{"id":29385,"date":"2026-07-09T20:58:01","date_gmt":"2026-07-09T18:58:01","guid":{"rendered":"https:\/\/afsafrica.org\/blog\/le-mariage-de-ma-soeur-la-bite-de-mon-beau-frere-pourquoi-lafrique-doit-cesser-de-perdre-ses-poulets-locaux\/"},"modified":"2026-07-10T15:40:54","modified_gmt":"2026-07-10T13:40:54","slug":"le-mariage-de-ma-soeur-le-coq-de-son-frere-pourquoi-lafrique-doit-cesser-de-perdre-ses-poulets-locaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afsafrica.org\/fr\/blog\/le-mariage-de-ma-soeur-le-coq-de-son-frere-pourquoi-lafrique-doit-cesser-de-perdre-ses-poulets-locaux\/","title":{"rendered":"Le mariage de ma s\u0153ur, la bite de son mari : pourquoi l&rsquo;Afrique doit cesser de perdre ses poulets locaux"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"29385\" class=\"elementor elementor-29385 elementor-29380\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-a0ffe6f e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"a0ffe6f\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-b1bbf32 elementor-widget elementor-widget-button\" data-id=\"b1bbf32\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"button.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a class=\"elementor-button elementor-button-link elementor-size-sm\" href=\"#\">\n\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-content-wrapper\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<span class=\"elementor-button-text\">Par Charles L. Tumuhe<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/span>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-5de2349 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"5de2349\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-3750ac7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"3750ac7\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Il y a quelques mois, ma s\u0153ur Janet s&rsquo;est mari\u00e9e avec son mari Nathan. C&rsquo;\u00e9tait une c\u00e9r\u00e9monie de mariage traditionnelle, et en tant que \u00ab Muko \u00bb (fr\u00e8re), mes beaux-parents m&rsquo;ont remis un gros coq local, symbole de fiert\u00e9. Aucun discours n\u2019accompagnait ce geste. Cela n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire. Cet oiseau disait tout : vous faites d\u00e9sormais partie de la famille, on vous fait confiance, vous avez votre place ici. Je l\u2019ai tenu avec pr\u00e9caution, car je savais ce que cela signifiait.     <\/p><p>Vous ne pouvez pas trouver ce sens chez un poulet de chair exotique.<\/p><p>J&rsquo;ai grandi dans un petit village de l&rsquo;ouest de l&rsquo;Ouganda, entour\u00e9 de poulets du coin. Le matin de No\u00ebl, ma m\u00e8re enfilait son nouveau <em>gomesi<\/em> (tissu f\u00e9minin) et mon p\u00e8re une chemise neuve gard\u00e9e depuis le No\u00ebl pr\u00e9c\u00e9dent, puis nous nous rendions \u00e0 l\u2019\u00e9glise dans nos habits neufs, en portant une poule ou un coq en offrande. Ce n\u2019\u00e9tait pas inhabituel. C\u2019\u00e9tait tout simplement la coutume. M\u00eame les voisins \u00ab la\u00efques \u00bb que le cat\u00e9chiste regardait d\u2019un mauvais \u0153il, ceux que l\u2019on appelle les traditionalistes, gardaient au moins un poulet d\u2019une couleur sp\u00e9cifique (g\u00e9n\u00e9ralement blanc) chez eux. Pas pour le manger. Pour se prot\u00e9ger. Les anciens du village \u00e9taient formels \u00e0 ce sujet : une maison sans poulet est une maison vide, et les maisons vides attirent les ennuis.       <\/p><p>Lorsque des invit\u00e9s de marque venaient, vous n&rsquo;envoyiez pas un enfant acheter des sodas ou un plat \u00e0 emporter au supermarch\u00e9. Vous sortiez dans la cour et choisissiez le plus beau coq de la r\u00e9gion. Vous honoriez vos invit\u00e9s avec quelque chose d&rsquo;authentique.  <\/p><p>\u00c0 cette \u00e9poque, nos poulets du coin \u00e9taient des oiseaux remarquables. Ils trouvaient eux-m\u00eames leur nourriture, dormaient sur les branches des arbres et les toits, \u00e9levaient leurs propres poussins et se d\u00e9brouillaient parfaitement bien sans que personne ne vienne les surveiller. Aujourd\u2019hui encore, un coq local cherche toujours le point le plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019il puisse trouver : une branche de manguier, un coin de toit, le sommet d\u2019un grenier, et c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019il chante. Il ne fait pas son num\u00e9ro. Il affirme simplement qu\u2019il est chez lui. Un poulet de chair import\u00e9 des Pays-Bas est incapable de faire quoi que ce soit de tout cela. Un tel poulet ne saurait m\u00eame pas retrouver le chemin de son poulailler s\u2019il s\u2019\u00e9loignait de dix m\u00e8tres.      <\/p><p>Je peux vous dire que quelque chose a vraiment mal tourn\u00e9.<\/p><p>Si vous vous rendez aujourd\u2019hui dans la plupart des restaurants, de Kampala \u00e0 Dar es Salaam en passant par Nairobi, le poulet propos\u00e9 au menu n\u2019est plus celui avec lequel nous avons grandi. Il porte certes le m\u00eame nom. Mais c\u2019est tout autre chose. Il s\u2019agit d\u2019un hybride \u00e0 croissance rapide, \u00e9lev\u00e9 dans des poulaillers surpeupl\u00e9s sous un \u00e9clairage artificiel, nourri avec des aliments enrichis en antibiotiques, et con\u00e7u pour atteindre son poids d\u2019abattage en un temps record. En quatre ou cinq semaines, la volaille est pr\u00eate pour l\u2019abattage ! Ha ha ! Beaucoup de ces volailles ne peuvent m\u00eame pas supporter leur propre poids au moment o\u00f9 elles sont abattues. La viande est molle et insipide. Ma grand-m\u00e8re, si elle \u00e9tait encore en vie, refuserait de la cuisiner ou de la manger. \u00ab Est-ce vraiment du poulet ? \u00bb, se demanderait-elle sans doute !          <\/p><p>Cet oiseau exotique est d\u00e9sormais pr\u00e9sent dans nos cantines scolaires, nos restaurants d\u2019entreprise, nos cantines d\u2019h\u00f4pitaux, nos r\u00e9ceptions de mariage et nos fun\u00e9railles. Il s\u2019impose car il est bon march\u00e9 et facilement disponible en grandes quantit\u00e9s. \u00ab Bon march\u00e9 \u00bb et \u00ab disponible \u00bb constituent un argument de poids. Mais il y a des choses que ces termes ne vous r\u00e9v\u00e8lent pas. Commen\u00e7ons par les risques sanitaires li\u00e9s aux m\u00e9thodes d\u2019\u00e9levage de cet oiseau exotique.    <\/p><p>L&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 et les organismes africains de sant\u00e9 publique alertent depuis des ann\u00e9es sur le fait que l&rsquo;utilisation syst\u00e9matique d&rsquo;antibiotiques dans l&rsquo;\u00e9levage rend les infections plus difficiles \u00e0 traiter chez l&rsquo;homme. Selon l&rsquo;Institut du cancer de Mulago, \u00e0 Kampala, nos h\u00f4pitaux sont d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9s \u00e0 cette crise sanitaire. <\/p><p>Il existe \u00e9galement un probl\u00e8me de d\u00e9pendance dont peu de gens parlent. Bon nombre des races import\u00e9es les plus populaires, notamment la Sasso T451 distribu\u00e9e sous licence par Hendrix Genetics, sont des hybrides. Leur prog\u00e9niture ne se reproduit pas de mani\u00e8re fiable. Tous les quelques mois, l\u2019\u00e9leveur doit acheter de nouveaux poussins, dont la plupart sont achemin\u00e9s par avion depuis l\u2019Europe ou l\u2019Asie. Trois entreprises, \u00e0 savoir Tyson Foods aux \u00c9tats-Unis, EW Group en Allemagne et Hendrix Genetics aux Pays-Bas, contr\u00f4leraient environ 90 % du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique avicole mondial. Les \u00e9leveurs africains sont leurs clients, et non leurs partenaires. C&rsquo;est \u00e0 nouveau l&rsquo;histoire du ma\u00efs hybride, mais cette fois-ci avec des plumes.      <\/p><p>Demandez-vous ce qui se passe lorsqu&rsquo;une livraison est retard\u00e9e. Lorsque le port ferme. Lorsque les prix augmentent. Le mariage aura-t-il lieu sans poulet pour le Muko ?   <\/p><p><a href=\"https:\/\/grain.org\/en\/article\/7317-who-rules-the-roost-corporate-vs-community-poultry-in-africa\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">GRAIN (2025)<\/a> montre comment le Ghana, apr\u00e8s son ind\u00e9pendance, a d\u00e9velopp\u00e9 un secteur avicole florissant gr\u00e2ce \u00e0 des services publics de vulgarisation agricoles solides et \u00e0 des contr\u00f4les rigoureux des importations, atteignant l\u2019autosuffisance d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 et exportant m\u00eame vers ses pays voisins. Puis la Banque mondiale et le FMI sont intervenus avec des conditions d\u2019ajustement structurel qui ont contraint le gouvernement \u00e0 privatiser et \u00e0 ouvrir son march\u00e9 aux importations \u00e0 bas prix en provenance d\u2019Europe, du Br\u00e9sil et des \u00c9tats-Unis. Aujourd\u2019hui, le Ghana importe 90 % de ses besoins en viande de volaille. La production commerciale locale a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e. La m\u00eame histoire, avec des variations locales, se r\u00e9p\u00e8te sur l\u2019ensemble du continent africain. Nous nourrissons notre population avec des poulets import\u00e9s par avion depuis l\u2019\u00e9tranger, tandis que nos propres volailles, et les femmes qui les \u00e9l\u00e8vent, sont laiss\u00e9es sans soutien.     <\/p><p>Les personnes qui ont toujours \u00e9lev\u00e9 nos poulets locaux \u2013 les femmes, les a\u00een\u00e9s, les petits \u00e9leveurs poss\u00e9dant cinq ou dix volailles \u2013 sont dispers\u00e9es et laiss\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames. J\u2019ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 agent de vulgarisation agricole il y a quelques ann\u00e9es. J\u2019ai pu constater que les agents de vulgarisation v\u00e9t\u00e9rinaire pr\u00e9f\u00e8rent rendre visite aux grands \u00e9leveurs qui poss\u00e8dent des races de volailles import\u00e9es. Les fonds consacr\u00e9s \u00e0 la recherche sont \u00e9galement allou\u00e9s \u00e0 ces hybrides de volailles exotiques. Le coq local est tomb\u00e9 dans l\u2019oubli ! Certains programmes de donateurs arrivent avec des poussins \u00e0 la croissance rapide et \u00e0 l\u2019allure impressionnante, prennent une photo, puis disparaissent. Le petit exploitant comptabilise ses pertes et se demande pourquoi le poulet que sa grand-m\u00e8re \u00e9levait depuis des g\u00e9n\u00e9rations est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme arri\u00e9r\u00e9 et \u00ab improductif \u00bb. La volaille locale n\u2019est pas un probl\u00e8me. C\u2019est le syst\u00e8me qui a failli \u00e0 la volaille locale.        <\/p><p>Dans nos villes, beaucoup de jeunes \u00e9vitent de manger le cou et les pattes lorsqu\u2019ils mangent du poulet. Ce n\u2019est pas tant une question de go\u00fbt que d\u2019ambiance. Ils pr\u00e9f\u00e8rent des morceaux d\u00e9soss\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9s dans une bo\u00eete propre et de marque, comme chez KFC. Mais dans le nord de l\u2019Ouganda, dans certaines r\u00e9gions de l\u2019ouest du Kenya et dans une grande partie de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, il est encore courant de manger toutes les parties de la volaille. Non pas parce que les gens y sont contraints, mais parce qu\u2019ils savent que ces parties en valent la peine. Quand j\u2019\u00e9tais enfant, notre m\u00e8re nous faisait bouillir des cuisses de poulet pour nous pr\u00e9munir contre une \u00e9ventuelle infection par la rougeole. Les nutritionnistes pourraient vous expliquer la raison de cette pratique.      <\/p><p><a href=\"https:\/\/www.fao.org\/faostat\/en\/#data\/FBS\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les bilans<\/a> alimentaires de la FAO indiquent que l&rsquo;apport moyen en prot\u00e9ines en Ouganda est d&rsquo;environ 48 grammes par personne et par jour, provenant en grande partie d&rsquo;aliments d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale tels que les haricots, les pois et le manioc. Ce chiffre est proche des besoins de base d\u2019un adulte, qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 environ 50 grammes par jour, mais la qualit\u00e9 des prot\u00e9ines est importante, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes et les m\u00e8res allaitantes. Ces derni\u00e8res ont besoin de prot\u00e9ines d\u2019origine animale. Un \u0153uf apporte environ 6 grammes de prot\u00e9ines de haute qualit\u00e9, ainsi que des nutriments essentiels tels que la vitamine B12, la vitamine D, la choline et le fer. Selon <a href=\"https:\/\/www.ubos.org\/wp-content\/uploads\/publications\/National-Livestock-Census-2021-Abridged-Version.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">le recensement national du cheptel de 2021<\/a>, l\u2019Ouganda produit environ 907 millions d\u2019\u0153ufs par an. Avec une population d\u2019environ 52 millions d\u2019habitants, cela signifie que l\u2019Ouganda produit moins de 18 \u0153ufs par personne et par an (soit environ un \u0153uf toutes les trois semaines). Si chaque Ougandais consommait ne serait-ce qu\u2019un \u0153uf par jour, le pays aurait besoin d\u2019environ 19 milliards d\u2019\u0153ufs par an, soit plus de vingt fois la production actuelle. Pour atteindre ce niveau, l\u2019Ouganda aurait besoin d\u2019environ 127 millions de poules pondeuses locales en \u00e2ge de production, en supposant que chaque poule locale pond environ 150 \u0153ufs par an.       <\/p><p>Dans les conditions habituelles d&rsquo;un village, une poule locale ougandaise ne pondra g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;environ 40 \u0153ufs par an. Ce faible nombre n&rsquo;est pas d\u00fb \u00e0 un manque de potentiel de l&rsquo;oiseau, mais au fait qu&rsquo;elle est g\u00e9n\u00e9ralement livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, contrainte de survivre gr\u00e2ce \u00e0 des restes de nourriture, dans des conditions d&rsquo;h\u00e9bergement pr\u00e9caires, confront\u00e9e \u00e0 des maladies, \u00e0 des pr\u00e9dateurs et \u00e0 de longues p\u00e9riodes de couvaison. Avec un logement adapt\u00e9, une vaccination, une meilleure alimentation, le recyclage du fumier, de l\u2019eau propre, une bonne hygi\u00e8ne, la lutte contre les pr\u00e9dateurs et une gestion ad\u00e9quate des poussins, cette m\u00eame poule locale peut produire environ 150 \u0153ufs par an, voire davantage dans le cadre d\u2019une tr\u00e8s bonne gestion. Les poules pondeuses commerciales des Pays-Bas produisent en moyenne 200 \u0153ufs par an. Mais cela se fait au prix d\u2019un impact plus important sur l\u2019environnement et notre culture. Cela signifie que l\u2019Ouganda n\u2019a pas \u00e0 abandonner la poule locale. Il doit simplement la soutenir de mani\u00e8re ad\u00e9quate.      <\/p><p>Y a-t-il encore du poulet local en Afrique ?<\/p><p>Heureusement, 85 % des cheptels avicoles en Afrique sont encore constitu\u00e9s d\u2019oiseaux indig\u00e8nes \u00e9lev\u00e9s dans des syst\u00e8mes de basse-cour, et 70 % d\u2019entre eux sont g\u00e9r\u00e9s par des femmes et des enfants (GRAIN, 2025). Malheureusement, ces oiseaux sont rarement pris en compte dans les d\u00e9bats politiques ou les statistiques commerciales. Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ont pr\u00e9serv\u00e9 le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique avicole de l\u2019Afrique depuis des g\u00e9n\u00e9rations sont les plus invisibles dans les d\u00e9cisions qui le concernent. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019un \u00e9chec agricole. C\u2019est un \u00e9chec politique.    <\/p><p>Le march\u00e9 de la volaille n&rsquo;est-il pas d\u00e9j\u00e0 enti\u00e8rement accapar\u00e9 par les oiseaux exotiques ?<\/p><p>Non, GRAIN a indiqu\u00e9 dans sa r\u00e9cente <a href=\"https:\/\/grain.org\/en\/article\/7317-who-rules-the-roost-corporate-vs-community-poultry-in-africa\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">publication<\/a> qu\u2019en Zambie et au Burkina Faso, les poulets autochtones sont plus rentables pour les petits agriculteurs que les races exotiques \u00e9lev\u00e9es en libre parcours. Sur ces march\u00e9s, les consommateurs pr\u00e9f\u00e8rent les volailles autochtones pour leur go\u00fbt, leur texture et leurs bienfaits per\u00e7us pour la sant\u00e9, et sont pr\u00eats \u00e0 payer un suppl\u00e9ment pour les acheter. Le march\u00e9 n\u2019est pas un obstacle. Le march\u00e9 est en r\u00e9alit\u00e9 de notre c\u00f4t\u00e9. Ce qui fait d\u00e9faut, c\u2019est une offre organis\u00e9e capable d\u2019y r\u00e9pondre. Les gouvernements ont \u00e9galement un r\u00f4le direct \u00e0 jouer. Le B\u00e9nin, le S\u00e9n\u00e9gal, la Namibie, l\u2019Afrique du Sud, la Tanzanie, le Zimbabwe et d\u2019autres pays ont pris des mesures pour interdire ou limiter les importations de poulet surgel\u00e9 \u2014 ce que les communaut\u00e9s b\u00e9ninoises appellent les \u00ab poulets morgue \u00bb \u2014 en provenance d\u2019Europe, du Br\u00e9sil et des \u00c9tats-Unis. Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 tangibles : les producteurs locaux ont regagn\u00e9 des parts de march\u00e9 et la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la viande import\u00e9e a diminu\u00e9. L\u2019Ouganda n\u2019a pas encore franchi ce pas. Il devrait le faire.         <\/p><p>La voie \u00e0 suivre n\u2019est pas compliqu\u00e9e, m\u00eame si elle exige un v\u00e9ritable engagement de la part de chacun d\u2019entre nous. Les poulets locaux doivent \u00eatre pris au s\u00e9rieux dans le cadre de la formation et de la vulgarisation agricoles, et non pas trait\u00e9s comme les parents pauvres des races import\u00e9es. Les petits \u00e9leveurs ont besoin de meilleurs abris, de meilleurs programmes d\u2019alimentation, d\u2019une vaccination cibl\u00e9e contre les maladies qui menacent leurs volailles, ainsi que de structures simples et \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des pr\u00e9dateurs. Ils ont \u00e9galement besoin de coop\u00e9ratives d\u2019agriculteurs pour l\u2019approvisionnement en intrants et la commercialisation de leurs produits, ainsi que de syst\u00e8mes agro\u00e9cologiques bien con\u00e7us associant culture et \u00e9levage. R\u00e9cemment, pr\u00e8s de mon village natal dans l\u2019ouest de l\u2019Ouganda, j\u2019ai observ\u00e9 un jeune homme de mon \u00e2ge construire une haie autour de son enclos \u00e0 poulets afin d\u2019\u00e9loigner les pr\u00e9dateurs, y compris les \u00ab pr\u00e9dateurs humains \u00bb. De nombreux volailles locales \u00ab en libre parcours \u00bb, tout en \u00e9tant confin\u00e9es et b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une bonne hygi\u00e8ne ainsi que d\u2019une alimentation compl\u00e9mentaire. Une petite chose. Une id\u00e9e astucieuse. C\u2019est le genre de savoir-faire pratique qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soutenu dans nos projets d\u2019agro\u00e9cologie et partag\u00e9 dans des articles comme celui-ci. Les petits exploitants ont besoin de coop\u00e9ratives pour les aider \u00e0 acc\u00e9der aux march\u00e9s et \u00e0 approvisionner ceux-ci de mani\u00e8re fiable. Gr\u00e2ce \u00e0 ces coop\u00e9ratives, la question \u00ab y a-t-il des poulets locaux disponibles ? \u00bb trouve une r\u00e9ponse. Il faut encourager, voire parfois inciter, les restaurants et les collectivit\u00e9s \u00e0 s\u2019approvisionner en volailles locales aupr\u00e8s de ces coop\u00e9ratives et \u00e0 les mettre en avant, \u00e0 l\u2019image de ce que permet une bonne culture gastronomique ailleurs dans le monde.           <\/p><p>Et nous devons apprendre \u00e0 nos enfants que le \u00ab local \u00bb n\u2019est pas un compromis. C\u2019est l\u2019authentique. <\/p><p>Car ce coq local, pr\u00e9sent au mariage de ma s\u0153ur l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, n\u2019\u00e9tait pas simplement un oiseau. Il incarnait l\u2019histoire de notre famille, que je tenais entre mes deux mains, transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Si nous abandonnons les poulets locaux, nous perdons bien plus que des prot\u00e9ines et de la soupe bio. Nous perdons l\u2019offrande apport\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9glise et aux autres lieux de culte, le rem\u00e8de des anciens, la protection au seuil de la maison, cette signification qu\u2019aucun poulet de chair exotique n\u2019a jamais pu incarner.   <\/p><p>Demain matin, quelque part sur ce continent, un coq grimpera encore sur la branche la plus haute qu\u2019il pourra trouver et chantera. Il dit ainsi au village : \u00ab Je suis toujours l\u00e0 \u00bb. La question est de savoir si nous sommes encore le genre de personnes \u00e0 l\u2019entendre.  <\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Charles L. Tumuhe Il y a quelques mois, ma s\u0153ur Janet s&rsquo;est mari\u00e9e avec son mari Nathan. 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