Nous, participants au rassemblement des chefs africains et à la réunion politique sur les systèmes alimentaires africains, représentant 23 pays du continent, nous sommes réunis dans un esprit d’unité, de détermination et de solidarité pour publier cette déclaration collective.
- Célébrer notre patrimoine
Nous affirmons la beauté, la dignité et le caractère sacré des systèmes alimentaires africains, qui ont nourri les corps, soutenu les cultures et relié les communautés à travers les générations.
Nous célébrons :
- Le rôle essentiel des aliments indigènes dans les cérémonies, les pratiques curatives et la vie spirituelle.
- Les plats traditionnels, qui ont transmis la sagesse ancestrale et apporté des nutriments.
- Les rituels alimentaires qui honorent les ancêtres, favorisent la cohésion communautaire et protègent la biodiversité.
- Les festivals culinaires, les traditions et les campagnes médiatiques qui promeuvent la fierté de « manger africain ».
- Les connaissances écologiques ancrées dans les cycles saisonniers, la préparation communautaire et les rythmes agricoles sacrés.
- Le travail des chefs, des anciens et des communautés qui innovent tout en restant ancrés dans leur identité culturelle.
- Les entreprises dirigées par des jeunes et les adaptations créatives de la restauration rapide africaine qui mettent à l’honneur les ingrédients et les histoires locales.
- Reconnaître nos défis
Tout en honorant notre patrimoine alimentaire, nous sommes également confrontés à de profonds défis qui menacent sa survie et sa vitalité.
Nous reconnaissons :
- La déconnexion croissante des jeunes avec les traditions alimentaires, qui perçoivent souvent l’agriculture et la cuisine comme une punition.
- Les systèmes d’éducation culinaire qui marginalisent les connaissances africaines et valorisent les pratiques eurocentriques.
- L’exclusion structurelle de la cuisine africaine de la gastronomie mondiale et des marchés traditionnels.
- Les effets du changement climatique, de la dégradation des sols et de la négligence politique sur la souveraineté semencière et les cultures traditionnelles.
- La persistance des discours coloniaux et des modèles de développement extractifs qui érodent nos cultures alimentaires.
- Les contradictions politiques qui consistent à prôner l’agroécologie dans les discours mais à la mettre de côté dans la pratique.
- Les lacunes en matière d’infrastructures, le manque de chambres froides, les mauvaises conditions de transport et l’insuffisance des investissements, qui désavantagent les chefs et les petits producteurs.
- Une stigmatisation sociale profondément enracinée qui présente la cuisine africaine comme inférieure ou inadaptée aux établissements hôteliers modernes.
- Reconnaître nos opportunités
Malgré les défis à relever, nous voyons d’immenses possibilités de restauration, de renaissance et de réinvention des systèmes alimentaires africains.
Nous envisageons :
- Renforcer les connaissances intergénérationnelles par le biais des écoles, des réseaux culinaires et des plateformes numériques de narration.
- Documenter et célébrer le savoir ancestral en matière d’alimentation à travers des livres de cuisine, les médias et des festivals gastronomiques.
- Des innovations politiques qui donnent la priorité à l’approvisionnement local, à la protection des semences et à la recherche communautaire.
- L’autonomisation des femmes et des jeunes en tant qu’acteurs centraux de la transformation agroécologique et culinaire.
- Définir les systèmes alimentaires africains comme scientifiques, durables et adaptables aux besoins contemporains.
- Renforcer la collaboration régionale entre les chefs, les décideurs politiques, les chercheurs et les institutions culturelles.
- Institutionnalisation de plateformes continentales, telles qu’une « Journée culinaire africaine » et des feuilles de route culinaires nationales.
- Réformer les programmes éducatifs afin de décoloniser les connaissances et de valoriser les traditions alimentaires africaines.
- Nos engagements et appels à l’action
Nous nous engageons à :
- Placer les valeurs africaines de partage, de dignité et de guérison au cœur de tous nos travaux sur les systèmes alimentaires.
- Remettre en question les discours dominants et défendre la souveraineté alimentaire dans les politiques, les médias et l’éducation.
- Encourager les collaborations régionales qui amplifient les connaissances culinaires, la diversité des semences et les échanges interafricains.
- Promouvoir des réformes inclusives des programmes scolaires qui valorisent les traditions alimentaires africaines dans l’enseignement culinaire et agricole.
- Soutenir la narration qui met en valeur les chefs, les agriculteurs et les guérisseurs alimentaires locaux en tant que gardiens de notre patrimoine.
- Exiger la mise en œuvre, et non la simple rédaction, de politiques nationales et régionales en matière de souveraineté alimentaire.
- Appeler les législateurs africains à harmoniser les politiques climatiques, agricoles et éducatives avec les systèmes alimentaires indigènes.
- Protéger les petits producteurs et les traditions culinaires contre les influences extérieures abusives.
- Promouvoir les investissements publics et privés dans les chefs cuisiniers locaux, les innovateurs alimentaires et les pôles culturels alimentaires.
- Une déclaration vivante
Nous quittons cette réunion avec un esprit uni, un objectif commun et une vision collective pour nourrir l’Afrique grâce à nos mains, nos cœurs et notre patrimoine. Nous allons de l’avant en nous appuyant sur les connaissances ancestrales, la fierté culturelle et la conviction inébranlable que les systèmes alimentaires africains ne sont pas seulement un héritage, mais aussi un avenir.
Que cette déclaration ne reste pas lettre morte, mais devienne un engagement vivant, passant de nos cuisines et de nos fermes aux politiques et aux salles de classe, des histoires que nous racontons à l’avenir que nous façonnons.



