Kampala, Ouganda – [3 mai 2024] – L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), représentant une coalition de 41 organisations de la société civile africaine, a lancé aujourd’hui un appel à la révision du Plan d’action décennal pour les engrais et la santé des sols 2023-2033 proposé par l’Union africaine. En tant que porte-parole de plus de 200 millions de parties prenantes à travers l’Afrique, y compris les petits exploitants agricoles, les éleveurs, les peuples autochtones et les entrepreneurs agroécologiques, l’AFSA émet des réserves quant aux approches adoptées dans le plan d’action décennal proposé.
L’AFSA considère que l’accent mis par le plan d’action de l’UA sur l’utilisation intensive d’engrais minéraux, de semences hybrides et de produits agrochimiques est une continuation de pratiques dépassées et potentiellement dangereuses. Ces méthodes interprètent mal les véritables enjeux de la santé des sols et risquent d’exacerber la dégradation des sols, menaçant la sécurité alimentaire, la santé publique et la diversité cruciale des semences en Afrique.
Million Belay, coordinateur général de l’AFSA, a souligné que « la société civile joue un rôle central dans le débat sur les engrais et la santé des sols, non seulement en reliant les acteurs de la chaîne de valeur, mais aussi en remettant en question les récits qui menacent la diversité des semences, la nutrition, la santé et l’intégrité de l’environnement. Il est déconcertant que la société civile africaine n’ait pas été consultée lors de la planification du Sommet africain sur les engrais et la santé des sols, ni lors de la formulation de son plan décennal ».
L’AFSA plaide pour une évolution vers l’agroécologie, qui intègre les connaissances locales et l’innovation scientifique afin de restaurer la biodiversité et de construire des systèmes alimentaires résilients. Cependant, le plan actuel marginalise ces approches durables, en présentant de manière trompeuse l’agroécologie comme une solution complémentaire plutôt que comme une solution autonome capable de relever les défis de la sécurité alimentaire de l’Afrique de manière globale.
Ferdinand Wafula, de Bio Gardening Innovations, au Kenya, a ajouté : « Nous devons prendre soin de nos sols pour les générations futures, « Nous devons prendre soin de nos sols pour les générations futures. Un proverbe africain dit : « Nous empruntons la terre à nos enfants ». Nous demandons instamment aux décideurs politiques, aux gouvernements et aux donateurs de financer davantage ces solutions alternatives, car elles permettent d’atténuer un grand nombre de problèmes allant des défis nutritionnels à la crise climatique et à l’escalade des prix des produits de base ». Il ajoute « L’Afrique n’est pas une monoculture. Nous voulons une diversité de cultures utilisant des méthodes écologiques. Les produits synthétiques tuent les micro-organismes. S’ils les tuent, nous cultivons un sol mort. Un sol mort ne nous nourrit pas ».
L’AFSA souligne que le plan décennal proposé exacerbe les tensions économiques en augmentant la dépendance à l’égard des engrais importés coûteux, enrichissant ainsi une poignée d’entreprises d’engrais alors que les agriculteurs africains sont confrontés à des coûts exorbitants. Ce déséquilibre économique met en évidence une priorité mal placée qui profite davantage aux sociétés d’agriculture industrielle qu’aux petits exploitants agricoles d’Afrique.
Recommandations de l’AFSA pour un changement transformateur
- Focus sur l’agroécologie : Les gouvernements et les décideurs politiques sont invités à reconnaître le potentiel de l’agroécologie pour améliorer la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté tout en conservant la biodiversité et en intégrant les connaissances indigènes. Les systèmes agroécologiques peuvent égaler ou dépasser les résultats de l’agriculture industrielle, en particulier en cas de stress environnemental.
- Investir dans la recherche et les services agroécologiques : Le financement devrait être orienté vers la recherche agroécologique et les services de vulgarisation pour soutenir l’agriculture durable, la conservation de la biodiversité et la résilience climatique. L’accent devrait être mis sur les méthodes de recherche participatives qui impliquent les agriculteurs dans la création de connaissances et adaptent les techniques agricoles aux conditions locales.
- Promouvoir la production de bio-engrais : Encourager le remplacement des engrais chimiques par des bio-engrais et des intrants organiques. Ce changement réduira la dépendance à l’égard des intrants étrangers et empêchera l’augmentation de la dette liée aux importations d’engrais.
- Impliquer les agriculteurs et la société civile : Veiller à ce que les agriculteurs et la société civile participent à l’élaboration de la stratégie agricole afin de répondre aux besoins réels des petits exploitants et de renforcer le système alimentaire.
Si l’AFSA est d’accord avec l’UA sur la nécessité urgente de lutter contre la dégradation des terres et de restaurer la biodiversité des sols, la tendance actuelle à l’augmentation des intrants chimiques est un programme malavisé qui profite aux entreprises aux dépens des petits exploitants agricoles africains. L’AFSA appelle à une réévaluation complète du plan d’action sur les engrais et la santé des sols afin de se concentrer sur l’autonomisation des agriculteurs, la protection de la biodiversité et la mise en place de systèmes alimentaires résilients grâce à des pratiques agroécologiques et adaptées aux conditions locales.
LISEZ LA DÉCLARATION COMPLÈTE DE L’AFSA ICI
CONTACTS MEDIA
Anne Maina, Association pour la biodiversité et la biosécurité du Kenya / anne.maina@bibakenya.org
Ferdinand Wafula, Bio Gardening Innovations / biogardeninginnov@yahoo.com
Charles Tumuhe, Chargé de programme AFSA, Sols sains, alimentation saine / Charles.tumuhe@afsafrica.org
A PROPOS DE L’AFSA
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) est une coalition continentale d’organisations de la société civile qui se consacre à la promotion des causes de la souveraineté alimentaire et de l’agroécologie sur le continent africain. Notre alliance comprend diverses entités, notamment des réseaux de producteurs alimentaires africains, des réseaux d’OSC africaines, des organisations de populations autochtones, des organisations confessionnelles, des groupes de femmes et de jeunes, des mouvements de consommateurs et des organisations internationales qui s’alignent sur la mission de l’AFSA. L’AFSA est un « réseau de réseaux » qui compte 41 organisations membres actives dans 50 pays africains et qui touche environ 200 millions de personnes.

