Thiès, Sénégal, 12 février 2026
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), en collaboration avec des organisations de la société civile et des agriculteurs d’Afrique de l’Ouest et du Centre, a exprimé sa profonde inquiétude concernant l’atelier sous-régional sur le secteur des semences organisé à Abidjan par le CORAF (Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles) et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) du 11 au 13 février 2025.
Tout en reconnaissant l’importance du dialogue régional sur les systèmes semenciers, l’AFSA et ses partenaires avertissent que le processus actuel risque de violer les droits des paysans en marginalisant les systèmes semenciers paysans fondement de la production alimentaire en Afrique. Leurs droits sont, en effet, garantis au plan international par des instruments juridiques majeurs, en l’occurrence la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des personnes travaillant en milieu rural (UNDROP) et l’article 9 du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA).
L’atelier, qui vise à définir des stratégies régionales pour le secteur semencier, a largement exclu les organisations paysannes et les acteurs de la société civile ayant une longue expérience des systèmes semenciers paysans, notamment les banques et cases de semences communautaires, les foires aux semences et les initiatives participatives de développement des semences dans toute la région.
« Toute stratégie sur les semences qui exclut les paysans et leurs organisations est fondamentalement viciée », a déclaré Alihou Ndiaye, coordinateur du Comité Ouest Africain des Semences Paysannes (COASP), une organisation membre de l’AFSA. « Les paysans ne sont pas des acteurs périphériques. Ils sont les gardiens et les innovateurs des systèmes semenciers qui nourrissent l’Afrique. Les politiques doivent être élaborées avec eux, et non pour eux. »
L’AFSA a également fait part de ses préoccupations concernant l’utilisation continue du terme « semences informelles » dans les discussions politiques, alors que les processus de l’Union africaine dans le cadre du Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) reconnaissent les systèmes semenciers paysans comme essentiels à la transformation agricole et à la résilience climatique.
Selon des études récentes de l’Union africaine, entre 80 et 90 % des semences utilisées par les agriculteurs africains proviennent de systèmes semenciers paysans, mais ces systèmes restent peu, voire pas soutenus par les politiques et la réglementation.
« Qualifier les semences paysannes d’« informelles » ou d’inférieures, c’est ignorer la réalité selon laquelle ces systèmes fournissent la majorité des semences utilisées en Afrique », a déclaré Famara Diédhiou, coordinateur du groupe de travail sur les semences de l’AFSA. « Les semences paysannes sont diverses, résilientes et adaptées aux conditions locales. Le processus du PDDAA de l’Union africaine reconnaît désormais les systèmes semenciers paysans et les systèmes semenciers indigènes comme essentiels à l’avenir agricole de l’Afrique, et les stratégies régionales doivent s’aligner sur cette évolution en reconnaissant les paysans comme les gardiens légitimes de notre diversité semencière. »
Les organisations de la société civile ont également critiqué les propositions actuelles visant à simplifier les systèmes de certification, qui risquent de traiter les variétés paysannes comme étant de moindre qualité. Elles plaident plutôt en faveur de systèmes réglementaires fondés sur une reconnaissance égale, mais avec des règles adaptées à la nature et à la diversité des systèmes semenciers paysans.
Les OSC et les OP restent très vigilantes quant-à-la menace que représente l’UPOV pour le système semencier des pays africains dont les gouvernements ne cessent de subir de fortes pressions de la part des lobbies de l’agrobusiness. Cette exigence est non négociable et c’est bien ce qu’a voulu traduire M. Jean-Paul Sikeli de la COPAGEN en ces termes : « Nous ne pouvons pas permettre au régime de l’UPOV de détruire le patrimoine génétique de l’Afrique. Nos systèmes semenciers doivent protéger la diversité et les droits des paysans, et non imposer une uniformité industrielle. »
L’AFSA et ses organisations partenaires appellent le CORAF, la FAO et les institutions régionales à veiller à ce que les processus futurs incluent pleinement les organisations paysannes et la société civile, à aligner les stratégies sur les nouvelles orientations politiques de l’Union africaine et à renforcer les systèmes semenciers paysans comme fondement de systèmes alimentaires africains résilients.
« L’avenir des semences en Afrique ne peut être décidé dans des salles où les paysans sont absents », a ajouté M. Ndiaye. « Si nous voulons des systèmes alimentaires résilients, les paysans doivent être au centre des décisions politiques et d’investissement. »
L’AFSA et les organisations alliées restent prêtes à s’engager de manière constructive avec les institutions régionales afin d’élaborer des politiques semencières inclusives et centrées sur les paysans à travers l’Afrique.
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Consultez la déclaration de position de l’AFSA ici
Contacts médias :
Famara Diedhiou, Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA)
E-mail :famara.diedhiou@afsafrica.org , WhatsApp +221 77 539 89 28
Jean Paul Sikeli, Coalition Pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN)
E-mail : sikelijeanpaul3@gmail.com ; WhatsApp +225 05 92 50 06


