{"id":17076,"date":"2023-04-23T05:00:04","date_gmt":"2023-04-23T03:00:04","guid":{"rendered":"https:\/\/afsafrica.org\/blog\/les-biofertilisants-sont-ils-une-partie-de-la-solution-aux-preoccupations-de-lafrique-en-matiere-de-sante-des-sols-et-denvironnement\/"},"modified":"2026-03-26T16:38:34","modified_gmt":"2026-03-26T14:38:34","slug":"les-biofertilisants-sont-ils-une-partie-de-la-solution-aux-preoccupations-de-lafrique-en-matiere-de-sante-des-sols-et-denvironnement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afsafrica.org\/fr\/blog\/les-biofertilisants-sont-ils-une-partie-de-la-solution-aux-preoccupations-de-lafrique-en-matiere-de-sante-des-sols-et-denvironnement\/","title":{"rendered":"Les biofertilisants sont-ils une partie de la solution aux pr\u00e9occupations de l&rsquo;Afrique en mati\u00e8re de sant\u00e9 des sols et d&rsquo;environnement ?"},"content":{"rendered":"<h5><em>Charles L. Tumuhe, responsable du projet \u00ab\u00a0Healthy Soils Healthy Food\u00a0\u00bb de l&rsquo;AFSA, raconte ses exp\u00e9riences et ses opinions sur le travail avec les agriculteurs agro\u00e9cologiques en Afrique.<\/em><\/h5>\n<p>Cet article affirme que l&rsquo;utilisation de biofertilisants peut am\u00e9liorer la sant\u00e9 des sols et le rendement des cultures. En effet, les biofertilisants favorisent la prolif\u00e9ration de micro-organismes b\u00e9n\u00e9fiques, ce qui se traduit par des rendements plus \u00e9lev\u00e9s. Ils fournissent \u00e9galement certains \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux aux cultures. Contrairement \u00e0 la plupart des engrais inorganiques disponibles dans le commerce, les biofertilisants sont respectueux de l&rsquo;environnement et ne n\u00e9cessitent pas n\u00e9cessairement d&rsquo;analyse du sol avant d&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9s. L&rsquo;utilisation de biofertilisants en conjonction avec d&rsquo;autres techniques telles que la couverture du sol, les bio-stimulants, l&rsquo;agriculture mixte, l&rsquo;utilisation de semences indig\u00e8nes, une vari\u00e9t\u00e9 de cultures et d&rsquo;arbres est une r\u00e9ponse possible aux d\u00e9fis de l&rsquo;Afrique en mati\u00e8re de sant\u00e9 des sols et de climat. Les biofertilisants sont une solution durable qui peut aider les agriculteurs africains \u00e0 am\u00e9liorer le rendement de leurs cultures et la sant\u00e9 de leurs sols tout en r\u00e9duisant leur d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des engrais inorganiques co\u00fbteux et nocifs.     <\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9couvert que les agriculteurs utilisent des biofertilisants en visitant des centres de sant\u00e9 des sols dans toute l&rsquo;Afrique. Sur ma page de m\u00e9dias sociaux, j&rsquo;ai partag\u00e9 une photo que j&rsquo;avais prise dans le champ d&rsquo;un agriculteur, et mon ancien professeur de sciences du sol s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la question. Il ne connaissait pas grand-chose aux biofertilisants, je me suis donc efforc\u00e9 de lui expliquer et nous avons eu une longue conversation. Cet article pr\u00e9sente mon point de vue, celui de mon professeur et les documents disponibles en ligne sur les biofertilisants. La litt\u00e9rature qui est maintenant accessible d\u00e9finit le biofertilisant comme un produit qui contient des micro-organismes utiles, tels que des bact\u00e9ries et des champignons (Itelima, Bang, et al., 2018). La croissance des micro-organismes du sol est encourag\u00e9e lorsque le biofertilisant est mis dans le sol, ce qui am\u00e9liore la disponibilit\u00e9 des nutriments pour la culture vis\u00e9e. La fonction premi\u00e8re des biofertilisants est de cr\u00e9er des conditions favorables \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement des micro-organismes du sol et d&rsquo;am\u00e9liorer les propri\u00e9t\u00e9s chimiques et biologiques du sol (Daniel et al., 2022). Ces micro-organismes participent aux processus biochimiques n\u00e9cessaires pour <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/topics\/agricultural-and-biological-sciences\/biofertilizer\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">fixer certains nutriments<\/a> et en rendre d&rsquo;autres disponibles, ainsi que pour fixer l&rsquo;humidit\u00e9, entre autres processus biochimiques, dans l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me du sol. Les bact\u00e9ries qui fixent l&rsquo;azote comprennent Bradyrhizobium, Azotobacter, Beijerinckia, Clostridium, Nostoc et Rhizobium. Ces bact\u00e9ries r\u00e9duisent le besoin d&rsquo;engrais azot\u00e9s manufactur\u00e9s en convertissant l&rsquo;azote atmosph\u00e9rique en une forme utilisable par les plantes. En solubilisant le phosphate pr\u00e9sent dans le sol mais pas sous une forme utilisable par les plantes, les bact\u00e9ries solubilisant le phosphate comme Pseudomonas, Bacillus et Rhizobium augmentent la disponibilit\u00e9 du phosphore pour les plantes. les bact\u00e9ries qui peuvent dissoudre le potassium, notamment Bacillus et Paenibacillus. En saturant les min\u00e9raux contenant du potassium dans le sol, ces bact\u00e9ries augmentent la disponibilit\u00e9 du potassium pour les plantes. Des micro-organismes comme Acidithiobacillus oxydent le soufre, lib\u00e9rant du sulfate, qui est alors disponible pour les plantes. Parmi les autres bact\u00e9ries qui favorisent la croissance des plantes, citons Bacillus, Pseudomonas, Azospirillum et Azotobacter. Ces bact\u00e9ries cr\u00e9ent des substances qui contr\u00f4lent la croissance des plantes, notamment les auxines, les gibb\u00e9rellines et les cytokinines, qui favorisent la croissance et le d\u00e9veloppement des plantes (Seenivasagan &amp; Babalola, 2021). Les biofertilisants encouragent la prolif\u00e9ration de micro-organismes b\u00e9n\u00e9fiques, tels que les dominantes bact\u00e9riennes et fongiques, les associations mycorhiziennes, les microalgues et les oligotrophes, favorisant la croissance des cultures, ce qui se traduit par des rendements plus \u00e9lev\u00e9s (Gulshan et al., 2003).                <\/p>\n<p>En plus d&rsquo;augmenter les populations microbiennes du sol, les biofertilisants fournissent certains \u00e9l\u00e9ments min\u00e9raux (nutriments) aux cultures. Selon l&rsquo;<a href=\"https:\/\/docs.google.com\/document\/d\/1ZkKPgyeceiIOPtm62vIX9iwguyZ6kJ890yPFd7C1pQ8\/edit\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">enqu\u00eate<\/a> men\u00e9e par Resources Oriented Development Initiative Kenya, le bokashi contient de petites quantit\u00e9s de micro-\u00e9l\u00e9ments tels que le fer, le zinc, le cuivre, le bore et l&rsquo;azote, ainsi que du potassium, du phosphore, du calcium, du magn\u00e9sium et du soufre. En Ouganda, un agriculteur qui travaille avec Rural Communities in Development a apport\u00e9 un \u00e9chantillon de son fumier au coll\u00e8ge des sciences agricoles et environnementales de l&rsquo;universit\u00e9 de Makerere, o\u00f9 <a href=\"https:\/\/docs.google.com\/document\/d\/1_uyHyHvznePncXxLYvPN8H5CgLQyS4ztPZ70n-Zy9HQ\/edit\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">les chercheurs ont d\u00e9couvert<\/a> qu&rsquo;il contenait 10,32 % de mati\u00e8re organique ainsi que de l&rsquo;azote, du phosphore, du calcium, du sodium, du magn\u00e9sium, du zinc, du cuivre, du fer et d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments. Les biofertilisants sont fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de processus ana\u00e9robies ou a\u00e9robies. Les biofertilisants fabriqu\u00e9s par fermentation ana\u00e9robie, comme Super Magro, sont davantage destin\u00e9s \u00e0 fournir des nutriments que des microbes. Le processus de fermentation utilise des microbes pour produire des min\u00e9raux, \u00e0 partir de cendres, de poussi\u00e8re de roche ou de phosphate naturel par exemple, qui sont inclus dans la fabrication du ferment. Ces nutriments sont biologiquement disponibles pour les plantes. Ces nutriments am\u00e9liorent consid\u00e9rablement la sant\u00e9 des plantes. Les ferments a\u00e9robies comme le bokashi fournissent des nutriments pour la croissance et les microbes, tandis que les th\u00e9s a\u00e9robies et les biostimulants visent principalement \u00e0 fournir des microbes au sol.        <\/p>\n<p>Cependant, comme ils n&rsquo;ont pas les moyens d&rsquo;acheter des engrais industriels comme le DAP, l&rsquo;ur\u00e9e NPK, le SSP et d&rsquo;autres, ni de faire des analyses de sol en laboratoire, les petits agriculteurs se sont tourn\u00e9s vers le bokashi fait maison et d&rsquo;autres biofertilisants. Il est \u00e9vident que les teneurs en min\u00e9raux sont bien inf\u00e9rieures aux taux recommand\u00e9s pour la majorit\u00e9 des cultures. Les r\u00e9sultats des essais de biofertilisants men\u00e9s dans les fermes des agriculteurs kenyans que j&rsquo;ai rencontr\u00e9s sont tr\u00e8s encourageants. Les rendements de haricots et de ma\u00efs obtenus avec le Bokashi, un biofertilisant, sont nettement plus \u00e9lev\u00e9s que ceux des champs plant\u00e9s sans engrais (Fig. 1). En plus du bokashi, les agriculteurs utilisent \u00e9galement du super magro, des bact\u00e9ries d&rsquo;acide lactique, des biostimulants et du lombricompost.    <\/p>\n<p>Les biofertilisants am\u00e9liorent le climat. La modulation microbienne n\u00e9cessaire pour permettre le pi\u00e9geage du carbone gr\u00e2ce \u00e0 la micro-biodiversit\u00e9 du sol est renforc\u00e9e par les bact\u00e9ries, ce qui <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41579-019-0265-7\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">revitalise \u00e9galement la<\/a> vie du sol. Les champignons mycorhiziens sont un type de microbe qui peut coexister harmonieusement avec les plantes pour contribuer \u00e0 la s\u00e9questration d&rsquo;une plus grande quantit\u00e9 de dioxyde de carbone de l&rsquo;atmosph\u00e8re pour le stockage dans le sol. La capacit\u00e9 des microbes \u00e0 pi\u00e9ger le carbone contribue \u00e0 r\u00e9duire la quantit\u00e9 de dioxyde de carbone lib\u00e9r\u00e9e dans l&rsquo;atmosph\u00e8re (CO2). Les engrais synth\u00e9tiques qui produisent des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre lors de la production et de l&rsquo;application peuvent \u00eatre remplac\u00e9s par des biofertilisants contenant des micro-organismes qui fixent l&rsquo;azote et solubilisent le phosphore. La r\u00e9duction des \u00e9missions globales de CO2 est essentielle pour lutter contre le probl\u00e8me climatique et minimiser le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te. En cr\u00e9ant un environnement favorable au d\u00e9veloppement de la biodiversit\u00e9 a\u00e9rienne du sol, les biofertilisants renforcent la couverture v\u00e9g\u00e9tale de la surface du sol (Itelima, Wj, et al., 2018). Ainsi, le couvert v\u00e9g\u00e9tal prot\u00e8ge la plan\u00e8te d&rsquo;un r\u00e9chauffement ou d&rsquo;un refroidissement excessif, pr\u00e9servant des temp\u00e9ratures de surface confortables pour la majorit\u00e9 des \u00eatres vivants et att\u00e9nuant, une fois de plus, la question climatique.       <\/p>\n<p><strong>Pourquoi les acteurs de l&rsquo;agro\u00e9cologie pensent-ils que les engrais artificiels ne permettront pas de r\u00e9soudre la crise alimentaire actuelle ?<\/strong><\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des intrants biologiques sont respectueux de l&rsquo;environnement et ne n\u00e9cessitent pas n\u00e9cessairement d&rsquo;analyse du sol avant d&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9s, contrairement \u00e0 la plupart des engrais inorganiques disponibles dans le commerce. De nombreux agriculteurs n&rsquo;ont pas les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour effectuer une analyse en laboratoire afin de d\u00e9terminer les composants, les quantit\u00e9s et le moment o\u00f9 leur sol en a besoin. Par exemple, seuls 4 % des agriculteurs kenyans sont conscients des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 leur sol (Musya, 2019). Cela signifie que de nombreux agriculteurs sont incapables de faire la distinction entre un \u00ab\u00a0sol riche en nutriments et un sol pauvre en nutriments\u00a0\u00bb avec pr\u00e9cision. Donner de l&rsquo;engrais au sol sans faire d&rsquo;abord une analyse du sol est analogue \u00e0 donner du \u00ab\u00a0parac\u00e9tamol\u00a0\u00bb sans d&rsquo;abord d\u00e9terminer la source de l&rsquo;inconfort corporel. Plusieurs scientifiques s&rsquo;accordent \u00e0 dire qu&rsquo;ajouter des \u00e9l\u00e9ments nutritifs au sol sans d\u00e9terminer au pr\u00e9alable ce qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent, en quelles quantit\u00e9s, et ce qui manque pour une certaine culture s&rsquo;apparente \u00e0 de l'\u00a0\u00bbautom\u00e9dication\u00a0\u00bb, qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 un nombre incalculable de personnes. L&rsquo;abus des \u00ab\u00a0engrais industriels du march\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; qui s&rsquo;ajoutent \u00e0 ce qui est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent et d\u00e9t\u00e9riorent la chimie du sol (par exemple, le<sup>PH<\/sup>) et, en fin de compte, la biodiversit\u00e9 &#8211; a empoisonn\u00e9 les sols africains et, par la suite, nos corps. M\u00eame les scientifiques traditionnels s&rsquo;accordent \u00e0 dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de cr\u00e9er un plan d\u00e9finitif de nutrition du sol en se basant uniquement sur les sympt\u00f4mes d&rsquo;une p\u00e9nurie de nutriments. Souvent, les signes d&rsquo;insuffisance nutritive d&rsquo;une plante n&rsquo;indiquent pas n\u00e9cessairement que le sol manque de nutriments. C&rsquo;est pourquoi, dans l&rsquo;id\u00e9al, une \u00e9tude en laboratoire du sol devrait pr\u00e9c\u00e9der chaque application d&rsquo;engrais min\u00e9ral. Les petits exploitants agricoles peuvent avoir des difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser ces \u00e9valuations et optent donc pour les biofertilisants.          <\/p>\n<p>En raison de l&rsquo;interruption actuelle du commerce mondial, le prix des engrais min\u00e9raux a presque doubl\u00e9 au niveau mondial (en raison de Covid 19, du changement climatique et de la guerre en Ukraine). La <a href=\"https:\/\/blogs.worldbank.org\/opendata\/fertilizer-prices-expected-remain-higher-longer\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Banque mondiale<\/a> rapporte que depuis 2022, le prix des engrais a augment\u00e9 de 30 %. Mais je suis conscient que certains grands exploitants agricoles peuvent encore obtenir des pr\u00eats co\u00fbteux pour l&rsquo;achat d&rsquo;engrais et r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices. Les petits agriculteurs d&rsquo;Afrique subsaharienne et de certaines r\u00e9gions d&rsquo;Asie, qui produisent environ <a href=\"https:\/\/www.ifad.org\/thefieldreport\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">80 % des aliments<\/a> que nous consommons, ont besoin d&rsquo;aide pour rajeunir leurs sols en r\u00e9tablissant la vie du sol (micro-organismes) que les pesticides industriels ont \u00e9limin\u00e9e depuis longtemps. \u00c0 l&rsquo;instar de nombreux jardins forestiers o\u00f9 nous r\u00e9coltons des cultures et d&rsquo;autres choses dans un \u00e9cosyst\u00e8me qui prend soin de lui-m\u00eame, la majeure partie de la chimie du sol sera corrig\u00e9e de mani\u00e8re organique et peu co\u00fbteuse lorsque le sol redeviendra vivant gr\u00e2ce \u00e0 la biodiversit\u00e9 souterraine et a\u00e9rienne. Le programme africain de sant\u00e9 des sols met l&rsquo;accent sur la durabilit\u00e9 \u00e0 long terme gr\u00e2ce \u00e0 des m\u00e9thodes \u00e9conomiquement r\u00e9alisables, facilement accessibles, biodiversifi\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9es par les populations agricoles locales, par exemple l&rsquo;utilisation d&rsquo;engrais biologiques fabriqu\u00e9s localement.     <\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur les syst\u00e8mes alimentaires mondiaux s&rsquo;\u00e9loigne progressivement de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire pour s&rsquo;orienter vers la <a href=\"http:\/\/usfoodsovereigntyalliance.org\/what-is-food-sovereignty\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">souverainet\u00e9<\/a> alimentaire. La souverainet\u00e9 en mati\u00e8re d&rsquo;intrants, qui concerne principalement les semences et les engrais\/nutriments, est l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la souverainet\u00e9 alimentaire. Si l&rsquo;opportunit\u00e9 et le privil\u00e8ge existent, votre voisin peut \u00eatre en mesure de vous aider avec de la nourriture et des intrants agricoles, mais cet arrangement n&rsquo;est que temporaire. En raison de l&rsquo;interruption par la guerre des livraisons de denr\u00e9es alimentaires en provenance d&rsquo;Ukraine, le bl\u00e9 \u00e9tait sur le point de devenir inaccessible dans de nombreuses r\u00e9gions d&rsquo;Afrique. Selon le pr\u00e9sident de la Banque africaine de d\u00e9veloppement (BAD), la guerre en Ukraine a perturb\u00e9 les exportations de bl\u00e9, entra\u00eenant une <a href=\"https:\/\/www.weforum.org\/agenda\/2022\/04\/most-vulnerable-countries-wheat-shortages\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hausse des prix du bl\u00e9 de 60 % en Afrique<\/a>. Le continent perdra jusqu&rsquo;\u00e0 11 milliards de dollars de denr\u00e9es alimentaires en raison du conflit. Les pays d&rsquo;Afrique et du Moyen-Orient en particulier d\u00e9pendent fortement des importations de bl\u00e9 en provenance de Russie et d&rsquo;Ukraine. Le B\u00e9nin, le Cameroun, l&rsquo;\u00c9gypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le S\u00e9n\u00e9gal, l&rsquo;Afrique du Sud, le Soudan, la Tanzanie et la Tunisie figurent parmi les <a href=\"https:\/\/www.weforum.org\/agenda\/2022\/04\/most-vulnerable-countries-wheat-shortages\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">pays<\/a> les plus expos\u00e9s au risque de p\u00e9nurie de bl\u00e9. Les pays doivent donc apprendre \u00e0 utiliser les semences et les intrants pour le sol qui sont facilement disponibles localement (et non import\u00e9s). Il est important de permettre aux agriculteurs de subsistance de maintenir et d&rsquo;am\u00e9liorer la sant\u00e9 de leurs propres cultures et de leurs terres en utilisant des biofertilisants afin qu&rsquo;ils soient autosuffisants. Je suis conscient que la majorit\u00e9 des agriculteurs de subsistance peuvent obtenir des sources de nutriments moins ch\u00e8res \u00e0 partir de leur paysage, stimuler la biodiversit\u00e9 de la ferme, maintenir la couverture v\u00e9g\u00e9tale et recycler les nutriments dans le sol.          <\/p>\n<p><strong>Que croient les scientifiques traditionnels ?<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, les scientifiques conventionnels pensent que les sols relativement jeunes et encore riches en min\u00e9raux alt\u00e9rables sont le moteur de l&rsquo;agro\u00e9cologie et de la souverainet\u00e9 en mati\u00e8re d&rsquo;intrants (et donc capables de reconstituer naturellement les stocks de nutriments sans n\u00e9cessiter d&rsquo;intrants externes suppl\u00e9mentaires). Bien que les monocultures de c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 grande \u00e9chelle aient appauvri nos sols, ils affirment que le probl\u00e8me de nos sols en Afrique est qu&rsquo;ils manquent de <a href=\"https:\/\/www.nhm.ac.uk\/discover\/soil-degradation.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">min\u00e9raux alt\u00e9rables.<\/a> Ils affirment qu&rsquo;il est impossible de cr\u00e9er des nutriments \u00e0 partir de rien en utilisant des microbes. Les scientifiques conventionnels affirment que les personnes qui se soucient de la \u00ab\u00a0justice sociale\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0amis \u00e9rudits\u00a0\u00bb sont les seules \u00e0 accorder de l&rsquo;importance \u00e0 \u00ab\u00a0ceci\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0cela\u00a0\u00bb souverains (alors m\u00eame qu&rsquo;ils contribuent \u00e0 creuser les foss\u00e9s entre les diff\u00e9rents segments de l&rsquo;agriculture).  <\/p>\n<p>Les scientifiques conventionnels soutiennent que les communaut\u00e9s ne peuvent pas reconstituer localement les \u00e9l\u00e9ments nutritifs tels que le phosphore, le potassium, le calcium, le magn\u00e9sium, le soufre, etc. qui \u00e9taient autrefois pr\u00e9sents dans leur sol mais qui ont \u00e9t\u00e9 perdus depuis longtemps au point d&rsquo;entraver le d\u00e9veloppement normal des plantes et les rendements. Ils estiment que les syst\u00e8mes alimentaires ne peuvent pas \u00eatre localis\u00e9s dans toutes les r\u00e9gions du monde, y compris dans des r\u00e9gions recul\u00e9es comme la corne de l&rsquo;Ouganda o\u00f9 les populations sont fr\u00e9quemment confront\u00e9es \u00e0 la faim chronique, \u00e0 la malnutrition et \u00e0 la famine. Selon eux, il faut d\u00e9finir des domaines d&rsquo;extrapolation car, pour certains groupes, l&rsquo;id\u00e9e de souverainet\u00e9 peut appara\u00eetre comme un luxe.  <\/p>\n<p>Comme l&rsquo;un de mes amis qui a examin\u00e9 ce document, je suis d&rsquo;accord pour dire que certains sols en Afrique pourraient \u00eatre vieux et souvent morts (\u00e0 cause des nombreux labours et de l&rsquo;utilisation de produits chimiques). En raison de l&rsquo;\u00e2ge des sols, les agriculteurs ne peuvent souvent pas arr\u00eater les engrais chimiques et recourir aux engrais naturels du jour au lendemain. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un processus de retrait progressif au fur et \u00e0 mesure que la sant\u00e9 du sol se r\u00e9tablit, et chaque situation est diff\u00e9rente et l&rsquo;agriculteur doit \u00eatre le juge final de ce qu&rsquo;il faut utiliser. <\/p>\n<p><strong>Comment pouvons-nous alors am\u00e9liorer la situation ?<\/strong><\/p>\n<p>Je nous invite \u00e0 \u00e9largir la discussion au-del\u00e0 des biofertilisants pour englober l&rsquo;utilisation de connaissances, de concepts et de techniques de gestion \u00e9cologiques pour les syst\u00e8mes agro\u00e9cologiques. Des strat\u00e9gies sont n\u00e9cessaires pour encourager les communaut\u00e9s agricoles \u00e0 adopter la diversit\u00e9, la cocr\u00e9ation et le partage des connaissances (sp\u00e9cifiques au contexte), les synergies, l&rsquo;efficacit\u00e9 et la r\u00e9silience, ainsi que les valeurs humaines et sociales, la culture et les traditions alimentaires, la gouvernance responsable et une \u00e9conomie circulaire et solidaire. <\/p>\n<p>Aidez les agriculteurs en les encourageant \u00e0 couvrir leur sol pendant la majeure partie de l&rsquo;ann\u00e9e, \u00e0 \u00e9viter de perturber le sol, \u00e0 utiliser des biostimulants comme catalyseurs n\u00e9cessaires, \u00e0 pratiquer l&rsquo;agriculture mixte, \u00e0 utiliser des semences indig\u00e8nes et \u00e0 planter une vari\u00e9t\u00e9 de cultures et d&rsquo;arbres (agroforesterie). Ces m\u00e9thodes encouragent l&rsquo;utilisation de techniques agricoles durables qui augmentent et stabilisent la production tout en r\u00e9duisant le changement climatique. Elles favorisent \u00e9galement la culture et l&rsquo;identit\u00e9 tout en renfor\u00e7ant la viabilit\u00e9 \u00e9conomique des zones rurales. Encourageons les agriculteurs \u00e0 localiser les syst\u00e8mes alimentaires, \u00e0 coop\u00e9rer avec la nature et \u00e0 construire un syst\u00e8me alimentaire d\u00e9mocratique qui tienne compte de l&rsquo;avis des consommateurs et des producteurs. Ils auront la possibilit\u00e9 de choisir eux-m\u00eames ce qu&rsquo;ils consomment, ce qu&rsquo;ils cultivent, comment ils le cultivent, comment cela est valoris\u00e9 et comment cela est commercialis\u00e9.    <\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation de biofertilisants en conjonction avec d&rsquo;autres techniques, telles que la couverture du sol, les bio-stimulants, l&rsquo;agriculture mixte, l&rsquo;utilisation de semences indig\u00e8nes, d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 de cultures et d&rsquo;arbres, est une r\u00e9ponse possible aux d\u00e9fis climatiques et de sant\u00e9 des sols de l&rsquo;Afrique. Ces techniques permettront aux agriculteurs de mieux contr\u00f4ler leurs syst\u00e8mes alimentaires et d&rsquo;augmenter leur production. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles L. 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