurs. L’événement tripartite sur l’entrepreneuriat agroécologique africain, le festival des semences et de la bonne alimentation de Harare et la cinquième célébration biennale du système alimentaire se sont déroulés du 11 au 14 septembre 2024 (Fig. 1). Sous le thème « Célébrer notre patrimoine alimentaire africain sain », l’événement a rassemblé un mélange dynamique d’agriculteurs, de jeunes, de femmes, d’entrepreneurs, de chercheurs et d’acteurs politiques, tous déterminés à faire progresser l’agroécologie et à créer des systèmes alimentaires durables pour l’Afrique.

Fig 1. Les participants posent pour une photo de groupe

Ce qui nous a le plus frappés tout au long de l’événement, c’est le sens profond de la communauté et de l’objectif commun. Il a été clairement établi que l’agroécologie ne se limite pas à la production d’aliments, mais concerne également la culture, l’histoire et la terre. Il s’agit de se connecter à la sagesse de nos aînés, de la respecter et de veiller à ce que les générations futures héritent d’une planète en bonne santé. En nous promenant dans le festival animé des semences et de la bonne chère, où l’on échangeait des semences traditionnelles et où l’on célébrait les produits agroécologiques, nous avons pu ressentir le lien entre le passé, le présent et l’avenir de l’Afrique.

Fig 2 : Lancement du rapport « Food from Somewhere » (de gauche à droite ; Hakim Baliraine, président du conseil d’administration de l’AFSA, Mamadou Goita, xxx, directeur général de l’IRPARD et membre honoraire de l’AFSA, et Million Belay Ali, coordinateur général de l’AFSA).

L’événement s’est également concentré sur le paysage politique et son rôle essentiel dans l’avancement de l’agroécologie. Les discussions ont porté sur la manière dont des pays tels que la Zambie et l’Ouganda progressent dans la promotion de pratiques agricoles durables. L’engagement de la Zambie en faveur de l’agroécologie se reflète dans ses politiques, telles que les restrictions sur certaines importations d’OGM et la création de l’Agence nationale de biosécurité. En Ouganda, des cadres tels que la politique nationale de gestion de l’environnement, la politique nationale d’agriculture biologique et la stratégie nationale d’agroécologie (projet) visent à promouvoir des pratiques agricoles durables, bien que des écarts persistent entre les intentions politiques et la mise en œuvre. Pour relever ces défis, les participants ont convenu de la nécessité de plaider en faveur de cadres politiques globaux qui s’alignent sur les principes de l’agroécologie.

Les participants ont reconnu que la préservation des connaissances traditionnelles est vitale pour l’avenir de l’agroécologie. Les efforts visant à impliquer les jeunes dans l’agroécologie ont été soulignés, avec des discussions sur l’intégration des pratiques agricoles traditionnelles dans les méthodes contemporaines afin de créer un environnement d’apprentissage dynamique. Cette approche garantit que les connaissances sont non seulement préservées, mais aussi appliquées activement, ce qui contribue à maintenir les pratiques agroécologiques pour les générations futures.

L’un des principaux enseignements de cet événement a été la prise de conscience collective que les modèles agricoles industriels n’ont pas permis d’assurer une sécurité alimentaire durable en Afrique. L’agriculture à grande échelle et à forte teneur en produits chimiques a fait plus de mal que de bien, épuisant nos sols, nuisant à la biodiversité et menaçant la santé des communautés.

L’agroécologie offre une alternative puissante. Il ne s’agit pas seulement d’une pratique agricole, mais d’un mode de vie qui honore le riche patrimoine alimentaire de l’Afrique, protège l’environnement et favorise la justice sociale. Au cours des sessions, nous avons entendu des entrepreneurs agroécologiques qui sont les pionniers de nouvelles façons de cultiver et de distribuer des aliments – des façons qui sont plus résilientes, plus durables et plus en phase avec les rythmes de la nature, notre héritage et notre spiritualité.

L’un des temps forts de l’événement a été le Harare Seed and Good Food Festival, une célébration des aliments et des graines traditionnels d’Afrique. En parcourant les étals et les tentes du festival, nous nous sommes rappelé à quel point la nourriture représente bien plus que l’alimentation. Elle reflète notre culture, nos valeurs et notre identité.

Nous avons rencontré des agriculteurs de toute l’Afrique australe qui nous ont raconté l’histoire de leurs semences – des semences transmises de génération en génération, porteuses de l’histoire de leurs familles et de leurs communautés. Il était clair que la protection de ces semences n’est pas seulement une question de conservation de la biodiversité, mais aussi de préservation d’un mode de vie.

Le festival a principalement mis en valeur la riche diversité des semences et les pratiques agricoles traditionnelles du Zimbabwe. Des agriculteurs du Zimbabwe et des pays voisins ont présenté des variétés de semences indigènes, dont certaines ont été remises au goût du jour après avoir été considérées comme disparues. Le festival a encouragé l’échange de semences et de connaissances agroécologiques, renforçant ainsi l’importance de la souveraineté des semences dans la lutte contre l’insécurité alimentaire exacerbée par le changement climatique. Des techniques telles que la récupération de l’eau, la rotation des cultures et l’utilisation de fumier organique ont été mises en avant comme des pratiques essentielles pour améliorer la sécurité alimentaire et la durabilité de l’environnement.

Les médias ont souligné le rôle des agricultrices, en particulier celles de Bikita, au Zimbabwe, qui ont participé au Good Food Festival. Quatorze femmes ont présenté leurs cultures indigènes revivifiées, se sont engagées dans l’échange de semences, le partage des connaissances et la vente de produits. Leur participation a illustré le rôle vital des femmes dans l’agroécologie et le potentiel des variétés de semences traditionnelles pour renforcer la résilience face aux défis climatiques.

Le festival a renforcé l’idée que les systèmes alimentaires africains sont résistants parce qu’ils sont profondément ancrés dans la tradition. En adoptant l’agroécologie, nous ne protégeons pas seulement notre environnement, mais nous assurons également la prospérité de notre patrimoine alimentaire.

Si l’événement était plein d’espoir et de célébrations, il a également été l’occasion de reconnaître les défis auxquels sont confrontés les entrepreneurs agroécologiques, notamment en matière de financement. L’accès au financement reste un obstacle important pour de nombreux agriculteurs et entrepreneurs qui se sont engagés dans l’agroécologie. Bien qu’il existe de nouvelles possibilités de soutien, il reste encore beaucoup à faire pour rendre le financement accessible à ceux qui sont à la base.

Cependant, tout n’a pas été sombre. L’événement a mis en lumière des développements passionnants dans le domaine de l’entrepreneuriat agroécologique. Nous avons entendu des innovateurs qui trouvent des moyens créatifs de mettre sur le marché des aliments produits de manière agroécologique et qui développent des produits qui sont non seulement bons pour la planète, mais aussi bons pour les affaires. Les participants à la table ronde nous ont également fait part des progrès réalisés dans différents pays pour élaborer des politiques favorables à l’agroécologie. Par exemple, le commissaire chargé de la production végétale au sein du ministère ougandais de l’agriculture a affirmé que l’Ouganda avait fait de grands progrès en consultant largement, au fil des ans, les agriculteurs, les décideurs politiques et les experts en agroécologie. Ce processus de consultation a conduit à l’élaboration d’un projet de stratégie agroécologique, qui reflète l’engagement du pays en faveur de l’agroécologie, de la préservation de la biodiversité et de la promotion de systèmes alimentaires résilients.

Le résultat le plus important de l’événement a été la déclaration d’engagement de Harare, dans laquelle nous, les plus de 400 délégués de 20 pays, nous sommes engagés à travailler ensemble pour faire progresser l’agroécologie dans toute l’Afrique. Ce fut un moment fort, car nous nous sommes engagés à créer des réseaux, à éduquer la prochaine génération et à plaider en faveur de changements politiques qui soutiennent l’agriculture agroécologique.

La déclaration appelle également les gouvernements, les bailleurs de fonds et les parties prenantes à renforcer leur soutien à l’agroécologie. Nous avons besoin de politiques qui protègent les systèmes de semences gérés par les agriculteurs, qui encouragent les achats publics d’aliments produits de manière agroécologique et qui fournissent des incitations financières aux entrepreneurs agroécologiques. Il est temps de dépasser l’agriculture industrielle et d’investir dans des systèmes régénératifs, durables et enracinés dans notre héritage africain.

Nous avons été logés dans des maisons magnifiquement construites, équipées de toilettes à compost (Fig. 3). Ces toilettes transforment les déchets humains en compost, qui est utilisé pour nourrir les jardins potagers du village. Cette approche durable ne se limite pas à la gestion des déchets, mais contribue également à la production alimentaire, conformément aux principes de l’agroécologie.

Fig. 3 : Charles (Secrétariat de l’AFSA) inspecte des toilettes à compost dans le village de Kufunda au Zimbabwe.

Alors que nous réfléchissons à notre séjour à Harare, nous sommes remplis d’un profond sentiment d’espoir. L’avenir de l’agriculture africaine réside dans l’agroécologie, une pratique qui honore le passé tout en offrant une voie durable pour l’avenir. Les liens que nous avons établis, les histoires que nous avons entendues et l’engagement collectif dont nous avons été témoins nous donnent la certitude que nous sommes sur la bonne voie.

Mais il reste encore du travail à faire. Nous devons continuer à sensibiliser l’opinion, à créer des réseaux et à plaider en faveur de politiques qui soutiennent l’agroécologie. Plus important encore, nous devons veiller à ce que les connaissances et les pratiques de l’agroécologie soient transmises à la prochaine génération.

Dans l’esprit du thème de l’événement, « Célébrer notre patrimoine alimentaire africain sain », nous avons quitté Harare inspirés par le potentiel de l’agroécologie non seulement pour nourrir nos corps, mais aussi pour guérir nos terres, protéger notre culture et soutenir nos communautés pour les générations à venir.

Ensemble, nous pouvons construire un avenir où les systèmes alimentaires de l’Afrique seront non seulement sains et résistants, mais aussi une source de fierté et de force pour tous.

A propos des auteurs : Charles Lwanga Tumuhe, Abbé Ntwali

Abbot Ntwali est le responsable du suivi et de l’évaluation de l’AFSA. Fort d’une expérience de plus de dix ans, il est spécialisé dans l’évaluation des interventions dans le domaine de l’agriculture agroécologique. Abbot se passionne pour aider les organisations actives dans le domaine de l’agroécologie et des systèmes alimentaires à atteindre leurs objectifs et à renforcer leurs capacités.

Charles Tumuhe, spécialiste de la vulgarisation agricole, du développement rural et de la formation, est chargé du projet Healthy Soil Healthy Food (HSHF) à l’AFSA. Avec 10 ans d’expérience, il supervise les initiatives de renforcement des capacités des organisations HSHF et a publié des recherches sur l’agroforesterie, l’agronomie, la planification communautaire participative, les semences et les aliments indigènes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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