« Je ne peux plus respirer », dit l’Afrique

Depuis que j’ai vu la vidéo de la mort de George Floyd à Minneapolis, Minnesota, le25 mai, tué par un policier qui s’est agenouillé sur son cou pendant NEUF MINUTES, alors qu’il appelait sa mère décédée et demandait pitié, je suis bouleversée et en colère, comme la plupart des gens à travers le monde et parmi les différentes races. J’ai observé les émeutes aux États-Unis et dans le monde entier et je me suis demandé si cela allait passer comme un événement parmi d’autres ou si un changement se profilait vraiment à l’horizon.

Nous savons que ce racisme systémique a commencé il y a quatre siècles et qu’il a été conçu, par le biais de processus juridiques et politiques variés et sans fin, pour bénéficier à une partie de la société. Tous les autres systèmes sont subordonnés à ce système et toutes les autres personnes sont subordonnées à une race, dont un grand nombre se bat pour conserver les privilèges qu’elle estime lui revenir de droit.

Je considère également que le genou posé sur le cou de George Floyd symbolise la manière dont le néolibéralisme et le néocolonialisme qui lui est associé posent leur genou sur le cou de l’Afrique. J’entends l’Afrique dire : « Je ne peux pas respirer ». Il existe de nombreux moyens par lesquels les détenteurs du pouvoir mettent un genou à terre à notre continent, mais concentrons-nous sur ce qui se passe dans le domaine de l’agriculture.

Pour moi, les puissances qui influencent notre avenir agricole ont créé un récit à la fois simple et puissant, qui est répété à l’envi, jusqu’à ce qu’il soit ancré dans notre ADN. On nous dit que nos semences sont vieilles et peu aptes à nous nourrir et qu’elles doivent être hybridées et génétiquement modifiées pour être utiles ; on nous dit que nous avons besoin de plus de calories et que nous devons nous concentrer sur les semences de quelques cultures ; on nous dit que nous n’utilisons pas nos terres de manière efficace et qu’elles devraient être cédées à ceux qui peuvent en faire un meilleur usage ; On nous dit que nos connaissances en matière d’agriculture sont arriérées et que nous devons nous moderniser grâce aux connaissances occidentales ; on nous dit que si nous ne nous concentrons pas sur quelques cultures de base et que nous ne produisons pas pour le marché, nous resterons prisonniers d’une vie de subsistance ; et on nous dit que nous devons pomper notre sol avec des engrais artificiels et des pesticides si nous voulons produire suffisamment d’aliments. Pour tout cela, nous dit-on, il faut que les entreprises investissent des milliards de dollars, et sans ces sauveurs venus du Nord, nous ne pouvons pas nous nourrir. Notre monde se définit simplement par une production accrue, et non par une alimentation saine, nutritive et culturellement appropriée, produite sans nuire à l’environnement.

Une cohorte d’acteurs, parmi lesquels des philanthrocapitalistes, des agences d’aide, des gouvernements, des institutions universitaires et des ambassades, s’efforcent de faire de ce discours une réalité. Ils parlent de transformer l’agriculture africaine, mais ce qu’ils font, c’est créer un marché pour eux-mêmes, habilement formulé dans un langage qui sonne bien.

Le genou sur le cou de George Floyd est le même que celui qui est sur notre cou. C’est le même genou qui a justifié le colonialisme en Afrique. C’est le même genou qui voit l’Afrique non pas pour ce qu’elle a, mais pour ce qui lui manque. Ceux qui mettent leur genou à terre nous considèrent comme des êtres stupides, non civilisés, barbares, désemparés et rongés par la maladie, qui doivent être contrôlés et dirigés par la race humaine puissante et omnisciente.

Nous ne pouvons pas respirer en Afrique car les espaces politiques du continent sont encombrés par des acteurs extérieurs et leurs cohortes, les « bell boys ». Ils créent un récit puissant, ils conçoivent nos politiques pour répondre à leurs besoins, ils influencent nos législations, ils formulent notre système éducatif pour que les produits du système servent leurs objectifs, et ils dénigrent notre culture pour que nous perdions la nôtre et devenions asservis à leurs cultures.

Ils n’ont pas besoin de mettre leurs propres genoux physiquement sur nous parce que leur culture et leurs idées sont déjà héritées. Le genou sur notre cou est maintenant le genou de nos frères et sœurs. Le genou sur notre cou est de couleur différente, mais il provient de la même source, de ceux qui pensent que le monde leur appartient. Il provient d’un profond dédain et d’un mépris pour notre existence même.

Je pense que la seule façon de supprimer ce genou et de respirer est de reconnaître le genou, de comprendre son fonctionnement et de s’organiser pour se défendre. Sinon, nous aurons du mal à penser à respirer.

Million Belay (PhD)
Coordinateur général
Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique
www.afsafrica.org

 

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