{"id":11885,"date":"2024-02-21T18:25:22","date_gmt":"2024-02-21T16:25:22","guid":{"rendered":"https:\/\/afsafrica.org\/?p=11885"},"modified":"2026-03-27T17:20:52","modified_gmt":"2026-03-27T15:20:52","slug":"les-couts-de-linitiative-nourrir-lafrique-de-la-bad-pour-les-paysans-un-regard-profond-des-40-pactes-nationaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afsafrica.org\/fr\/blog\/les-couts-de-linitiative-nourrir-lafrique-de-la-bad-pour-les-paysans-un-regard-profond-des-40-pactes-nationaux\/","title":{"rendered":"Les co\u00fbts pour les petits exploitants de l&rsquo;initiative \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb de la BAD : Un examen plus approfondi des 40 pactes nationaux"},"content":{"rendered":"<h1><a name=\"_Toc159419634\"><\/a>R\u00c9SUM\u00c9 EX\u00c9CUTIF<\/h1>\n<p>L&rsquo;initiative Dakar II de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique : Souverainet\u00e9 alimentaire et r\u00e9silience\u00a0\u00bb, est le dernier et le plus ambitieux des ajouts au programme \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb de longue date de la Banque. Cette initiative vise \u00e0 transformer l&rsquo;agriculture africaine et \u00e0 faire de l&rsquo;Afrique un grenier \u00e0 bl\u00e9 pour le monde entier. Mise en \u0153uvre dans le cadre des plans nationaux de d\u00e9veloppement agricole de 40 pays africains, l&rsquo;initiative a suscit\u00e9 un d\u00e9bat important quant \u00e0 son approche et \u00e0 ses effets potentiels. L&rsquo;initiative vise \u00e0 industrialiser les syst\u00e8mes alimentaires africains avec un budget propos\u00e9 de 61 milliards de dollars, provenant principalement du secteur priv\u00e9 et des institutions de d\u00e9veloppement. Toutefois, cette strat\u00e9gie a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e parce qu&rsquo;elle risque de marginaliser les petits exploitants agricoles, de nuire \u00e0 la biodiversit\u00e9 et de favoriser la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des multinationales pour les semences et les produits agrochimiques.    <\/p>\n<p>Pour mieux comprendre l&rsquo;initiative de Dakar II, l&rsquo;Alliance pour la souverainet\u00e9 alimentaire en Afrique (AFSA) a analys\u00e9 chacun des 40 \u00ab\u00a0pactes nationaux\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire les plans globaux de d\u00e9veloppement agricole \u00e9labor\u00e9s par des consultants pour le programme. Nous avons examin\u00e9 les facteurs essentiels, notamment le financement, l&rsquo;attribution des terres, les semences, l&rsquo;utilisation de produits agrochimiques, la technologie et les personnes, afin d&rsquo;\u00e9valuer leurs implications collectives pour les petits exploitants agricoles d&rsquo;Afrique. Dans ce rapport, nous pr\u00e9sentons les principales conclusions et les pr\u00e9occupations qu&rsquo;elles soul\u00e8vent.  <\/p>\n<p>Les d\u00e9tracteurs de l&rsquo;initiative, dont le pr\u00e9sident irlandais, ont exprim\u00e9 leurs inqui\u00e9tudes quant \u00e0 son approche unique et \u00e0 l&rsquo;importance qu&rsquo;elle accorde \u00e0 la monoculture \u00e0 grande \u00e9chelle, aux syst\u00e8mes de semences formels et aux solutions de haute technologie telles que l&rsquo;agriculture intelligente face au climat, l&rsquo;agriculture num\u00e9rique et de pr\u00e9cision, et les intrants chimiques. Ces m\u00e9thodes sont consid\u00e9r\u00e9es comme hors de port\u00e9e des petits agriculteurs en raison de leur co\u00fbt, des risques pour l&rsquo;environnement et de la menace qu&rsquo;elles font peser sur leur autonomie et leurs pratiques traditionnelles. <\/p>\n<p>L&rsquo;Alliance pour la souverainet\u00e9 alimentaire en Afrique (AFSA), qui repr\u00e9sente une coalition de 41 r\u00e9seaux membres r\u00e9partis dans 50 pays, s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9e en critique virulente des accords de Dakar II. L&rsquo;AFSA plaide pour une \u00e9volution vers l&rsquo;agro\u00e9cologie et la souverainet\u00e9 alimentaire, en soulignant l&rsquo;importance de l&rsquo;agriculture durable et de l&rsquo;autonomisation des petits exploitants agricoles. Avec un impact sur environ 200 millions d&rsquo;individus, la position de l&rsquo;AFSA souligne un retour en arri\u00e8re significatif contre l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture \u00e0 la mani\u00e8re de la r\u00e9volution verte et appelle \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des strat\u00e9gies visant \u00e0 lib\u00e9rer le potentiel agricole de l&rsquo;Afrique.  <\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, si l&rsquo;initiative Dakar II repr\u00e9sente un investissement important dans l&rsquo;avenir de l&rsquo;agriculture africaine, sa trajectoire actuelle soul\u00e8ve des inqui\u00e9tudes quant \u00e0 l&rsquo;inclusivit\u00e9, la durabilit\u00e9 environnementale et la viabilit\u00e9 \u00e0 long terme de l&rsquo;agriculture \u00e0 petite \u00e9chelle. Un recalibrage vers des approches plus holistiques, inclusives et durables, telles que l&rsquo;agro\u00e9cologie, est n\u00e9cessaire pour s&rsquo;assurer que le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture africaine profite \u00e0 toutes les parties prenantes et pr\u00e9serve la riche biodiversit\u00e9 et le patrimoine agricole du continent. <\/p>\n<p><strong>Principales critiques :<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong>Une approche unique :<\/strong> Les pactes de Dakar II t\u00e9moignent d&rsquo;une approche unique du d\u00e9veloppement agricole, n\u00e9gligeant les divers besoins et contextes des pays africains et de leurs agriculteurs. Cette strat\u00e9gie uniforme d&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture risque d&rsquo;exclure les petits exploitants qui sont essentiels \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage culturel du continent. <\/li>\n<li><strong>Menaces pour les droits fonciers et l&rsquo;environnement : <\/strong>Le total cumul\u00e9 des terres propos\u00e9es pour la production industrielle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 25 millions d&rsquo;hectares, soit 257 000 km\u00b2 &#8211; une superficie sup\u00e9rieure \u00e0 celle du Ghana ou de l&rsquo;Ouganda. Cela risque d&rsquo;entra\u00eener un d\u00e9placement massif des petits exploitants par l&rsquo;accaparement des terres et une pression accrue sur l&rsquo;environnement en raison d&rsquo;une agriculture industrielle non durable sur des terres actuellement non cultiv\u00e9es.  <\/li>\n<li><strong>Marginalisation des petits agriculteurs<\/strong>: L&rsquo;accent mis sur la monoculture \u00e0 grande \u00e9chelle et les syst\u00e8mes de semences formels pose des probl\u00e8mes aux petits exploitants pour assurer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et pr\u00e9server la biodiversit\u00e9. Cette approche marginalise l&rsquo;importance des aliments locaux et leur enl\u00e8ve toute signification culturelle. En donnant la priorit\u00e9 aux syst\u00e8mes de semences formels et aux solutions de haute technologie, on risque d&rsquo;accro\u00eetre la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des multinationales et d&rsquo;\u00e9roder les pratiques traditionnelles de conservation des semences.  <\/li>\n<li><strong>Menaces pour la biodiversit\u00e9 :<\/strong> L&rsquo;accent mis par l&rsquo;initiative sur les vari\u00e9t\u00e9s de cultures uniformes \u00e0 haut rendement dans les syst\u00e8mes de semences officiels, associ\u00e9 \u00e0 la promotion des engrais chimiques et des pesticides, constitue une menace importante pour la biodiversit\u00e9 et l&rsquo;agriculture durable. Cette approche risque de r\u00e9duire la diversit\u00e9 des cultures traditionnelles, les vari\u00e9t\u00e9s de semences indig\u00e8nes et les ressources g\u00e9n\u00e9tiques pr\u00e9cieuses, tout en suscitant des inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la durabilit\u00e9 environnementale, l&rsquo;accessibilit\u00e9 financi\u00e8re et l&rsquo;autonomie des agriculteurs, et en exacerbant les in\u00e9galit\u00e9s. <\/li>\n<li><strong>D\u00e9pendance et contr\u00f4le<\/strong>: La d\u00e9pendance accrue \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des multinationales semenci\u00e8res ou des agences gouvernementales en raison de la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des syst\u00e8mes formels de semences certifi\u00e9es suscite de vives inqui\u00e9tudes. Cette d\u00e9pendance pourrait nuire \u00e0 l&rsquo;autonomie et \u00e0 la r\u00e9silience des agriculteurs, en les rendant d\u00e9pendants de sources ext\u00e9rieures pour leurs besoins en semences. <\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Recommandations :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9\u00e9valuer l&rsquo;approche de l&rsquo;initiative :<\/strong> Il est essentiel d&rsquo;\u00e9valuer les strat\u00e9gies de l&rsquo;initiative de Dakar II pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;elles sont inclusives, durables et adapt\u00e9es aux besoins sp\u00e9cifiques des divers pays africains et de leurs agriculteurs.<\/li>\n<li><strong>Prot\u00e9ger les droits fonciers des petits exploitants :<\/strong> Les utilisateurs actuels des terres doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s contre la d\u00e9possession arbitraire de leurs terres au profit de projets d&rsquo;agriculture industrielle \u00e0 grande \u00e9chelle, conform\u00e9ment aux protections pr\u00e9vues par la strat\u00e9gie de gouvernance fonci\u00e8re de l&rsquo;Union africaine, les directives volontaires sur la gouvernance responsable des r\u00e9gimes fonciers applicables aux terres, aux p\u00eaches et aux for\u00eats, et la d\u00e9claration des Nations unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales.<\/li>\n<li><strong>Promouvoir l&rsquo;agro\u00e9cologie :<\/strong> Il est recommand\u00e9 de passer \u00e0 l&rsquo;agro\u00e9cologie pour s&rsquo;\u00e9loigner de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et s&rsquo;orienter vers une agronomie d\u00e9colonis\u00e9e. Les mod\u00e8les agro\u00e9cologiques offrent une voie qui soutient un d\u00e9veloppement agricole diversifi\u00e9 et responsabilise les petits agriculteurs en fournissant une alternative viable, nutritive, abordable et durable \u00e0 l&rsquo;agriculture industrielle. <\/li>\n<li><strong>Adopter des approches inclusives et participatives<\/strong>: Les politiques et les investissements devraient donner la priorit\u00e9 aux besoins et aux voix des petits exploitants agricoles, en veillant \u00e0 ce qu&rsquo;ils aient acc\u00e8s aux ressources, aux connaissances et aux march\u00e9s. Les processus d\u00e9cisionnels devraient \u00eatre plus inclusifs et participatifs, en tenant compte des divers points de vue des agriculteurs et des autres parties prenantes, afin de garantir que le d\u00e9veloppement agricole s&rsquo;aligne sur les priorit\u00e9s des agriculteurs et des communaut\u00e9s africaines. <\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 agricole<\/strong>: Il convient de s&rsquo;efforcer de pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 agricole en soutenant le maintien d&rsquo;une grande vari\u00e9t\u00e9 de cultures et de races g\u00e9r\u00e9es par les petits producteurs de denr\u00e9es alimentaires. Cette approche garantirait la r\u00e9silience des petits exploitants et la durabilit\u00e9 de l&rsquo;environnement dont ils d\u00e9pendent. <\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: center;\">###<\/p>\n<h1><a href=\"http:\/\/afsafrica.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/the-costs-to-smallholders-of-afdbs-feed-africa-initiative.pdf\">T\u00e9l\u00e9chargez le rapport complet au format PDF ici<\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc159419636\"><\/a>1. L&rsquo;INTRODUCTION<\/h1>\n<p>Pr\u00e8s de vingt ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la nouvelle r\u00e9volution verte pour l&rsquo;Afrique, le d\u00e9veloppement agricole du continent est \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Un rapport r\u00e9cent a montr\u00e9 que l&rsquo;Alliance pour une r\u00e9volution verte en Afrique (AGRA), qui a cherch\u00e9 pendant les 18 derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 r\u00e9aliser le d\u00e9veloppement agricole en Afrique par l&rsquo;industrialisation et l&rsquo;intensification \u00e0 grande \u00e9chelle des syst\u00e8mes alimentaires africains, est en train d&rsquo;\u00e9chouer (Blair et al., 2021) et l&rsquo;organisation a abandonn\u00e9 le terme de r\u00e9volution verte pour devenir simplement AGRA. Fait alarmant, l&rsquo;Afrique subsaharienne est la seule r\u00e9gion du monde o\u00f9 la sous-alimentation n&rsquo;a pas diminu\u00e9 depuis 2005, ann\u00e9e de cr\u00e9ation de l&rsquo;AGRA (FAO et al., 2023). En effet, le nombre de personnes souffrant de faim chronique a augment\u00e9 de 50 %, et non diminu\u00e9 de 50 % comme le promettait l&rsquo;AGRA.   <\/p>\n<p>De m\u00eame, la Nouvelle alliance pour la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et la nutrition (NAFSN) a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en 2012 par les pays du G7 comme une initiative majeure pour lutter contre la faim en Afrique. Elle promettait de sortir 50 millions de personnes de la pauvret\u00e9 au cours des dix prochaines ann\u00e9es en favorisant les r\u00e9formes favorables au march\u00e9 et les flux de capitaux priv\u00e9s vers l&rsquo;agriculture africaine. Cependant, il n&rsquo;a pas tenu ses promesses et a disparu discr\u00e8tement de la sc\u00e8ne publique avant la fin de la p\u00e9riode de dix ans (Praskova &amp; Novotny, 2021).  <\/p>\n<p>\u00c0 la suite des faibles progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s en mati\u00e8re de lutte contre la faim et d&rsquo;am\u00e9lioration des moyens de subsistance des petits exploitants agricoles, de nouveaux efforts sont d\u00e9ploy\u00e9s pour s&rsquo;attaquer \u00e0 ces probl\u00e8mes. L&rsquo;un de ces efforts a \u00e9t\u00e9 le sommet de Dakar II, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique : Souverainet\u00e9 alimentaire et r\u00e9silience\u00a0\u00bb, organis\u00e9 en janvier 2023 par la Banque africaine de d\u00e9veloppement et le gouvernement s\u00e9n\u00e9galais. Des dizaines de dignitaires, dont 34 chefs d&rsquo;\u00c9tat et de gouvernement, 70 ministres et des partenaires de d\u00e9veloppement ont assist\u00e9 au sommet (BAD, 2023a). Les objectifs g\u00e9n\u00e9raux du sommet \u00e9taient d&rsquo;accro\u00eetre la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et la productivit\u00e9 en Afrique, de limiter la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des importations et de faire de l&rsquo;Afrique \u00ab\u00a0un grenier \u00e0 bl\u00e9 pour le monde\u00a0\u00bb (BAD, 2023a).   <\/p>\n<p>La Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD) est un acteur cl\u00e9 du secteur agricole depuis de nombreuses ann\u00e9es. D\u00e8s 1997, le secteur agricole a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 comme strat\u00e9gique par la BAD. \u00c0 ce jour, 1 161 projets li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;agriculture ont \u00e9t\u00e9 finalis\u00e9s ou approuv\u00e9s, pour l&rsquo;\u00e9quivalent de 18,4 milliards de dollars. En 2022, ce secteur repr\u00e9sentait 23 % (1,9 milliard USD) des pr\u00eats, dons et prises de participation de la BAD ainsi que des garanties approuv\u00e9es. Le programme Feed Africa s&rsquo;est taill\u00e9 la part du lion avec 1,7 milliard. Ces fonds ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour construire ou r\u00e9habiliter 1 682 km de routes et fournir 2 605 tonnes d&rsquo;intrants agricoles (engrais, semences, pesticides). Entre 2016 et 2025, le programme \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb de la BAD pr\u00e9voit un investissement de 24 milliards de dollars pour transformer l&rsquo;agriculture africaine (GRAIN,2023).      <\/p>\n<p>La Banque africaine de d\u00e9veloppement a publi\u00e9 40 \u00ab\u00a0Country Food and Agriculture Delivery Compacts\u00a0\u00bb pour tracer les voies \u00e0 suivre pour atteindre les objectifs audacieux du sommet de Dakar II. Ces pactes visaient \u00e0 produire \u00ab\u00a0des indicateurs de r\u00e9ussite assortis de d\u00e9lais et clairement mesurables, y compris des politiques, des incitations et des r\u00e9glementations nationales concr\u00e8tes afin de cr\u00e9er un environnement propice \u00e0 des investissements plus importants et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s dans l&rsquo;ensemble du secteur agricole\u00a0\u00bb (BAD, 2023b). <\/p>\n<p>Chaque Pacte suit un format standardis\u00e9. Tout d&rsquo;abord, le contexte local du pays est pr\u00e9sent\u00e9, en examinant les taux de faim et la production alimentaire nationale. Ensuite, les d\u00e9fis actuels sont \u00e9num\u00e9r\u00e9s, d\u00e9montrant souvent comment la faim et les chocs \u00e9conomiques ont augment\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. La troisi\u00e8me partie est consacr\u00e9e \u00e0 la recherche sur les politiques gouvernementales existantes en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement agricole. Enfin, les pactes pr\u00e9sentent leur feuille de route pour atteindre les objectifs d&rsquo;une plus grande s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et d&rsquo;une diminution des importations de denr\u00e9es alimentaires au cours des cinq \u00e0 dix prochaines ann\u00e9es. Cette derni\u00e8re partie est parfois le fruit de l&rsquo;engagement et de la collaboration des gouvernements et des partenaires financiers, qui s&rsquo;appuient sur des plans existants et en cr\u00e9ent de nouveaux.     <\/p>\n<p>Pour atteindre leurs objectifs, les pactes \u00a0\u00bb fixent des objectifs d&rsquo;autosuffisance dans des cha\u00eenes de valeur agricoles sp\u00e9cifiques, d\u00e9finissent des feuilles de route efficientes et efficaces &#8211; des syst\u00e8mes de semences, une production comp\u00e9titive, l&rsquo;acc\u00e8s au march\u00e9, la vulgarisation, les r\u00e9formes politiques&#8230; un financement bas\u00e9 sur les r\u00e9sultats, des partenaires cl\u00e9s et des contrats de performance \u00a0\u00bb (BAD, 2023a). Une approche strat\u00e9gique commune des compacts est le d\u00e9veloppement de zones sp\u00e9ciales de transformation agro-industrielle (SAPZ), appel\u00e9es \u00ab\u00a0agropoles\u00a0\u00bb dans les pays francophones. Ces zones sont con\u00e7ues pour stimuler la productivit\u00e9 et la comp\u00e9titivit\u00e9 de l&rsquo;agriculture en concentrant les activit\u00e9s agro-industrielles dans des r\u00e9gions \u00e0 fort potentiel agricole. Ces zones facilitent l&rsquo;int\u00e9gration des efforts de production, de transformation et de commercialisation en r\u00e9unissant les producteurs agricoles, les transformateurs, les agr\u00e9gateurs et les distributeurs en un seul lieu afin de r\u00e9duire les co\u00fbts de transaction et d&rsquo;am\u00e9liorer les services aux entreprises. En \u00e9quipant les zones rurales d&rsquo;infrastructures essentielles, les SAPZ attirent les investissements priv\u00e9s et favorisent le d\u00e9veloppement social et \u00e9conomique (Nigeria Compact).    <\/p>\n<p>Dans les 40 pays participants, il existe un large \u00e9ventail de cadres sociaux, \u00e9cologiques et agricoles. Malgr\u00e9 cette diversit\u00e9, les approches prescrites par les initiatives sont \u00e9tonnamment homog\u00e8nes. Cette approche refl\u00e8te la r\u00e9volution verte pour l&rsquo;Afrique, en adoptant un mod\u00e8le de solution universelle pour le d\u00e9veloppement agricole qui ne tient pas compte des diff\u00e9rents contextes et paysages. L&rsquo;accent mis sur les principales cultures de base, les outils agricoles m\u00e9canis\u00e9s et les syst\u00e8mes fonciers standardis\u00e9s condense les pratiques dans un effort uniforme visant \u00e0 l&rsquo;agro-industrialisation.   <\/p>\n<p>Ces 40 pactes repr\u00e9sentent une mobilisation importante de ressources. Rien que pour le sommet, le site web de la BAD affirme que 36 milliards de dollars ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour atteindre les objectifs du pacte, dont 10 milliards de dollars de la BAD, 7 milliards de dollars de la Banque islamique, 5 milliards de dollars de l&rsquo;USAID, 4 milliards de dollars de l&rsquo;UE et 3 milliards de dollars du Fonds international de d\u00e9veloppement agricole (BAD, 2023a). Les derniers rapports de la BAD affirment qu&rsquo;elle a \u00ab\u00a0mobilis\u00e9 plus de 70 milliards de dollars dans le cadre d&rsquo;un effort mondial sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb (BAD, 2024).  <\/p>\n<p>\u00c0 lui seul, cet investissement est sup\u00e9rieur \u00e0 tout ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment pour les efforts de la nouvelle r\u00e9volution verte en faveur du d\u00e9veloppement agricole sur le continent. Avec une telle somme d&rsquo;argent cens\u00e9e \u00eatre investie, les pactes marquent le d\u00e9but d&rsquo;une nouvelle \u00e8re pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture africaine. Avec un potentiel aussi \u00e9norme pour modifier les syst\u00e8mes alimentaires sur le continent, une analyse critique de ce que les pactes appellent de leurs v\u0153ux est n\u00e9cessaire. Cette \u00e9tude examinera le type de solutions que les pactes proposent pour l&rsquo;agriculture africaine, l&rsquo;affectation des fonds qui y sont attach\u00e9s et l&rsquo;impact des initiatives des pactes sur les petits exploitants agricoles.   <\/p>\n<h1><a name=\"_Toc159419637\"><\/a>2. LES M\u00c9THODES<\/h1>\n<p>Les 40 pactes ont \u00e9t\u00e9 examin\u00e9s pour cette \u00e9tude, ainsi que la litt\u00e9rature grise suppl\u00e9mentaire de la BAD sur le sommet. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 quelques accords initiaux pour mieux comprendre les informations qu&rsquo;ils contenaient, nous avons analys\u00e9 trois facteurs cl\u00e9s (l&rsquo;argent, la terre et les personnes) dans les 40 accords. Nous avons compil\u00e9 les r\u00e9sultats pour les accords qui contenaient des donn\u00e9es relatives \u00e0 ces trois variables principales. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les donn\u00e9es comprenaient le co\u00fbt total de chaque pacte, \u00e0 quoi l&rsquo;argent a \u00e9t\u00e9 allou\u00e9, d&rsquo;o\u00f9 il provient, combien de nouvelles terres doivent \u00eatre mises en culture, combien de nouvelles terres doivent \u00eatre irrigu\u00e9es et combien de personnes doivent \u00eatre incluses dans les nouveaux programmes de production industrialis\u00e9e. En outre, d&rsquo;autres donn\u00e9es n&rsquo;entrant pas dans ces cat\u00e9gories mais permettant de r\u00e9pondre \u00e0 nos principales questions de recherche ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es en cours de route, notamment sur les semences, les produits agrochimiques et la technologie.    <\/p>\n<h1><a name=\"_Toc159419638\"><\/a>3. R\u00c9SULTATS ET DISCUSSION<\/h1>\n<h2><a name=\"_Toc159419639\"><\/a>3.1 L&rsquo;ARGENT<\/h2>\n<p>Au total, les 40 pactes repr\u00e9sentant 40 pays africains de toutes les r\u00e9gions du continent demandent 61 milliards de dollars suppl\u00e9mentaires pour industrialiser les syst\u00e8mes alimentaires africains. \u00c0 lui seul, ce chiffre est sup\u00e9rieur au PIB de plus de 40 pays africains. Ce chiffre repr\u00e9sente \u00e0 la fois les fonds engag\u00e9s et les fonds \u00e0 collecter aupr\u00e8s des gouvernements nationaux, du secteur priv\u00e9, des institutions de d\u00e9veloppement et des organisations d&rsquo;agriculteurs.  <\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il soit difficile de savoir exactement d&rsquo;o\u00f9 cet argent est cens\u00e9 provenir, on estime que le secteur priv\u00e9 financera au moins un quart du budget total. Cette forte d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du secteur priv\u00e9 risque d&rsquo;entra\u00eener un sous-financement des plans si les entreprises n&rsquo;investissent pas, et si elles le font, elle ouvre la voie aux entreprises pour remodeler l&rsquo;agriculture africaine en fonction de leurs int\u00e9r\u00eats. Bien que ce processus soit en cours, les pactes, comme nous l&rsquo;avons mentionn\u00e9 plus haut, pourraient l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer consid\u00e9rablement et consolider le r\u00f4le dominant de l&rsquo;industrie dans la production \u00e0 petite \u00e9chelle. Par exemple, au Nigeria, le Pacte cherche \u00e0 soutenir les partenaires existants du secteur priv\u00e9, notamment \u00ab\u00a0Sahel consulting, Seed companies, TATA\/JD, NAMEL, TROTRO, ALLUVIAL AFEX, Baban Gona, Sasakawa Global, Psaltry International, Flour Mills of Nigeria, Nestle, Kellogg&rsquo;s, WAMCO CamPinaetc\u00a0\u00bb (Pacte du Nigeria). Ces bailleurs de fonds repr\u00e9sentent des soci\u00e9t\u00e9s de tracteurs et des multinationales telles que Nestl\u00e9 et Kellogg&rsquo;s, toutes ayant leurs propres int\u00e9r\u00eats commerciaux qui ne sont pas n\u00e9cessairement en corr\u00e9lation avec la souverainet\u00e9 alimentaire en Afrique. En outre, le pacte fait largement r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s semenci\u00e8res\u00a0\u00bb, sans grande transparence quant \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 de ceux qui cherchent \u00e0 contr\u00f4ler les syst\u00e8mes semenciers africains.     <\/p>\n<p>D&rsquo;autres bailleurs de fonds importants des pactes sont des institutions et des organisations de d\u00e9veloppement. Il s&rsquo;agit notamment de la Fondation Bill &amp; Melinda Gates, de l&rsquo;AGRA, de l&rsquo;USAID, de la FAO, du FIDA, de la JICA, de l&rsquo;UE, de la Banque mondiale et de la BAD. Bien que ces organisations puissent sembler repr\u00e9senter une cat\u00e9gorie distincte d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, leurs efforts s&rsquo;alignent sur le secteur priv\u00e9 bien plus que sur les besoins des petits exploitants agricoles. Au cours des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es, la BAD a fait de l&rsquo;agro-industrialisation une de ses principales strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement, les projets agricoles repr\u00e9sentant un quart de ses d\u00e9penses totales en 2022. Cependant, de nombreux projets agricoles de la BAD ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s pour des raisons sociales et \u00e9cologiques, car ils permettent aux multinationales d&rsquo;exercer leur pouvoir et de faire des profits aux d\u00e9pens des agriculteurs et de l&rsquo;environnement (GRAIN, 2023).    <\/p>\n<p><strong>Le tableau ci-dessous<\/strong> pr\u00e9sente les besoins budg\u00e9taires pr\u00e9vus pour atteindre les r\u00e9sultats dans chacun des 35 pactes de pays pour lesquels des chiffres fermes ont \u00e9t\u00e9 fournis. Les chiffres repr\u00e9sentent le co\u00fbt total par pays en millions de dollars am\u00e9ricains. Le total s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 61 milliards de dollars pour le programme d\u00e9cennal. Voir l&rsquo;annexe A pour plus de d\u00e9tails.   <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/afsafrica.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/screenshot-2024-02-21-at-4.50.55pm.png\">En ce qui concerne l&rsquo;affectation des fonds, les pactes promeuvent des mod\u00e8les industriels et \u00e0 grande \u00e9chelle de d\u00e9veloppement agricole. Malgr\u00e9 la volont\u00e9 affich\u00e9e du sommet de voir l&rsquo;Afrique se nourrir elle-m\u00eame, les pactes encouragent \u00e0 plusieurs reprises les cultures de produits de base destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exportation, tant sur le continent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de celui-ci. Cela est particuli\u00e8rement visible en Afrique du Nord, o\u00f9 le Moyen-Orient, plut\u00f4t que les pays africains, devient la principale destination des denr\u00e9es alimentaires produites localement (pactes pour la Somalie et la Mauritanie).  <\/p>\n<p>Les pactes mettent \u00e9galement l&rsquo;accent sur un petit nombre de cultures de produits de base faisant l&rsquo;objet d&rsquo;un commerce international. Le ma\u00efs, le riz, le soja, le bl\u00e9 et les ol\u00e9agineux dominent les pactes et doivent \u00eatre cultiv\u00e9s en monoculture \u00e0 grande \u00e9chelle. Cette approche pose toutefois des probl\u00e8mes aux agriculteurs, qui doivent maintenir la diversit\u00e9 des cultures et des r\u00e9gimes alimentaires, assurer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et pr\u00e9server la biodiversit\u00e9, essentielle \u00e0 la sant\u00e9 des sols et \u00e0 la robustesse des agro\u00e9cosyst\u00e8mes.  <\/p>\n<p>Bien que les pactes d\u00e9taillent le probl\u00e8me critique de la faim dans de nombreux pays, ils promeuvent syst\u00e9matiquement des cultures plus adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation animale qu&rsquo;\u00e0 la consommation humaine. Cette orientation est motiv\u00e9e par le potentiel de profit pour les entreprises agroalimentaires et les semenciers plut\u00f4t que par l&rsquo;imp\u00e9ratif de nourrir les populations. Malgr\u00e9 quelques clins d&rsquo;\u0153il \u00e0 des cultures plus adapt\u00e9es aux r\u00e9gimes alimentaires locaux, telles que le manioc, l&rsquo;horticulture, l&rsquo;igname et les fruits, ces gestes sont \u00e9clips\u00e9s par la pression pr\u00e9dominante exerc\u00e9e sur les cultures de rente. Cet accent ne marginalise pas seulement l&rsquo;importance des aliments locaux, mais il enl\u00e8ve aussi leur signification culturelle, car des efforts sont faits pour adapter les cultures traditionnelles aux march\u00e9s mondiaux.   <\/p>\n<p>Les pactes aspirent \u00e0 faire de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;\u00e9levage africains des secteurs dynamiques, moteurs de la croissance et de la diversification \u00e9conomiques. Cependant, ils n\u00e9gligent la composante essentielle de la biodiversit\u00e9 agricole, qui est cruciale pour la r\u00e9silience des petits exploitants. En donnant la priorit\u00e9 \u00e0 la diversification \u00e9conomique plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la pr\u00e9servation d&rsquo;une riche vari\u00e9t\u00e9 de cultures entretenues par les petits exploitants, les accords mettent non seulement en p\u00e9ril les moyens de subsistance de ces agriculteurs, mais menacent \u00e9galement la durabilit\u00e9 de l&rsquo;environnement dont ils d\u00e9pendent. Cette approche compromet \u00e0 la fois le bien-\u00eatre des communaut\u00e9s de petits exploitants et l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9cologique n\u00e9cessaire \u00e0 leur survie.   <\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419640\"><\/a>3.2 LAND<\/h2>\n<p>Pour les 23 pactes qui ont fourni des donn\u00e9es sur les besoins en terres, les plans pr\u00e9voient la mise en production industrielle de 25,7 millions d&rsquo;hectares, dont une grande partie sur des terres nouvelles ou \u00ab\u00a0sous-utilis\u00e9es\u00a0\u00bb pour de grandes exploitations agricoles en bloc dirig\u00e9es par l&rsquo;agro-industrie. Plus de 6 millions d&rsquo;hectares devraient \u00eatre irrigu\u00e9s pour soutenir les exploitations industrielles. Le besoin total en terres est de plus de 257 000 km\u00b2, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une superficie sup\u00e9rieure \u00e0 celle du Ghana ou de l&rsquo;Ouganda.   <\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;expansion se fait sur des terres d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9es par des agriculteurs, des \u00e9leveurs ou d&rsquo;autres producteurs ruraux, elle repr\u00e9sente une menace pour leurs droits fonciers. Dans la mesure o\u00f9 le programme met en production de nouvelles terres, il repr\u00e9sente une menace pour l&rsquo;environnement, un abandon de toute pr\u00e9tention \u00e0 une \u00ab\u00a0intensification durable\u00a0\u00bb bas\u00e9e sur l&rsquo;augmentation de la productivit\u00e9 des petits exploitants. <\/p>\n<p>L&rsquo;expansion propos\u00e9e des terres cultiv\u00e9es par l&rsquo;industrie est un discours familier du pr\u00e9sident de la BAD, Akinwumi Adesina. Il a souvent d\u00e9plor\u00e9 le fait que l&rsquo;Afrique sous-utilise ses terres arables, qui repr\u00e9senteraient 65 % de l&rsquo;ensemble des terres arables non cultiv\u00e9es de la plan\u00e8te (Adesina, 2022). Il a expos\u00e9 sa vision \u00e0 un public de l&rsquo;USDA : \u00ab\u00a0La savane africaine, estim\u00e9e \u00e0 600 millions d&rsquo;hectares, dont 400 millions peuvent \u00eatre cultiv\u00e9s, a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9e de plus grand atout oubli\u00e9 de l&rsquo;Afrique. Seuls 10 % de cette immense superficie sont cultiv\u00e9s. Ce que l&rsquo;Afrique doit faire, c&rsquo;est transformer ses savanes, comme l&rsquo;a fait le Br\u00e9sil, et devenir une puissance mondiale en mati\u00e8re d&rsquo;alimentation et d&rsquo;agriculture\u00a0\u00bb (Adesina, 2018). Il est int\u00e9ressant de noter que le pr\u00e9sident de la BAD, M. Adesina, a obtenu son doctorat en \u00e9conomie agricole \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Purdue, dans l&rsquo;\u00c9tat am\u00e9ricain de l&rsquo;Indiana (Corn Belt), et qu&rsquo;il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Norman Borlaug (\u00ab\u00a0le p\u00e8re de la r\u00e9volution verte\u00a0\u00bb) comme \u00e0 son mentor.   <\/p>\n<p><strong>Le bassin du Congo<\/strong> est la deuxi\u00e8me plus grande for\u00eat tropicale du monde. Il comprend le Cameroun, la R\u00e9publique centrafricaine, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, la R\u00e9publique du Congo, la Guin\u00e9e \u00e9quatoriale et le Gabon. Il couvre pr\u00e8s de 70 % des terres foresti\u00e8res d&rsquo;Afrique. Sur les 530 millions d&rsquo;hectares que compte le bassin du Congo, 300 millions sont compos\u00e9s de for\u00eats : 99 % d&rsquo;entre elles sont des for\u00eats primaires ou naturellement r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, par opposition aux plantations. L&rsquo;agriculture sur br\u00fblis, l&rsquo;agriculture commerciale et le d\u00e9veloppement d&rsquo;infrastructures pour d\u00e9senclaver les zones foresti\u00e8res, ainsi que la construction de routes agricoles secondaires sont les principales causes de la d\u00e9forestation (CIFOR\/ICRAF, 2015). Les for\u00eats tropicales du monde entier absorbent d&rsquo;\u00e9normes quantit\u00e9s de dioxyde de carbone, ce qui ralentit le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te. Selon des chercheurs de l&rsquo;universit\u00e9 de Gand, la for\u00eat tropicale de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo est le plus important puits de carbone de la for\u00eat tropicale au monde &#8211; plus important m\u00eame que l&rsquo;Amazonie en Am\u00e9rique du Sud (The Congo Basin Forest Partnership (CBFP), 2023). Les accords de Dakar II montrent que, dans seulement trois des six pays du bassin du Congo, plus de cinq millions d&rsquo;hectares de terres sont destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;agro-industrialisation (RDC 4 900 000 ha, Congo 100 000 ha, Gabon 100 000 ha). Cette zone de 51 000 km\u00b2 &#8211; environ deux fois la taille du Rwanda &#8211; sera transform\u00e9e en production industrielle dans les pays du bassin du Congo, en grande partie bois\u00e9s. Cette vague potentielle d&rsquo;acquisitions de terres \u00e0 grande \u00e9chelle par des investisseurs du secteur priv\u00e9 risque d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la d\u00e9forestation du deuxi\u00e8me poumon de la plan\u00e8te et de d\u00e9placer des millions d&rsquo;utilisateurs des terres.          <\/p>\n<p><strong>Le graphique ci-dessous<\/strong> montre la superficie des terres qu&rsquo;il est propos\u00e9 de transformer (en hectares) selon les 23 pactes nationaux dans lesquels des chiffres pr\u00e9cis ont \u00e9t\u00e9 fournis. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une estimation basse puisqu&rsquo;elle inclut des donn\u00e9es provenant d&rsquo;un peu plus de la moiti\u00e9 des pays. Voir l&rsquo;annexe B pour plus de d\u00e9tails.  <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/afsafrica.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/screenshot-2024-02-21-at-6.46.45pm.png\">De nombreux pactes affirment que si la terre n&rsquo;est pas utilis\u00e9e pour la monoculture commerciale \u00e0 grande \u00e9chelle, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est utilis\u00e9e de mani\u00e8re inappropri\u00e9e. Par exemple, au Rwanda, la \u00ab\u00a0fragmentation des terres\u00a0\u00bb est cit\u00e9e dans le pacte comme un obstacle majeur au d\u00e9veloppement parce que les \u00ab\u00a0parcelles des agriculteurs sont trop petites pour produire un surplus commercialisable permettant d&rsquo;investir dans la production future\u00a0\u00bb (pacte du Rwanda). Au Lesotho, le pacte souligne que la plupart des terres sont d\u00e9tenues de mani\u00e8re traditionnelle et que la plupart des transferts de terres se font de mani\u00e8re informelle. En cons\u00e9quence, \u00ab\u00a0il n&rsquo;existe pas de registre foncier complet, ni de base de donn\u00e9es des parcelles agricoles. Cela interdit effectivement l&rsquo;utilisation de la terre comme garantie, en particulier compte tenu de l&rsquo;incertitude li\u00e9e \u00e0 la transf\u00e9rabilit\u00e9 des baux et du risque de r\u00e9putation qu&rsquo;une institution de pr\u00eat encourrait si elle devait reprendre possession de la terre\u00a0\u00bb (Lesotho Compact). Dans ce cas, les terres d\u00e9tenues par les petits exploitants deviennent des \u00ab\u00a0garanties\u00a0\u00bb dans les plans d&rsquo;endettement des grandes entreprises. Au Ghana \u00e9galement, \u00ab\u00a0le r\u00e9gime foncier est un d\u00e9fi majeur pour l&rsquo;agriculture et la production agricole&#8230; Il constitue une contrainte pour la production agricole, en particulier pour les investissements commerciaux, en raison de ses effets g\u00e9n\u00e9raux sur l&rsquo;acc\u00e8s et la s\u00e9curit\u00e9 ; il a d\u00e9courag\u00e9 les investissements dans le d\u00e9veloppement des terres pour soutenir la production agricole\u00a0\u00bb (Ghana Compact).     <\/p>\n<p>Alors que les pactes d\u00e9plorent le r\u00e9gime foncier des petits exploitants, leurs alternatives menacent la souverainet\u00e9 fonci\u00e8re des petits exploitants. Consid\u00e9rant la tenure des petits exploitants comme inefficace, les pactes ouvrent la porte \u00e0 la poursuite des accaparements de terres \u00e0 grande \u00e9chelle par les gouvernements et les entreprises qui d\u00e9poss\u00e8dent les petits exploitants de leurs terres (Cotula 2009, Nyantakyi-Frimpong &amp; Benzer Kerr, 2014). La notion m\u00eame de terres cultiv\u00e9es ou arables repose sur certaines notions de formes d&rsquo;agriculture autoris\u00e9es qui rendent invisibles l&rsquo;agriculture des petits exploitants, le pastoralisme, l&rsquo;agroforesterie, la chasse-cueillette et d&rsquo;autres syst\u00e8mes alimentaires, les exposant ainsi aux vuln\u00e9rabilit\u00e9s de l&rsquo;expropriation des terres et \u00e0 l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 de la tenure. Le Rwanda, par exemple, est promis \u00e0 une augmentation massive des terres consacr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;agriculture industrielle sur pr\u00e8s d&rsquo;un million d&rsquo;hectares. Selon le gouvernement rwandais, le pays ne dispose que de 1,4 million d&rsquo;hectares de terres arables au total. Et encore, 1,6 million d&rsquo;hectares \u00e9taient cultiv\u00e9s avant les plans de Dakar II (Autorit\u00e9 rwandaise de gestion de l&rsquo;environnement). On peut donc se demander d&rsquo;o\u00f9 viendra l&rsquo;augmentation propos\u00e9e des terres cultiv\u00e9es et quel en sera l&rsquo;impact sur l&rsquo;environnement et les droits fonciers des utilisateurs actuels.      <\/p>\n<p>Alors que les petits exploitants agricoles ont g\u00e9r\u00e9 et adapt\u00e9 leurs propres terres, comprenant l&rsquo;importance de la biodiversit\u00e9 pour des syst\u00e8mes alimentaires prosp\u00e8res, les pactes proposent d&rsquo;acqu\u00e9rir de nouvelles terres principalement pour la monoculture de quelques produits cl\u00e9s, principalement le ma\u00efs, le riz et le soja.<\/p>\n<p>Cela peut expliquer la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;augmenter consid\u00e9rablement les surfaces irrigu\u00e9es, car ces cultures, en particulier le riz, n\u00e9cessitent de grandes quantit\u00e9s d&rsquo;eau. Toutefois, sur l&rsquo;un des continents les plus arides du monde, une telle augmentation de l&rsquo;irrigation devrait entra\u00eener une hausse spectaculaire de la pression sur les ressources en eau dans de nombreux pays. Les zones arides repr\u00e9sentent environ 43 % de la surface terrestre de l&rsquo;Afrique, environ 75 % de la surface utilis\u00e9e pour l&rsquo;agriculture et environ 50 % de la population, y compris un grand nombre des m\u00e9nages ruraux les plus vuln\u00e9rables. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 des zones arides augmente, mettant en p\u00e9ril les moyens de subsistance de millions de personnes (Cervigni &amp; Morris, 2016). Alors que les petits exploitants agricoles peuvent tirer des avantages consid\u00e9rables de l&rsquo;irrigation (par exemple, l&rsquo;irrigation au goutte-\u00e0-goutte pour la production de l\u00e9gumes, qui permet de produire plusieurs cultures par an), les plans des pactes mettent l&rsquo;accent sur l&rsquo;irrigation \u00e0 grande \u00e9chelle pour la production industrielle de monocultures de rente.    <\/p>\n<p>La Tanzanie fournit une \u00e9tude de cas sur la mani\u00e8re dont les pactes cherchent \u00e0 modifier la gestion des terres pour les petits exploitants africains. Le pacte se concentre sur l&rsquo;augmentation de la production de bl\u00e9, d&rsquo;huiles de graines et de l\u00e9gumes et, ce faisant, vise une augmentation de la surface cultivable de 1,2 million d&rsquo;hectares. Alors que \u00ab\u00a0la plupart des terres destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;agriculture et \u00e0 l&rsquo;agro-industrie appartiennent encore aux conseils de village et doivent encore \u00eatre transf\u00e9r\u00e9es, planifi\u00e9es et \u00e9tudi\u00e9es\u00a0\u00bb (pacte de la Tanzanie), le pacte pr\u00e9voit une meilleure utilisation de l&rsquo;agriculture en blocs et de la monoculture dans les trois cha\u00eenes de valeur mentionn\u00e9es. Le gouvernement et le secteur priv\u00e9 sont des agents essentiels pour d\u00e9poss\u00e9der les petits exploitants de leurs terres en \u00ab\u00a0investissant dans l&rsquo;identification et l&rsquo;acquisition de terres disponibles pour l&rsquo;agriculture en blocs \u00e0 grande \u00e9chelle et l&rsquo;installation d&rsquo;infrastructures d&rsquo;irrigation et de barrages\u00a0\u00bb (Pacte de la Tanzanie). En fin de compte, le Pacte lui-m\u00eame devient une invitation pour le secteur priv\u00e9 \u00e0 s&#8217;emparer de terres \u00e0 grande \u00e9chelle avec le soutien total du gouvernement : \u00ab\u00a0Le gouvernement souhaite s&rsquo;associer au secteur priv\u00e9 pour le d\u00e9frichage et l&rsquo;administration des terres, la formalisation et l&rsquo;enregistrement en cours, en fournissant des technologies et des services d&rsquo;arpentage et de cartographie cadastrale\u00a0\u00bb (Pacte de la Tanzanie).    <\/p>\n<p>Comme le montrent ces diff\u00e9rents exemples, les pactes pourraient non seulement canaliser l&rsquo;argent vers l&rsquo;agro-industrialisation, mais aussi donner le coup d&rsquo;envoi \u00e0 une vague d&rsquo;acquisitions de terres \u00e0 grande \u00e9chelle sur tout le continent, favorisant les grandes exploitations en bloc et la monoculture au d\u00e9triment des petits exploitants. Outre le probl\u00e8me de l&rsquo;accaparement des terres terrestres, il existe une tendance croissante \u00e0 l&rsquo;accaparement des terres offshore, illustr\u00e9e par l&rsquo;\u00e9volution de la situation au B\u00e9nin. Le pacte du B\u00e9nin pr\u00e9sente des plans pour \u00ab\u00a0le d\u00e9veloppement de l&rsquo;aquaculture, qui comprend la construction de dix aquapoles, chacune couvrant 25 hectares, dont l&rsquo;ach\u00e8vement est pr\u00e9vu d&rsquo;ici 2026\u00a0\u00bb. Les pactes cherchent \u00e0 restructurer radicalement la mani\u00e8re dont les ressources naturelles sont utilis\u00e9es sur le continent et en dehors.   <\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419641\"><\/a>3.3 PERSONNES<\/h2>\n<p>Les pactes n&rsquo;impliquent pas seulement l&rsquo;argent et la terre, mais aussi les petits exploitants eux-m\u00eames dans de nouveaux paradigmes de production. En fin de compte, \u00e0 travers toutes les interventions mentionn\u00e9es, les pactes cherchent \u00e0 transformer l&rsquo;identit\u00e9 des petits exploitants agricoles en Afrique. Dans l&rsquo;ensemble, les pactes pr\u00e9voient la participation de 11 117 000 petits exploitants \u00e0 des programmes de production industrialis\u00e9s. Dans les projets d&rsquo;agriculture en bloc, ils servent d&rsquo;agriculteurs contractuels fournissant une culture de base telle que le riz \u00e0 une \u00ab\u00a0ferme d&rsquo;ancrage\u00a0\u00bb industrielle pour la commercialisation, avec peu de contr\u00f4le sur leurs terres, le choix des cultures ou les prix. La cr\u00e9ation de nouveaux emplois, la fourniture de semences am\u00e9lior\u00e9es et d&rsquo;\u00e9quipements d&rsquo;irrigation m\u00e9canis\u00e9s, ainsi que divers autres programmes, modifient la mani\u00e8re dont les petits exploitants exercent leur souverainet\u00e9 sur leur alimentation. Au Kenya, par exemple, le pacte propose de \u00ab\u00a0transformer 2 millions d&rsquo;agriculteurs pauvres en producteurs exc\u00e9dentaires gr\u00e2ce au financement d&rsquo;intrants et \u00e0 un soutien intensif \u00e0 la vulgarisation agricole\u00a0\u00bb (Kenya Compact). Dans l&rsquo;ensemble, ce changement spectaculaire montre comment les pactes envisagent une r\u00e9organisation compl\u00e8te du monde rural en Afrique.      <\/p>\n<p><strong>Le tableau ci-dessous<\/strong> pr\u00e9sente les chiffres des neuf pays o\u00f9 un grand nombre de m\u00e9nages agricoles sont impliqu\u00e9s. (Certains accords font r\u00e9f\u00e9rence au nombre d&rsquo;agriculteurs, d&rsquo;autres au nombre de m\u00e9nages). Voir l&rsquo;annexe C pour plus de d\u00e9tails.  <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/afsafrica.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/screenshot-2024-02-21-at-4.51.22pm.png\"><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419642\"><\/a>3.4 LES SEMENCES<\/h2>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel des accords est la proposition d&rsquo;\u00e9tablir des \u00ab\u00a0syst\u00e8mes de semences formels\u00a0\u00bb pour les petits exploitants. En Tanzanie, au Ghana, en \u00c9gypte, au Nigeria, au Rwanda, en Somalie et au B\u00e9nin en particulier, les syst\u00e8mes de semences certifi\u00e9es sont un objectif direct des pactes. Les syst\u00e8mes de semences formels peuvent directement porter atteinte aux petits exploitants qui s&rsquo;appuient sur des syst\u00e8mes de semences traditionnels qui prot\u00e8gent leur capacit\u00e9 \u00e0 cultiver ce qu&rsquo;ils veulent, quand ils le veulent et comme ils le veulent.  <\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes de semences formelles et certifi\u00e9es ouvrent la porte aux multinationales semenci\u00e8res qui veulent s&rsquo;immiscer dans la vie des petits exploitants. Par exemple, au Lesotho, le plan pr\u00e9voit davantage de semences certifi\u00e9es. Il d\u00e9montre les menaces que repr\u00e9sentent les syst\u00e8mes de semences formels : \u00ab\u00a0Au fil du temps, de nombreuses vari\u00e9t\u00e9s indig\u00e8nes traditionnelles ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des vari\u00e9t\u00e9s commerciales pour lesquelles les semences et les plants sont facilement disponibles, bien que la plupart soient import\u00e9s d&rsquo;Afrique du Sud et ne soient pas particuli\u00e8rement adapt\u00e9s au climat et aux sols du Lesotho\u00a0\u00bb (Lesotho Compact).  <\/p>\n<p>Un autre exemple de la volont\u00e9 de mettre en place des syst\u00e8mes semenciers formels vient de Tanzanie, o\u00f9 le Compact cherche \u00e0 am\u00e9liorer les projets de certification des semences d\u00e9j\u00e0 en cours, qui comprennent la cr\u00e9ation de fermes semenci\u00e8res, d&rsquo;installations de traitement des semences et d&rsquo;installations de stockage des semences, sous la supervision d&rsquo;une agence semenci\u00e8re r\u00e9glement\u00e9e par le gouvernement. Cette agence travaille strictement avec les cha\u00eenes de valeur des produits de base, assurant leur propagation par rapport \u00e0 d&rsquo;autres cultures. Au total, 30 millions de dollars sont consacr\u00e9s \u00e0 la mise en place de syst\u00e8mes semenciers formels en Tanzanie, le secteur priv\u00e9 \u00e9tant cibl\u00e9 comme principal bailleur de fonds pour la certification des semences (Tanzania Compact).  <\/p>\n<p>De nombreuses organisations d&rsquo;agriculteurs africains r\u00e9sistent \u00e0 la croissance des syst\u00e8mes formels de semences certifi\u00e9es en raison de pr\u00e9occupations diverses sur le continent :<\/p>\n<ul>\n<li>Co\u00fbt et accessibilit\u00e9 : Les syst\u00e8mes formels sont souvent plus co\u00fbteux que les m\u00e9thodes traditionnelles ou informelles de production de semences, ce qui fait que les petits agriculteurs ont du mal \u00e0 se procurer des semences certifi\u00e9es. Cela pourrait aggraver les in\u00e9galit\u00e9s dans l&rsquo;agriculture. <\/li>\n<li>D\u00e9pendance et contr\u00f4le : Les critiques craignent une d\u00e9pendance accrue \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des multinationales ou des gouvernements pour les semences, ce qui r\u00e9duirait l&rsquo;autonomie et la r\u00e9silience des agriculteurs, comme on l&rsquo;a vu lors de ruptures d&rsquo;approvisionnement telles que la pand\u00e9mie de COVID-19.<\/li>\n<li>Menace pour la biodiversit\u00e9 : Les semences certifi\u00e9es favorisent des vari\u00e9t\u00e9s de cultures limit\u00e9es et uniformes, ce qui peut nuire \u00e0 la diversit\u00e9 des cultures traditionnelles et aux types de semences indig\u00e8nes adapt\u00e9es aux conditions locales.<\/li>\n<li>D\u00e9placement des syst\u00e8mes informels : Les syst\u00e8mes formels de semences pourraient remplacer les pratiques traditionnelles de conservation et d&rsquo;\u00e9change de semences, qui sont cruciales pour l&rsquo;adaptabilit\u00e9 de l&rsquo;agriculture africaine.<\/li>\n<li>Marginalisation des petits exploitants agricoles : Ces syst\u00e8mes pourraient favoriser les grandes exploitations ou les exploitations orient\u00e9es vers l&rsquo;exportation, au d\u00e9triment des petits exploitants qui constituent la majorit\u00e9 de la communaut\u00e9 agricole africaine.<\/li>\n<li>Absence d&rsquo;approches participatives : La promotion de syst\u00e8mes formels est souvent critiqu\u00e9e pour ne pas impliquer les communaut\u00e9s locales et les parties prenantes, n\u00e9gligeant ainsi la diversit\u00e9 des besoins et des connaissances.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;opposition d\u00e9coule de pr\u00e9occupations concernant l&rsquo;accessibilit\u00e9 financi\u00e8re, la d\u00e9pendance, la perte de biodiversit\u00e9, le d\u00e9placement des pratiques traditionnelles, la marginalisation des petits exploitants agricoles et les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement non inclusives. Les critiques appellent \u00e0 des approches plus inclusives et durables pour r\u00e9pondre aux divers besoins des agriculteurs africains. <\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9laboration de lois favorisant les droits des s\u00e9lectionneurs ouvre \u00e9galement la voie aux vari\u00e9t\u00e9s de cultures g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es (GM), qui ne sont pas autoris\u00e9es dans la plupart des pays africains. Les semences g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es repr\u00e9sentent \u00e9galement un co\u00fbt important pour les petits exploitants qui produisent ou partagent g\u00e9n\u00e9ralement leurs propres semences. Ces co\u00fbts sont souvent prohibitifs et creusent les in\u00e9galit\u00e9s entre les agriculteurs (Boafo &amp; Lyons, 2022). Nombreux sont ceux qui s&rsquo;opposent \u00e0 l&rsquo;introduction de cultures g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es en raison de pr\u00e9occupations concernant l&rsquo;impact sur l&rsquo;environnement, la souverainet\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaires, les risques pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9, les impacts \u00e9conomiques, les consid\u00e9rations \u00e9thiques et culturelles, le manque de transparence et la promotion de pratiques agricoles alternatives et durables. Ces pr\u00e9occupations refl\u00e8tent le d\u00e9sir de prot\u00e9ger l&rsquo;environnement, de promouvoir la souverainet\u00e9 alimentaire et de garantir le bien-\u00eatre des agriculteurs et des consommateurs du continent.    <\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419643\"><\/a>3.5 TECHNOLOGIE<\/h2>\n<p>Le remplacement des semences traditionnelles par des vari\u00e9t\u00e9s dites \u00ab\u00a0intelligentes face au climat\u00a0\u00bb (pactes du B\u00e9nin et de la Somalie) met en \u00e9vidence un autre \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 des priorit\u00e9s des pactes : l&rsquo;accent mis sur l&rsquo;agriculture intelligente face au climat, l&rsquo;agriculture num\u00e9rique et de pr\u00e9cision, la m\u00e9canisation et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les intrants de haute technologie. L&rsquo;agriculture intelligente face au climat (AAC) est un terme vaguement d\u00e9fini qui cherche \u00e0 r\u00e9duire les impacts climatiques en intensifiant durablement le syst\u00e8me alimentaire. Toutefois, l&rsquo;absence de lignes directrices claires a permis au concept d&rsquo;\u00eatre coopt\u00e9 par l&rsquo;agro-industrie, ce qui a conduit \u00e0 qualifier ses pratiques d&rsquo;\u00e9coblanchiment. Les petits exploitants agricoles ont rejet\u00e9 l&rsquo;agriculture intelligente face au climat, la consid\u00e9rant comme une nouvelle tentative de donner une nouvelle image et de reconditionner de vieilles solutions qui favorisent les grandes entreprises au d\u00e9triment de la souverainet\u00e9 alimentaire (ETC Group, Clay &amp; Zimmerer, 2020).   <\/p>\n<p>Les pactes pour la Tanzanie, le Ghana, la Somalie, le B\u00e9nin, le Zimbabwe et la Zambie mentionnent tous la technologie CSA. En Somalie, les termes \u00ab\u00a0syst\u00e8mes de semences formels ou certifi\u00e9s\u00a0\u00bb sont remplac\u00e9s par \u00ab\u00a0syst\u00e8me de semences durable\u00a0\u00bb, sans v\u00e9ritable explication de ce qui le rend durable. Les syst\u00e8mes agro-techniques num\u00e9riques (un terme confus utilis\u00e9 par les pactes sans d\u00e9finition claire, mais qui fait partie de leur volont\u00e9 ultime d&rsquo;industrialisation agricole), la vulgarisation \u00e9lectronique (pactes de la Sierra Leone, de la Somalie et du Rwanda) et l&rsquo;agriculture de pr\u00e9cision (pacte de l&rsquo;Ouganda) sont \u00e9galement des exemples de projets de haute technologie des pactes. L&rsquo;introduction de ces pratiques suscite des inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la souverainet\u00e9 des donn\u00e9es, \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e9quitable \u00e0 des technologies co\u00fbteuses destin\u00e9es au d\u00e9veloppement agricole. En Sierra Leone, l&rsquo;objectif des syst\u00e8mes Ag-Tech sera de \u00ab\u00a0collecter des informations en temps r\u00e9el pour soutenir la prise de d\u00e9cision\u00a0\u00bb. Un centre de donn\u00e9es agricoles sera mis en place pour maximiser les informations provenant de sources de donn\u00e9es diff\u00e9rentes et distinctes. Celles-ci seront utilis\u00e9es pour suivre les progr\u00e8s accomplis dans la r\u00e9alisation des objectifs du Pacte. En tant qu&rsquo;approche, le Pacte s&rsquo;appuiera largement sur le secteur priv\u00e9 pour mettre en \u0153uvre ces initiatives\u00a0\u00bb (Pacte de la Sierra Leone). Nous voyons ici comment les innovations de haute technologie peuvent permettre au secteur priv\u00e9 d&rsquo;influencer les pratiques agricoles sous le couvert de l&rsquo;aide \u00e0 la \u00ab\u00a0prise de d\u00e9cision\u00a0\u00bb.     <\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419644\"><\/a>3.6 PRODUITS AGROCHIMIQUES<\/h2>\n<p>Les engrais chimiques et les pesticides font partie int\u00e9grante des strat\u00e9gies visant \u00e0 industrialiser l&rsquo;agriculture en Afrique. Les engrais repr\u00e9sentent l&rsquo;une des industries les plus soutenues par la BAD. En 2014, elle a accord\u00e9 un pr\u00eat \u00e0 Dangote &#8211; l&rsquo;homme d&rsquo;affaires le plus riche d&rsquo;Afrique &#8211; de 300 millions USD destin\u00e9 \u00e0 la construction d&rsquo;une raffinerie de p\u00e9trole brut et d&rsquo;une usine de fabrication d&rsquo;engrais. Un programme sp\u00e9cifique est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;augmentation de l&rsquo;utilisation de ces produits par les agriculteurs : le M\u00e9canisme africain de financement des engrais (AFFM), cr\u00e9\u00e9 en 2006. Pour la p\u00e9riode actuelle 2022-2028, le r\u00e9sultat attendu est la distribution de 2 millions de tonnes d&rsquo;engrais et d&rsquo;autres intrants \u00e0 16 millions de petits agriculteurs, afin qu&rsquo;ils en appliquent au moins 50 kg par hectare. Les cultures prioritaires de ce programme sont le ma\u00efs, le riz, le manioc, le soja, le bl\u00e9, le sorgho, le millet, le ni\u00e9b\u00e9, le cacao, le caf\u00e9, le coton, l&rsquo;horticulture et le palmier \u00e0 huile (GRAIN, 2023). Le programme d&rsquo;engrais de la BAD a \u00e9t\u00e9 \u00e9largi en 2021 pour faire face au co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;indisponibilit\u00e9 des engrais synth\u00e9tiques et sera probablement un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de la contribution de la BAD aux pactes par le biais de subventions et de cr\u00e9dits.      <\/p>\n<p>Bien que certains pactes mentionnent l&rsquo;importance d&rsquo;accro\u00eetre l&rsquo;utilisation d&rsquo;engrais organiques par les agriculteurs, ils pr\u00e9conisent plus souvent l&rsquo;utilisation accrue d&rsquo;engrais inorganiques et chimiques. Tout comme les semences hybrides, les engrais chimiques et les pesticides repr\u00e9sentent une charge financi\u00e8re importante pour les petits exploitants. Au Rwanda, o\u00f9 le Pacte cherche \u00e0 mobiliser 189 millions de dollars pour les seuls engrais, l&rsquo;utilisation moyenne d&rsquo;engrais par hectare devrait augmenter de 20 %, la production totale atteignant 84 000 tonnes par an. Cependant, dans les pays plus petits et plus pauvres, incapables de produire leurs propres engrais inorganiques, une augmentation des intrants synth\u00e9tiques signifie \u00e9galement une augmentation des importations et de la d\u00e9pendance.   <\/p>\n<p>De nombreuses organisations de petits exploitants agricoles africains s&rsquo;opposent aux engrais synth\u00e9tiques en raison des inqui\u00e9tudes qu&rsquo;ils suscitent :<\/p>\n<ul>\n<li>Co\u00fbt et accessibilit\u00e9 : Les engrais synth\u00e9tiques sont souvent trop chers pour les petits agriculteurs et les gouvernements qui les subventionnent, ce qui exacerbe les tensions \u00e9conomiques et les in\u00e9galit\u00e9s agricoles.<\/li>\n<li>D\u00e9gradation de l&rsquo;environnement : Leur utilisation peut entra\u00eener l&rsquo;\u00e9rosion des sols, la pollution de l&rsquo;eau et la perte de biodiversit\u00e9, ce qui nuit aux \u00e9cosyst\u00e8mes et \u00e0 la durabilit\u00e9 de l&rsquo;agriculture.<\/li>\n<li>Sant\u00e9 des sols : Les engrais synth\u00e9tiques ne parviennent pas \u00e0 am\u00e9liorer la fertilit\u00e9 des sols \u00e0 long terme, contribuant ainsi \u00e0 la d\u00e9gradation et au d\u00e9s\u00e9quilibre des nutriments. Des pratiques durables telles que l&rsquo;ajout de mati\u00e8res organiques et la rotation des cultures sont pr\u00e9conis\u00e9es \u00e0 la place. <\/li>\n<li>D\u00e9pendance : La d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des engrais synth\u00e9tiques favorise la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des intrants externes et des multinationales, ce qui nuit \u00e0 l&rsquo;autonomie et \u00e0 la r\u00e9silience des agriculteurs.<\/li>\n<li>Risques pour la sant\u00e9 : L&rsquo;exposition aux engrais synth\u00e9tiques pr\u00e9sente des risques de probl\u00e8mes respiratoires, d&rsquo;irritation de la peau et d&rsquo;autres probl\u00e8mes de sant\u00e9, ce qui incite \u00e0 adopter des approches agro\u00e9cologiques plus s\u00fbres.<\/li>\n<li>Le changement climatique : La production et l&rsquo;utilisation d&rsquo;engrais synth\u00e9tiques contribuent aux \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre. La r\u00e9duction de leur utilisation au profit de m\u00e9thodes agro\u00e9cologiques peut contribuer \u00e0 l&rsquo;att\u00e9nuation du changement climatique. <\/li>\n<\/ul>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;opposition aux engrais synth\u00e9tiques se concentre sur l&rsquo;accessibilit\u00e9 financi\u00e8re, l&rsquo;impact environnemental, la sant\u00e9 des sols, la d\u00e9pendance, les risques pour la sant\u00e9 et le changement climatique, tout en pr\u00e9conisant des pratiques plus durables, plus \u00e9quitables et plus respectueuses de l&rsquo;agriculteur.<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc159419645\"><\/a>4. CONCLUSIONS<\/h1>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les partisans d&rsquo;un d\u00e9veloppement \u00e0 grande \u00e9chelle de l&rsquo;agriculture africaine se d\u00e9barrassent de la terminologie relative \u00e0 la r\u00e9volution verte, les accords de Dakar II fournissent un exemple important de la mani\u00e8re dont les choses peuvent, ou non, \u00eatre en train de changer. Bien qu&rsquo;aucun des pactes n&rsquo;appelle explicitement \u00e0 une nouvelle r\u00e9volution verte, les strat\u00e9gies propos\u00e9es sont sensiblement les m\u00eames. Les pactes reprennent les m\u00eames vieilles strat\u00e9gies qui se sont av\u00e9r\u00e9es infructueuses \u00e0 maintes reprises, mais en mettant davantage l&rsquo;accent sur les exploitations agricoles industrielles dirig\u00e9es par l&rsquo;agro-industrie. Si les acteurs et les strat\u00e9gies restent les m\u00eames, la terminologie et l&rsquo;important budget changent cette fois-ci. En fin de compte, les pactes s&rsquo;appuient massivement sur l&rsquo;industrialisation comme m\u00e9thode de d\u00e9veloppement agricole et, ce faisant, pr\u00e9sentent de nouvelles menaces pour la souverainet\u00e9 des petits exploitants agricoles sur le continent.    <\/p>\n<p>Avec un budget engag\u00e9 revendiqu\u00e9 de 30 milliards de dollars \u00e0 ce jour et un budget total estim\u00e9 \u00e0 plus de 60 milliards de dollars, l&rsquo;investissement propos\u00e9 \u00e0 Dakar II d\u00e9passe de loin le milliard de dollars consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Alliance pour une r\u00e9volution verte en Afrique (Wise, 2021) ou le milliard de dollars que les gouvernements africains d\u00e9pensent chaque ann\u00e9e pour subventionner les intrants, selon les estimations. Les pactes mettent en avant des termes tels que \u00ab\u00a0agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0agriculture fond\u00e9e sur la nature\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0agriculture num\u00e9rique\u00a0\u00bb, qui peuvent sembler offrir des solutions modernes et de haute technologie aux d\u00e9fis actuels. Toutefois, ces termes masquent l&rsquo;agenda sous-jacent : l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture africaine, au profit des multinationales, souvent au d\u00e9triment des petits exploitants agricoles et de l&rsquo;environnement.  <\/p>\n<p>En outre, alors que la r\u00e9volution verte pour l&rsquo;Afrique s&rsquo;est largement appuy\u00e9e sur l&rsquo;intensification agricole comme approche principale pour augmenter les rendements, nous constatons que les pactes combinent cette approche avec une approche d&rsquo;extensification agricole<em>. <\/em>En d&rsquo;autres termes, au lieu de rechercher des rendements plus \u00e9lev\u00e9s en utilisant diff\u00e9rents intrants tels que des semences hybrides, des engrais chimiques et des pesticides, cette nouvelle approche vise \u00e0 accro\u00eetre la production en augmentant \u00e9galement de mani\u00e8re significative la superficie des terres cultiv\u00e9es. Cette strat\u00e9gie diff\u00e8re radicalement des approches pr\u00e9c\u00e9dentes et peut avoir des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur les droits fonciers des utilisateurs actuels des terres. <\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des syst\u00e8mes sociaux, \u00e9cologiques et agricoles pr\u00e9sents dans les 40 pays concern\u00e9s, les solutions propos\u00e9es par les pactes restent largement uniformes. \u00c0 l&rsquo;instar de la r\u00e9volution verte pour l&rsquo;Afrique, ces pactes t\u00e9moignent d&rsquo;une approche unique du d\u00e9veloppement, n\u00e9gligeant les nuances n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9alisation de progr\u00e8s justes et inclusifs. Les cultures de produits de base, les intrants m\u00e9canis\u00e9s et les pratiques fonci\u00e8res standardis\u00e9es rationalisent les divers processus en une seule tentative d&rsquo;industrialisation. Le contenu des pactes, mais aussi la mani\u00e8re dont ils sont r\u00e9dig\u00e9s, sugg\u00e8rent une approche unique qui ne tient pas compte des int\u00e9r\u00eats r\u00e9els des agriculteurs. Compil\u00e9s et produits par Dalberg Global Development Advisors, un cabinet de conseil en strat\u00e9gie et en politique tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9, les pactes suivent un format de r\u00e9daction similaire pour chaque pays et sont truff\u00e9s d&rsquo;erreurs factuelles, de fautes de frappe et d&rsquo;une r\u00e9daction et d&rsquo;une pr\u00e9sentation globalement m\u00e9diocres. Les pays sont souvent confondus, les paragraphes se terminent abruptement ou se r\u00e9p\u00e8tent, et les valeurs num\u00e9riques sont parfois simplement laiss\u00e9es \u00e0 xxx ou \u00ab\u00a0\u00e0 compl\u00e9ter ult\u00e9rieurement\u00a0\u00bb. En outre, la qualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture et la profondeur des d\u00e9tails sont nettement inf\u00e9rieures dans les pactes de pays francophones r\u00e9dig\u00e9s en fran\u00e7ais, ce qui sugg\u00e8re que les consultants francophones engag\u00e9s dans le projet \u00e9taient en nombre insuffisant. Le manque de r\u00e9flexion et d&rsquo;attention dans la r\u00e9daction refl\u00e8te un manque de soin similaire dans les solutions propos\u00e9es. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger sur les v\u00e9ritables b\u00e9n\u00e9ficiaires de ces pactes. Sont-ils r\u00e9ellement destin\u00e9s \u00e0 soutenir les petits exploitants agricoles, comme on le pr\u00e9tend, ou servent-ils avant tout l&rsquo;agenda de l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;agriculture africaine ? En outre, nous devons nous demander si l&rsquo;initiative de Dakar II, avec ses pactes pour 40 pays et la mobilisation annonc\u00e9e de 61 milliards de dollars, repr\u00e9sente des plans bien pens\u00e9s ou un effort de relations publiques \u00e0 grande \u00e9chelle et un appel \u00e0 l&rsquo;investissement \u00e9tranger.          <\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident de l&rsquo;Irlande, Michael D. Higgins, a fait entendre la voix de la raison lors du sommet de Dakar II en janvier 2023, l\u00e0 o\u00f9 tout a commenc\u00e9. Il a contest\u00e9 le regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;agriculture industrielle monoculturelle et a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0Nous devons nous demander comment il se fait que les populations africaines soient si d\u00e9pendantes de trois denr\u00e9es alimentaires de base et que le mod\u00e8le de production et de distribution alimentaire en place soit si profond\u00e9ment d\u00e9fectueux\u00a0\u00bb. Il a appel\u00e9 \u00e0 un changement d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit : \u00ab\u00a0Il faut maintenant que les meilleures pratiques \u00e9cologiques en mati\u00e8re d&rsquo;agriculture, y compris l&rsquo;agro\u00e9cologie, se g\u00e9n\u00e9ralisent. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9marche tr\u00e8s diff\u00e9rente des simples ajustements au mod\u00e8le agronomique productiviste, un syst\u00e8me alimentaire impos\u00e9 par la colonisation, qui a exacerb\u00e9 l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire en cr\u00e9ant une d\u00e9pendance excessive \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un petit nombre de denr\u00e9es de base et d&rsquo;engrais, de pesticides et de semences import\u00e9s. Les mod\u00e8les agro\u00e9cologiques nous montrent une voie qui nous \u00e9loigne de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, vers une agronomie d\u00e9colonis\u00e9e. Nous devons d\u00e9ployer des efforts concert\u00e9s pour garantir la suppression des obstacles \u00e0 un d\u00e9veloppement agricole diversifi\u00e9 en Afrique, comme c&rsquo;est le cas, par exemple, avec l&rsquo;agro\u00e9cologie, si les Africains veulent lib\u00e9rer le potentiel de l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb. (Higgins, 2023).  <\/p>\n<h1><a name=\"_Toc159419646\"><\/a>5. R\u00c9F\u00c9RENCES<\/h1>\n<p>Adesina, A. (2018). Discours du Dr. Akinwumi A. Adesina, pr\u00e9sident du Groupe de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, orateur distingu\u00e9 au 94e Forum annuel des perspectives du D\u00e9partement am\u00e9ricain de l&rsquo;agriculture &#8211; \u00ab\u00a0Les racines de la prosp\u00e9rit\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/fr\/news-and-events\/speech-delivered-by-dr-akinwumi-a-adesina-president-african-development-bank-group-distinguished-speaker-at-the-94th-annual-us-department-of-agriculture-outlook-forum-the-roots-of-prosperity-17868\">\u00a0\u00bb https:\/\/www.afdb.org\/fr\/news-and-events\/speech-delivered-by-dr-akinwumi-a-adesina-president-african-development-bank-group-distinguished-speaker-at-the-94th-annual-us-department-of-agriculture-outlook-forum-the-roots-of-prosperity-17868.<\/a> <\/p>\n<p>Adesina, A. (2022). Discours du Dr. Akinwumi A. Adesina, Pr\u00e9sident du Groupe de la Banque Africaine de D\u00e9veloppement YARA&rsquo;s Knowledge Exchange Event 29 septembre 2022, Oslo, Norv\u00e8ge.  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/sites\/default\/files\/2022_09_29_speech_dr._akinwumi_adesina_yaras_knowledge_exchange76.pdf\">https:\/\/www.afdb.org\/sites\/default\/files\/2022_09_29_speech_dr._akinwumi_adesina_yaras_knowledge_exchange76.pdf<\/a><\/p>\n<p>Banque africaine de d\u00e9veloppement. (2023a). Sommet de Dakar 2 : Les partenaires du d\u00e9veloppement s&rsquo;engagent \u00e0 verser 30 milliards de dollars pour stimuler la production alimentaire en Afrique.  BAD.  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/dakar-2-summit-development-partners-commit-30-billion-boost-food-production-africa-58598\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/dakar-2-summit-development-partners-commit-30-billion-boost-food-production-africa-58598<\/a><\/p>\n<p>Banque africaine de d\u00e9veloppement. (2023b). Les dirigeants africains soutiennent les r\u00e9sultats du sommet alimentaire de la Banque africaine de d\u00e9veloppement et appellent \u00e0 une mise en \u0153uvre urgente.  BAD.  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/african-leaders-declare-support-african-development-banks-food-summit-outcome-call-urgent-implementation-59172\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/african-leaders-declare-support-african-development-banks-food-summit-outcome-call-urgent-implementation-59172<\/a><\/p>\n<p>Banque africaine de d\u00e9veloppement. (2024). Groupe et centres de recherche pour transformer l&rsquo;agriculture africaine et am\u00e9liorer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/african-development-bank-group-and-research-centres-transform-african-agriculture-and-improve-food-security-68239\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/news-and-events\/press-releases\/african-development-bank-group-and-research-centres-transform-african-agriculture-and-improve-food-security-68239<\/a><\/p>\n<p>Blair, R., Kimbugwe, K., Koleros, A., Mangheni, M., Narayan, Tulika., Usmani, F. (2021). Partenariat pour une transformation agricole inclusive en Afrique, \u00e9valuation finale. Mathematica. <a href=\"https:\/\/www.iatp.org\/blog\/202007\/failing-africas-farmers-new-report-shows-africas-green-revolution-failing-its-own-terms\">https:\/\/www.iatp.org\/blog\/202007\/failing-africas-farmers-new-report-shows-africas-green-revolution-failing-its-own-terms<\/a><\/p>\n<p>Boafo, J., Lyons, K. (2022). La rh\u00e9torique et les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les agriculteurs de la r\u00e9volution verte en Afrique : \u00c9tude de cas de la r\u00e9gion de Brong Ahafo au Ghana.  <em>Journal des \u00e9tudes asiatiques et africaines.  <\/em>57(3). 406-423.<\/p>\n<p>Cervigni, R., et Morris, M. (2016). <em>Faire face \u00e0 la s\u00e9cheresse dans les zones arides d&rsquo;Afrique. <\/em>Forum pour le d\u00e9veloppement de l&rsquo;Afrique, Groupe de la Banque mondiale. <a href=\"https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/server\/api\/core\/bitstreams\/6c1d090c-df47-559b-b8d9-753bb57541a7\/content\">https:\/\/openknowledge.worldbank.org\/server\/api\/core\/bitstreams\/6c1d090c-df47-559b-b8d9-753bb57541a7\/content.<\/a><\/p>\n<p>CIFOR\/ICRAF (2015). D\u00e9forestation et d\u00e9gradation des for\u00eats dans le Bassin du Congo : \u00c9tat des connaissances, causes actuelles et perspectives. <a href=\"https:\/\/www.cifor.org\/knowledge\/publication\/5894\/#:~:text=Slash%2Dand%2Dburn%20agriculture%2C,the%20main%20causes%20of%20deforestation\">https:\/\/www.cifor.org\/knowledge\/publication\/5894\/#:~:text=Slash%2Dand%2Dburn%20agriculture%2C,the%20main%20causes%20of%20deforestation.<\/a> <\/p>\n<p>Clay, N., Zimmerer KS. (2020). Qui est r\u00e9silient dans la r\u00e9volution verte en Afrique ? Intensification durable et agriculture intelligente face au climat au Rwanda. <em>Land use policy <\/em>97. 10.1016\/j.landusepol.2020.104558 <\/p>\n<p>Partenariat pour les for\u00eats du bassin du Congo, PFBC (2023). Premier poumon\u00a0\u00bb : Cette for\u00eat tropicale pourrait \u00eatre le plus important puits de carbone au monde.  Euronews.  <a href=\"https:\/\/pfbc-cbfp.org\/news-partner\/Euronews-23.html\">https:\/\/pfbc-cbfp.org\/news-partner\/Euronews-23.html<\/a><\/p>\n<p>Cotula, L. (2009).<em>  Accaparement de terres ou opportunit\u00e9 de d\u00e9veloppement ? Investissements agricoles et transactions fonci\u00e8res internationales en Afrique.<\/em>  Rapport pour la FAO, le FIDA et l&rsquo;IIED.  <a href=\"https:\/\/www.iied.org\/12561iied\">https:\/\/www.iied.org\/12561iied<\/a><\/p>\n<p>Groupe ETC. (2023). D\u00e9claration sur le Sommet de Dakar 2 : \u00ab\u00a0L&rsquo;agriculture intelligente face au climat\u00a0\u00bb aggravera la crise climatique. Assess Technology, ETC Group.  <a href=\"https:\/\/assess.technology\/featured\/statement-dakar-summit-climate-smart-agriculture-climate-crisis\/\">https:\/\/assess.technology\/featured\/statement-dakar-summit-climate-smart-agriculture-climate-crisis\/<\/a><\/p>\n<p>FAO, FIDA, UNICEF, PAM et OMS. (2023). L&rsquo;\u00e9tat de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et de la nutrition dans le monde en 2023. Urbanisation, transformation des syst\u00e8mes agroalimentaires et r\u00e9gimes alimentaires sains dans le continuum rural-urbain.  Rome, FAO.  <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4060\/cc3017en\">https:\/\/doi.org\/10.4060\/cc3017en<\/a><\/p>\n<p>GRAIN (2023). La strat\u00e9gie de la BAD pour l&rsquo;agro-industrialisation de l&rsquo;Afrique.  GRAIN.  <a href=\"https:\/\/grain.org\/en\/article\/7016-the-afdb-strategy-to-agro-industrialise-africa#_edn16\">https:\/\/grain.org\/en\/article\/7016-the-afdb-strategy-to-agro-industrialise-africa#_edn16<\/a><\/p>\n<p>Higgins (2023). Discours prononc\u00e9 par le Pr\u00e9sident de l&rsquo;Irlande, Michael D. Higgins &#8211; Sommet Feed Africa : Souverainet\u00e9 alimentaire et r\u00e9silience &#8211; 25-27 janvier 2023.  Dakar, S\u00e9n\u00e9gal.  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/fr\/news-and-events\/speeches\/speech-delivered-president-ireland-michael-d-higgins-feed-africa-summit-food-sovereignty-and-resilience-25-27-january-2023-dakar-senegal-58431\">https:\/\/www.afdb.org\/fr\/news-and-events\/speeches\/speech-delivered-president-ireland-michael-d-higgins-feed-africa-summit-food-sovereignty-and-resilience-25-27-january-2023-dakar-senegal-58431<\/a><\/p>\n<p>Nyantakyi-Frimpong, H. et Bezner Kerr, R. (2014). Une \u00e9cologie politique de l&rsquo;agriculture \u00e0 haut rendement dans le nord du Ghana.  <em>Revue g\u00e9ographique africaine.<\/em><\/p>\n<p>Pr\u00e1\u0161kov\u00e1, D.M. &amp; Novotn\u00fd, J. (2021) The rise and fall of the New Alliance for Food Security and Nutrition : a tale of two discourses, Third World Quarterly, 42:8, 1751-1769, DOI : <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/01436597.2021.1917355\">10.1080\/01436597.2021.1917355<\/a><\/p>\n<p>Autorit\u00e9 rwandaise de gestion de l&rsquo;environnement (REMA). Rapport sur l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;environnement et les perspectives du Rwanda, chapitre III. Utilisation des terres et agriculture.    REMA.  <a href=\"https:\/\/www.rema.gov.rw\/soe\/chap3.php\">https:\/\/www.rema.gov.rw\/soe\/chap3.php<\/a><\/p>\n<p>Wise, T. (2021). Jeter de l&rsquo;argent pour rien : Le programme de la r\u00e9volution verte, qui a \u00e9chou\u00e9, pr\u00e9pare une campagne de financement d&rsquo;un milliard de dollars.  IATP.  <a href=\"https:\/\/www.iatp.org\/throwing-good-money-after-bad#:~:text=The%20organization%2C%20which%20has%20spent,key%20platform%20for%20its%20fundraising.\">https:\/\/www.iatp.org\/throwing-good-money-after-bad#:~:text=The%20organization%2C%20which%20has%20spent,key%20platform%20for%20its%20fundraising.<\/a><\/p>\n<h1><a href=\"http:\/\/afsafrica.org\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/the-costs-to-smallholders-of-afdbs-feed-africa-initiative.pdf\">T\u00e9l\u00e9chargez le rapport complet au format PDF ici<\/a><\/h1>\n<h1><a name=\"_Toc159419647\"><\/a>6. PACTES DE LIVRAISON POUR L&rsquo;ALIMENTATION ET L&rsquo;AGRICULTURE DANS LES PAYS<\/h1>\n<p>Les 40 pactes nationaux sont disponibles sur le site web de la Banque africaine de d\u00e9veloppement ici :  <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/dakar-2-summit-feed-africa-food-sovereignty-and-resilience\/compacts\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/dakar-2-summit-feed-africa-food-sovereignty-and-resilience\/compacts<\/a><\/p>\n<p><strong>Vous trouverez ci-dessous les liens vers les diff\u00e9rents pactes nationaux :<\/strong><\/p>\n<p>Angola <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/angola-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/angola-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/benin-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">B\u00e9nin https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/benin-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Botswana <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/botswana-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/botswana-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Burundi <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/burundi-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/burundi-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Cabo Verde <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cabo-verde-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cabo-verde-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Cameroun <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cameroun-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cameroun-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Comores https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/comores <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/comores-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Congo <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/congo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/congo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>C\u00f4te d&rsquo;Ivoire <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cote-divoire-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/cote-divoire-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Djibouti <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/djibouti-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/djibouti-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/egypt-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">\u00c9gypte https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/egypt-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/ethiopia-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">\u00c9thiopie https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/ethiopia-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Gabon <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/gabon-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/gabon-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Gambie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/gambia-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/gambia-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Ghana <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/ghana-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/ghana-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/guinee-bissau-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">Guin\u00e9e-Bissau https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/guinee-bissau-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Kenya <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/kenya-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/kenya-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Lesotho <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/lesotho-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/lesotho-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Liberia <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/liberia-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/liberia-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Madagascar <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/madagascar-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/madagascar-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Malawi <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/malawi-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/malawi-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Mauritanie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/mauritanie-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/mauritanie-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Mozambique <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/mozambique-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/mozambique-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Niger <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/niger-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/niger-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Nigeria <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/nigeria-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/nigeria-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>R\u00e9publique centrafricaine <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-centrafricaine-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-centrafricaine-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>R\u00e9publique de Guin\u00e9e \u00e9quatoriale <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-de-guinee-equatoriale-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-de-guinee-equatoriale-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-democratique-du-congo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/republique-democratique-du-congo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Rwanda <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/rwanda-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/rwanda-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/senegal-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">S\u00e9n\u00e9gal https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/senegal-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Sierra Leone <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/sierra-leone-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/sierra-leone-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Somalie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/somalia-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/somalia-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Sud-Soudan <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/south-sudan-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/south-sudan-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Tanzanie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tanzania-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tanzania-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Tchad <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tchad-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tchad-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Togo <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/togo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/togo-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Tunisie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tunisie-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/tunisie-pacte-pour-lalimentation-et-lagriculture<\/a><\/p>\n<p>Ouganda <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/uganda-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/uganda-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Zambie <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/zambia-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/zambia-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<p>Zimbabwe <a href=\"https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/zimbabwe-country-food-and-agriculture-delivery-compact\">https:\/\/www.afdb.org\/en\/documents\/zimbabwe-country-food-and-agriculture-delivery-compact<\/a><\/p>\n<h2><a name=\"_Toc159419651\"><\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00c9SUM\u00c9 EX\u00c9CUTIF L&rsquo;initiative Dakar II de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Nourrir l&rsquo;Afrique : Souverainet\u00e9 alimentaire et r\u00e9silience\u00a0\u00bb, est 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