Réflexion de l’AFSA sur la COP16 : Tenir la ligne pour l’agroécologie et la souveraineté alimentaire

Alors que la 16e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) s’achève ici à Cali, en Colombie, l’AFSA réfléchit à ce qui a été un tourbillon de hauts et de bas. Avec nos partenaires – ZAAB, SKI, Friends of the Earth Africa, ABN, BIBA Kenya, PINGOs Forum et le Pastoral Women’s Council – nous avons partagé des histoires, des stratégies et des rêves pour les systèmes alimentaires de l’Afrique. À l’heure où le sommet s’achève, une chose est sûre : le travail à accomplir est considérable, mais notre détermination est inébranlable.

Nouveautés : Une étincelle d’espoir pour l’agroécologie

Contre toute attente, l’agroécologie gagne du terrain, non seulement dans les discussions de niche, mais aussi sur la scène mondiale de la biodiversité. Elle est officiellement mentionnée dans l’objectif 10 du cadre mondial pour la biodiversité, mais elle est de plus en plus reconnue comme une réponse holistique à l’ensemble des 23 objectifs. Il s’agit d’une étape clé qui a permis de mettre nos demandes sur la table. Nous affirmons ce que les agriculteurs, les communautés autochtones et les militants de la souveraineté alimentaire savent depuis longtemps : l’agroécologie n’est pas seulement un moyen de cultiver des aliments, mais aussi un moyen de guérir les écosystèmes, de récupérer la souveraineté alimentaire et de créer des communautés résilientes.

L’Alliance mondiale pour l’avenir de l’alimentation a lancé un nouveau guide lors de la COP 16, intitulé Stimuler l’action en faveur de la biodiversité grâce à l’agroécologie. Il s’agit d’une boîte à outils complète destinée à aider les pays à intégrer l’agroécologie dans les stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB). La grande question est de savoir comment : les agriculteurs et les communautés locales seront-ils au centre de l’élaboration des politiques et de leur mise en œuvre ? Quels sont les principes de l’agroécologie qui seront maintenus, quelles sont les lignes rouges à ne pas franchir ? Le travail consiste désormais à négocier au niveau national et à garantir la mise en œuvre et le financement de l’agroécologie dans le cadre de processus d’élaboration des politiques historiquement cloisonnés[1].

Ce qui n’est pas le cas : La capture des entreprises sous le manteau de la conservation

La COP16 présente une autre facette, qui jette une ombre sur l’avenir. Cette année, les intérêts des entreprises se sont manifestés en force, avec des sociétés proposant des solutions dites « positives pour la nature » qui ressemblent à la « paix avec la nature » en surface, mais qui sont enracinées dans des systèmes basés sur le marché qui, en fin de compte, aggravent les injustices environnementales et sociales. La biologie synthétique, les informations numériques sur les séquences et les « crédits » de biodiversité semblent prometteurs dans des présentations bien léchées, mais derrière ces mots à la mode se cache un programme caché, qui cherche à réifier la nature, à donner un prix à ce qui n’a pas de prix.

Notre ami et allié, Jim Thomas, a saisi cette évolution dans son récent article sur la conclusion de la COP. Il décrit comment la CDB est passée d’un traité centré sur la terre à un marché axé sur les affaires. La biodiversité, qui devrait être sacrée, est de plus en plus traitée comme un actif économique – ouvert au commerce, détenu par des entreprises, et soustrait à l’intendance des communautés autochtones qui ont pris soin de ces écosystèmes depuis des générations. Regarder Marchés, crédits et compensations pour vous faire une idée du caractère insidieux de ce changement. Vous y découvrirez la dure réalité de la financiarisation de la biodiversité et ce que cela signifie pour les communautés sur le terrain.

Le chemin à parcourir : Construire une vague de fond pour la souveraineté alimentaire

Malgré ces revers, notre esprit reste inébranlable. Nos agriculteurs, nos éleveurs, nos pêcheurs, nos chefs religieux et les gardiens de nos communautés à travers l’Afrique sont le pouls vivant de nos systèmes alimentaires. Leurs connaissances ancestrales, leurs semences et leurs histoires nous rappellent que notre lutte pour l’agroécologie et la souveraineté alimentaire ne se limite pas à des politiques ou à des objectifs, mais qu’elle concerne des personnes. Il s’agit de protéger nos terres, nos eaux et nos traditions contre les forces qui cherchent à transformer tout ce que nous valorisons en une marchandise commercialisable.

À l’issue de la COP16, nous sommes plus déterminés que jamais. La voie à suivre est claire : pour sauvegarder la souveraineté alimentaire de l’Afrique, nous devons construire des alliances puissantes à tous les niveaux, des communautés locales aux tables politiques nationales. Notre travail consiste à faire en sorte que la réponse de l’Afrique à la perte de biodiversité, au changement climatique et à l’insécurité alimentaire soit fondée sur l’agroécologie, et non sur de fausses solutions qui promettent beaucoup mais n’apportent pas grand-chose.

Renouveler notre engagement pour l’avenir de l’Afrique

Le temps que nous avons passé à la COP16 a renforcé notre détermination. Au milieu du bruit des intérêts des entreprises et des solutions technologiques, les voix des agriculteurs africains, des peuples autochtones et des dirigeants communautaires résonnent plus fort et plus clairement. L’AFSA se tient à vos côtés, engagée dans une vision de l’Afrique où la nourriture est cultivée de manière durable, où les semences sont conservées et où nos terres restent entre les mains de ceux qui en prennent soin.

Nous quittons Cali le cœur enflammé, prêts à engager les décideurs politiques et à mobiliser les communautés pour continuer à faire de l’agroécologie la pierre angulaire de l’avenir de l’Afrique. Ensemble, nous pouvons reconquérir nos systèmes alimentaires, protéger nos écosystèmes et garantir le droit de chaque Africain à une vie digne, saine et en harmonie avec la nature.

[1] Lisez l’article du Centre africain pour la biodiversité (ACB) sur le financement ici.

Articles connexes

Articles connexes

S’inscrire à notre newsletter

Retour en haut