ICARRD+20 : Déclaration commune de la société civile

Protéger nos terres, restaurer nos sols : les territorialités collectives pour la justice foncière, l’avenir du pastoralisme et la restauration écologique

En tant qu’organisations de la société civile, mouvements sociaux, acteurs confessionnels, peuples autochtones, organisations pastorales et paysannes d’Afrique et du Sud, nous nous présentons à l’ICARRD+20 à un moment de crise profonde et de possibilité urgente.

Vingt ans après la première conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural, les communautés rurales du monde entier sont toujours confrontées à la dépossession, à la concentration des terres et à la destruction écologique. Malgré les engagements pris au niveau mondial pour mettre fin à la faim et à la pauvreté, les systèmes fonciers et alimentaires sont de plus en plus contrôlés par des entreprises et des intérêts financiers, tandis que les communautés qui produisent des denrées alimentaires restent marginalisées et en situation d’insécurité.

En Afrique et dans d’autres régions, les systèmes fonciers coutumiers et collectifs sont mis à mal au nom du développement, de la conservation, de l’atténuation du changement climatique et des investissements à grande échelle. Les projets de compensation carbone, les industries extractives, l’expansion de l’agro-industrie et les marchés fonciers spéculatifs accélèrent la dépossession, la dégradation des sols et les inégalités sociales, excluant souvent les communautés des territoires qu’elles gouvernent collectivement depuis des générations. Dans le même temps, les entreprises agroalimentaires et les investisseurs financiers favorisent l’expansion rapide de l’agriculture industrielle et de l’élevage industriel dans toute l’Afrique, concentrant les terres et les ressources, dégradant les écosystèmes et sapant les systèmes pastoraux et d’élevage à petite échelle essentiels à la souveraineté alimentaire.

Les communautés pastorales sont parmi les plus gravement touchées. L’année 2026 étant l’Année internationale des parcours et des pasteurs, cette conférence doit reconnaître que les pasteurs sont au cœur des systèmes alimentaires durables et de la résilience écologique. Les politiques qui restreignent la mobilité du bétail, privatisent les parcours communaux ou convertissent les pâturages en agro-industrie, en projets de conservation ou de compensation carbone compromettent les moyens de subsistance des pasteurs tout en intensifiant les conflits, la pauvreté et la dégradation de l’environnement. Pourtant, le pastoralisme reste l’un des systèmes d’utilisation des terres les plus résistants au climat dans les zones arides. Grâce à la mobilité et à la gestion communautaire des pâturages, les pasteurs assurent leur subsistance, fournissent une production vitale de viande et de lait et maintiennent l’équilibre écologique dans des régions où l’agriculture n’est souvent pas viable.

Pendant ce temps, les communautés qui défendent leurs territoires sont confrontées à la criminalisation et à la violence. Les femmes pasteurs et les petits producteurs, les jeunes et les peuples autochtones restent exclus des processus décisionnels, bien qu’ils soient au cœur de la production alimentaire et de la gestion de l’environnement.

L’ICARRD+20 ne doit donc pas être un événement commémoratif. Elle doit devenir un tournant.

Nos appels aux gouvernements et aux institutions internationales

A l’approche de l’ICARRD+20, nous appelons les gouvernements, les institutions internationales et les partenaires du développement à s’engager sur les points suivants :

  1. Reconnaître et protéger les régimes fonciers collectifs et coutumiers, y compris les droits fonciers individuels et collectifs tels qu’affirmés dans le CESCR, l’UNDRIP et l’UNDROP.
  2. Protéger les pâturages et la mobilité du bétail, y compris les corridors transfrontaliers essentiels à l’adaptation au climat et à la paix, et empêcher la conversion des pâturages à des utilisations inappropriées telles que les plantations d’arbres en monoculture.
  3. Mettre en œuvre une véritable réforme agraire et une redistribution équitable des terres, en accordant la priorité aux agriculteurs sans terre, aux femmes, aux jeunes, aux éleveurs et aux communautés autochtones, tout en s’attaquant aux facteurs historiques et politiques de la dégradation des terres et de la pénurie de terres qui en découle.
  4. Mettre fin à la spéculation foncière et à la financiarisation, y compris aux acquisitions de terres à grande échelle et aux systèmes de crédits carbone ou biodiversité qui dépossèdent les communautés.
  5. Réorienter le financement de l’agriculture et du climat vers l’agroécologie, la restauration des parcours et les systèmes alimentaires gérés par les communautés, et intégrer des stratégies en faveur des pasteurs dans les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) et les contributions déterminées au niveau national (CDN). Promouvoir des modèles de conservation qui respectent les droits des pasteurs et garantissent que la restauration renforce les moyens de subsistance des pasteurs dans le cadre d’une transition verte juste.
  6. Investir dans des infrastructures et des services décentralisés compatibles avec les systèmes pastoraux mobiles, notamment l’eau, les soins vétérinaires, les marchés, l’éducation et la santé.
  7. Garantir la participation significative des communautés touchées et le consentement préalable, libre et éclairé des peuples autochtones dans la prise de décision concernant les terres, l’agriculture et le climat.
  8. Protéger les défenseurs de la terre et de l’environnement et mettre fin à la violence, à la criminalisation et aux déplacements forcés.
  9. Mettre en place des mécanismes contraignants de responsabilisation des entreprises en cas de violations des droits de l’homme et de dommages écologiques dans les chaînes de valeur mondiales.

Vers une justice foncière, un avenir pastoral et une restauration écologique

L’avenir ne réside pas dans une marchandisation accrue des terres et des systèmes alimentaires, mais dans la restauration du contrôle communautaire sur les territoires, la sécurisation de la mobilité des pasteurs et des biens communs, et le soutien aux transitions agroécologiques fondées sur la justice et l’intégrité écologique.

L’ICARRD+20 doit renouveler les engagements mondiaux en faveur de la réforme agraire, de la justice foncière et de la souveraineté alimentaire, sous l’impulsion des communautés qui soutiennent les systèmes alimentaires et les écosystèmes de la planète.

La justice foncière est une justice climatique. La mobilité des pasteurs est synonyme de résilience écologique.

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