La Déclaration de Yaoundé : le bassin du Congo fixe le prix du changement

Au terme de trois jours de dialogue entre 187 délégués issus de 20 pays, la deuxième Rencontre du bassin du Congo s'achève par une déclaration qui étaye ses revendications par des chiffres, des échéances et un mandat

Yaoundé, Cameroun — 27 août 2026. La deuxième Rencontre du bassin du Congo s’est achevée à Yaoundé par l’adoption de la Déclaration de Yaoundé 2026, un pacte régional en 24 points portant sur l’agroécologie, les systèmes alimentaires, la biodiversité et la justice climatique dans le bassin du Congo. Pendant trois jours, 187 délégués issus de 20 pays — gouvernements, organisations d’agriculteurs et d’éleveurs, des peuples autochtones, des mouvements de femmes et de jeunes, des chercheurs, des parlementaires, des institutions régionales, des bailleurs de fonds et des médias — ont passé en revue les progrès accomplis depuis le premier Rassemblement à Kinshasa en 2023 et les ont synthétisés dans un document unique et commun. La clôture officielle a été prononcée par S.E. Mounouna Foutsou, ministre camerounaise de la Jeunesse et de l’Éducation civique, représentée par le Dr Akede Metounge Erik, qui a reçu la Déclaration au nom de la ministre et s’est engagée à la transmettre aux ministères concernés.

La Déclaration ne se contente pas d’énoncer de vagues aspirations. Elle appelle les gouvernements et la Commission de l’Union africaine à mentionner explicitement l’agroécologie dans les plans d’investissement agricoles nationaux et régionaux, en y consacrant au moins 30 % des crédits budgétaires correspondants. Elle exige que les droits fonciers communautaires et coutumiers soient garantis, que le consentement libre, préalable et éclairé s’applique sans exception aux projets de conservation et d’exploitation minière, et que les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs soient protégés par la loi. Elle exhorte le Fonds vert pour le climat, la Banque africaine de développement et d’autres partenaires financiers à ouvrir des guichets d’accès direct afin qu’au moins 20 % des financements consacrés au climat et à la biodiversité parviennent directement aux organisations d’agriculteurs, aux femmes, aux jeunes, aux peuples autochtones et aux communautés locales — et elle appelle à la mise en place d’un mécanisme de financement régional dédié à l’agroécologie, afin que la transition ne soit plus subordonnée aux cycles des projets.

Parallèlement à ces appels lancés aux décideurs, la Déclaration engage ses propres signataires à agir : les mouvements d’agriculteurs et communautaires s’engagent à mettre en place des banques de semences et à organiser des formations entre agriculteurs ; la société civile à la mise en place d’un espace permanent de concertation inter-bassins ; les gouvernements à la publication d’un rapport annuel sur les ressources allouées et les résultats obtenus ; les organismes régionaux à l’harmonisation des politiques et au commerce transfrontalier ; les chercheurs, les acteurs du secteur privé et les médias à respecter chacun les engagements qu’ils ont pris. Pour mener ce projet à bien, la Réunion a adopté une Feuille de route d’action régionale pour le bassin du Congo et a chargé l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) de lever des fonds pour la mise en œuvre de l’Initiative pour la biodiversité, du climat et de l’agroécologie du bassin du Congo (COBCAI) et d’accueillir l’unité de coordination régionale, tandis que chacun des six pays du bassin du Congo mettra en place ou renforcera sa propre plateforme nationale. Les progrès réalisés feront l’objet d’une publication annuelle et seront examinés, appel par appel et engagement par engagement, lors de la troisième Réunion du bassin du Congo.

Quatre intervenants ont marqué la séance de clôture. Elisabeth Atangana, présidente du CNOP-CAM et trésorière du conseil d’administration de l’AFSA, a exhorté les participants à se poser sans cesse la question suivante : « Quelle partie de la Déclaration dépend de moi ? » L’histoire du bassin, a-t-elle déclaré, sera écrite par ceux qui traduisent leurs engagements en actes, et non par ceux qui prononcent les plus beaux discours.

Le Dr Million Belay, coordinateur général de l’AFSA, a rappelé aux délégués comment la région est perçue de l’extérieur : un puits de carbone et un lieu d’extraction minière. Soixante-quinze pour cent du cobalt mondial provient du Congo. C’est sur cette ressource que repose toute la transition énergétique, ce qui place les populations du Bassin au cœur du débat mondial sur le climat. « Nous avons besoin de ressources, nous avons besoin d’argent », a-t-il déclaré. « Mais à notre retour, nous ferons le travail, qu’il y ait de l’argent ou non. »

Baba Adama, au nom du groupe de travail citoyen de l’AFSA, a fait valoir que Yaoundé avait renforcé le lien entre les gouvernements, les communautés et les partenaires, et que la protection du bassin était l’affaire de tous. Le Dr Akede Metounge Erik a conclu par une phrase qui pourrait bien définir la suite des événements : « Les écosystèmes ne négocient pas. Ils se régénèrent ou se dégradent. »

Consultez le texte intégral de la Déclaration de Yaoundé 2026 :
[Version anglaise] · [Version française]

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