Déclaration d’Addis-Abeba sur l’agroécologie, l’agriculture biologique écologique et la souveraineté alimentaire : La voie à suivre pour la nutrition et la santé en Afrique

Contexte

Nous, représentants d’organisations de la société civile, d’agriculteurs, de pêcheurs, d’éleveurs, de peuples autochtones, de consommateurs, de réseaux de jeunes, de réseaux de femmes, de transformateurs de produits alimentaires, de praticiens, de gouvernements, d’universitaires et de chercheurs, reconnaissant que les systèmes alimentaires en Afrique ont radicalement changé au cours du siècle dernier, nous sommes réunis à Addis-Abeba en novembre 2016 pour délibérer sur le thème  » Changer les systèmes alimentaires en Afrique : L’agroécologie et la souveraineté alimentaire et leur rôle dans la nutrition et la santé ».

Nous appelons à une action collaborative et stratégique afin de créer une plus grande dynamique de changement et de souligner la nécessité d’une approche multisectorielle et holistique de la nutrition et de la santé.

Nous félicitons l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), l’Université de Mekelle en Éthiopie, l’Initiative pour l’agriculture biologique écologique (EOAI), IFOAM – Organics International et le Réseau biologique africain (AfrOnet) d’avoir organisé conjointement cette conférence de trois jours. Cela nous a permis de remettre fondamentalement en question les hypothèses qui ont guidé la politique alimentaire, agricole et commerciale pendant si longtemps.

Le discours dominant sur les systèmes alimentaires en Afrique

La façon dont nous concevons les systèmes alimentaires est largement influencée par un récit dominant qui sous-tend les mythes suivants :

« Nous ne pourrons nourrir la population mondiale croissante qu’en augmentant la productivité agricole basée en grande partie sur l’utilisation d’intrants industriels. Seule la science biotechnologique et les multinationales de l’agroalimentaire peuvent trouver des solutions efficaces pour nourrir le monde. L’innovation et les connaissances utiles proviennent uniquement de la science et de la technologie, dirigées par des experts et protégées par des brevets ».

Le principal problème de ce récit est que la planification, l’action et l’évaluation sont basées sur des indicateurs économiques à court terme. Les indicateurs et les droits sociaux, écologiques, culturels et spirituels sont ignorés. Ce parti pris conduit à un système alimentaire qui n’est performant et efficace que dans la logique de l’économie à court terme, mais qui est désastreux à long terme pour une production alimentaire stable pour la nutrition et la santé.

Les sols dégradés et infertiles, carencés en nutriments essentiels, sont de plus en plus nombreux, ce qui compromet la capacité actuelle et future de production alimentaire. Les principaux processus de prise de décision continuent d’être discriminatoires à l’égard des petits exploitants agricoles et des femmes. Les systèmes de semences des agriculteurs sont à la base d’une alimentation diversifiée et saine et de la résilience des agriculteurs face au changement climatique. Pourtant, les lois sur les semences et les droits de propriété intellectuelle continuent d’affaiblir ces systèmes, ce qui nuit à la justice sociale et à la bonne gouvernance. De nombreuses personnes en Afrique souffrent encore de la faim et d’énormes problèmes nutritionnels allant du retard de croissance à l’obésité, précurseurs de nombreuses maladies chroniques.

Ce n’est qu’en changeant les croyances et les valeurs qui sous-tendent le discours actuel que nous pourrons placer les femmes productrices au centre et faire évoluer nos systèmes alimentaires vers une production, une nutrition et une santé efficaces.

Une action décisive et urgente est maintenant nécessaire pour changer le discours dominant sur les systèmes alimentaires en Afrique. La grave menace qui pèse sur la souveraineté alimentaire et la santé des populations constitue de plus en plus un obstacle au développement durable.

Un nouveau récit de l’agroécologie/de l’agriculture biologique écologique

Nous, l’AFSA, l’EOAI, AfrOnet, IFOAM Organics International et l’ensemble des participants à la conférence, rejetons les mythes mal conçus et l’idée de « nourrir le monde », et demandons instamment aux dirigeants du continent africain, aux partenaires de développement, aux donateurs et aux autres acteurs d’adopter et de soutenir une idée plus convaincante, plus appropriée et plus inclusive pour des systèmes alimentaires durables et équitables en Afrique.

Le nouveau récit reconnaît que le système alimentaire mondial actuel, étendu à l’Afrique, n’est pas durable et que les systèmes de production agroécologique/écologique biologique sont le véritable avenir des systèmes alimentaires de notre continent. Ces systèmes sont très gourmands en connaissances et tirent parti à la fois des savoirs traditionnels et de la science moderne grâce à une collaboration entre agriculteurs et chercheurs fondée sur le respect mutuel. Ils peuvent répondre non seulement à des objectifs économiques, mais aussi à des objectifs environnementaux, sociaux, culturels, nutritionnels et sanitaires. La nouvelle approche reconnaît que les petits exploitants agricoles produisent déjà 70 % de la nourriture mondiale et qu’en suivant les principes et les pratiques agroécologiques et biologiques, les petits exploitants agricoles africains peuvent produire suffisamment de nourriture pour nourrir le continent de manière durable, à condition d’avoir un accès sûr à la terre, à l’eau, aux semences et aux autres ressources naturelles.

L’appel à une action stratégique concertée

Nous appelons les responsables politiques et les décideurs à soutenir des systèmes et des pratiques agricoles et alimentaires sains, équitables, efficaces, résilients et culturellement diversifiés, en utilisant des ressources énergétiques renouvelables.
Nous demandons instamment aux décideurs politiques de souligner et de soutenir fermement le rôle des femmes dans la production d’aliments nutritifs, en reconnaissant l’importance d’impliquer les femmes, les jeunes et les communautés en tant que partenaires actifs dans les systèmes alimentaires durables.

Nous appelons les gouvernements à reconnaître et à soutenir les systèmes de semences gérés par les agriculteurs, qui sont à la base de régimes alimentaires diversifiés et nutritifs, et à encourager la recherche conjointe entre agriculteurs et scientifiques.

Nous exhortons les décideurs à adopter une approche multisectorielle dans l’élaboration des politiques relatives à l’alimentation, à la nutrition et à la santé. Une compréhension globale des liens entre la sécurité des terres, la production alimentaire, la nutrition et la santé permet de faire des choix et de prendre des décisions appropriées.

Nous appelons les décideurs politiques à soutenir le droit des personnes, des communautés et des pays à définir leurs propres systèmes alimentaires, qui sont écologiquement, socialement, économiquement et culturellement adaptés à leurs contextes uniques, et à donner aux producteurs et aux consommateurs les moyens de prendre de meilleures décisions et de faire de meilleurs choix.

En allant de l’avant avec audace, nous devons influencer les politiques, les stratégies et les actions en faveur de systèmes alimentaires nutritifs en Afrique qui contribuent à la bonne santé de ses habitants. À cette fin, les participants à la conférence ont élaboré un document-cadre stratégique distinct définissant les voies à suivre pour une mise en œuvre efficace de la présente déclaration.

Nous appelons par la présente les gouvernements nationaux et la communauté internationale à faire preuve de leadership politique et à apporter leur soutien total à la mise en place de politiques, de programmes et de plans qui tracent la voie vers des systèmes alimentaires véritablement durables en Afrique, fondés sur des principes, des valeurs et des pratiques agroécologiques, pour la santé et le bien-être des générations actuelles et futures.

Téléchargez le PDF ici La déclaration d’Addis-Abeba

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