Une position résolue pour défendre les droits des agriculteurs, résister aux OGM et ouvrir la voie à la résilience écologique
NOUS, membres du Groupe de travail sur les semences de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique et alliés issus de 27 pays africains et représentant des agriculteurs, des universitaires, des OSC, des ONG, des médias, des organisations confessionnelles, des agronomes, des juristes spécialistes de l’environnement et des droits de l’homme, commémorons la conclusion fructueuse de la Conférence panafricaine sur la gouvernance des semences, qui s’est tenue ici, à Dar Es Salam, en Tanzanie, du 14 au 17 août 2023.
Reconnaissant le rôle des femmes en tant que gardiennes des semences, les liens culturels et spirituels des semences et le travail de premier plan des mouvements de paysans et d’agriculteurs à travers le monde, nous nous sommes réunis pour galvaniser une plus grande action en faveur de la priorisation politique des systèmes de semences gérés par les agriculteurs et des droits des agriculteurs sur le continent. Nous avons partagé des connaissances inestimables et tissé des liens. Nous affirmons notre engagement en faveur de la souveraineté alimentaire de l’Afrique.
La conférence panafricaine sur les semences s’articule autour de trois thèmes essentiels :
- L’exploration des nouvelles biotechnologies et leurs implications pour la souveraineté semencière de l’Afrique. Il est clair que nous partageons une préoccupation collective quant aux risques associés à ces technologies. Nous nous opposons fermement au lobby en faveur de l’adoption sans discernement d’organismes génétiquement modifiés (OGM). L’absence d’examen complet et de prise en compte politique des impacts à long terme sur nos écosystèmes, sur les diverses variétés de semences et sur le tissu socio-économique de nos communautés agricoles est dangereuse et constitue un manquement grave aux droits de l’homme et à la politique.
- Le rôle essentiel des systèmes de semences gérés par les agriculteurs pour garantir la souveraineté alimentaire de l’Afrique. Grâce à de riches études de cas et à des témoignages de première main, nous avons célébré la résilience, la diversité et l’importance culturelle des semences conservées par les agriculteurs. Ces semences ne sont pas seulement les dépositaires de la diversité génétique, elles incarnent également les traditions, les connaissances et les identités de nos communautés agricoles.
- Forger des synergies continentales pour des politiques solides de souveraineté des semences. Les discussions ont mis l’accent sur la collaboration, l’échange de connaissances et l’alignement des politiques entre les nations africaines et non africaines. En partageant nos expériences et nos meilleures pratiques, nous pouvons plaider en faveur de politiques reflétant les divers besoins agricoles. Si l’unité est inébranlable, la reconnaissance des contextes distincts est cruciale. Nous canalisons notre énergie collective pour créer des politiques équitables, justes et cohérentes qui respectent la diversité tout en poursuivant des objectifs communs.
Réaffirmer notre position
- Nous rejetons catégoriquement la contamination des semences paysannes, des systèmes écologiques et alimentaires par les OGM, les technologies nouvelles et émergentes. Nous affirmons le droit et la nécessité de préserver l’intégrité de la biodiversité et des systèmes de fonctionnement écologiques.
- Alors que la Tanzanie s’apprête à accueillir le forum annuel de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRF), nous exprimons notre profonde inquiétude face aux pressions continues exercées par l’AGRA et d’autres entreprises pour influencer les politiques semencières des gouvernements africains et les réglementations en matière de biosécurité, afin d’accroître la mainmise des entreprises sur les semences et leur contrôle sur le continent.
- Nous réitérons notre appel aux dirigeants pour qu’ils rejettent les technologies de la révolution verte qui ont échoué et veillent à ce que les gouvernements, les décideurs politiques, les producteurs de denrées alimentaires et les consommateurs du continent tracent leur propre voie vers des systèmes alimentaires et des pratiques agricoles durables et sains.
- Nous sommes très préoccupés par la zone de libre-échange continentale africaine, car ses normes en matière de propriété intellectuelle conduiront à la privatisation des systèmes semenciers et alimentaires africains.
- Nous quittons cette conférence inspirés et déterminés à poursuivre nos efforts collectifs pour défendre les divers systèmes de semences des agriculteurs et faire en sorte qu’ils soient prioritaires sur le plan politique.
Nous formulons les recommandations suivantes :
- Mettre en place des mécanismes juridiques solides pour donner la priorité aux droits des agriculteurs, aux variétés traditionnelles et à la durabilité écologique.
- Promouvoir les systèmes de gestion des semences par le biais de politiques qui offrent un financement et un soutien technique et reconnaissent l’importance des connaissances locales. Ces politiques doivent affirmer les droits des paysans et des peuples autochtones à choisir, semer et ressemer librement les semences, même si elles sont couvertes par des droits de propriété intellectuelle.
- Construire en collaboration des réseaux d’échange de semences entre les agriculteurs et les ONG afin de conserver et de partager les variétés locales. Renforcer les systèmes résilients de semences diversifiées et accessibles au profit des générations futures.
- Les agriculteurs et les consommateurs ont le droit de dire non aux OGM, y compris aux nouvelles technologies génétiques, et ce droit doit être reconnu dans le cadre juridique national et continental.
- Reconnaître le droit des autorités, y compris des autorités locales, à établir des zones sans OGM et à mettre en place des mesures adéquates pour empêcher la contamination de ces zones.
- imposer des évaluations approfondies et à long terme des risques liés à l’utilisation de toutes les technologies génétiques
Pour plus d’informations, veuillez contacter
Frances Davies, responsable du plaidoyer politique et de la communication, ZAAB & AFSA Président du groupe de travail sur les semences et l’agroécologie
network@zambianagroecology.org
Famara Diédhiou, Chargée de programme, AFSA
L’AFSA est une vaste alliance d’acteurs de la société civile qui luttent en Afrique pour la souveraineté alimentaire et l’agroécologie. Il s’agit d’un réseau de réseaux composé de 41 membres actifs dans 50 pays africains. Il s’agit notamment de réseaux de producteurs alimentaires africains, d’organisations de populations autochtones, d’organisations confessionnelles, de groupes de femmes et de jeunes, et de mouvements de consommateurs.