L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) publie cette déclaration suite à la conclusion de la 30e Conférence des Parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui s’est tenue du 10 au 21 novembre 2025 à Belém, au Brésil. Si l’AFSA reconnaît les efforts déployés par les parties et les négociateurs à Belém, le résultat final, appelé Mutirao, est loin d’être à la hauteur de l’ambition nécessaire pour faire face à la crise climatique, notamment en ce qui concerne les systèmes alimentaires et l’agriculture.
En tant que réseau continental représentant plus de 200 millions de petits producteurs alimentaires, de peuples autochtones, d’éleveurs, de femmes et de jeunes, l’AFSA a abordé la COP30 avec l’espoir que les parties prendraient des mesures décisives pour intégrer la transformation des systèmes alimentaires à l’agenda climatique. Ces attentes reposaient sur les positions politiques de l’AFSA avant la COP30, couvrant des domaines prioritaires tels que l’Objectif mondial d’adaptation (OMA), le Programme de travail conjoint de Charm el-Cheikh sur l’agriculture (PTCA), les Plans nationaux d’adaptation (PNA), les contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0), le Programme de travail pour une transition juste et le financement climatique.
Absence de reconnaissance des systèmes alimentaires dans la décision Mutirao
Le Mutirão est le résultat final des négociations de la COP30 et tire son nom d’un concept portugais brésilien désignant le travail collectif, le labeur partagé ou l’effort communautaire, généralement mobilisé pour promouvoir le bien commun. Dans un esprit de coopération, la décision du Mutirão était censée représenter un effort mondial unifié et ambitieux pour accélérer l’action climatique.
Cependant, malgré le symbolisme, le texte final de Mutirao ne fait aucune référence aux systèmes alimentaires ni à l’agriculture, omettant des secteurs à la fois très vulnérables aux impacts climatiques et essentiels aux trajectoires mondiales d’émissions. Cette absence fragilise l’adéquation entre les ambitions climatiques mondiales et les réalités vécues par les communautés sur le terrain.
Malgré un consensus scientifique croissant selon lequel les systèmes alimentaires sont responsables de près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et malgré le fait que l’agriculture figure parmi les secteurs les plus vulnérables au changement climatique à l’échelle mondiale, la décision finale ne mentionne ni l’agriculture, ni les systèmes alimentaires, ni la sécurité alimentaire, ni la production alimentaire. Cette omission constitue un revers majeur, en particulier pour les pays du Sud, où l’agriculture emploie la majorité de la population et demeure le pilier de leurs moyens de subsistance.
Attentes non satisfaites de la COP30
En amont de la COP30, l’AFSA s’était engagée à poursuivre les actions dans des domaines prioritaires clés, appelant à des progrès significatifs concernant les priorités essentielles liées au climat et aux systèmes alimentaires. Il s’agissait notamment de l’Objectif mondial d’adaptation (OMA), du Programme de travail conjoint de Charm el-Cheikh sur l’agriculture (PTCA), des Plans nationaux d’adaptation (PNA), des contributions déterminées au niveau national (CDN 3.0), du Programme de travail pour une transition juste et du financement climatique. L’AFSA reconnaît toutefois que ;
Les parties n’ont pas réussi à s’entendre sur l’intégration de l’agroécologie aux indicateurs du GGA. L’absence d’indicateurs clairs limite la capacité de suivre les résultats de l’adaptation liés aux systèmes alimentaires, à la santé des sols, à la biodiversité et à d’autres indicateurs agroécologiques.
Le programme de travail conjoint de Charm el-Cheikh sur l’agriculture reste sans avenir institutionnel défini au-delà de 2026. L’AFSA avait espéré que la COP30 garantirait une gouvernance plus forte, une collaboration technique et une continuité à long terme, mais ces objectifs n’ont pas été atteints.
Bien que de nombreux pays africains aient élaboré ou soumis des plans nationaux d’action (PNA), les lacunes en matière de financement, les défis institutionnels et le soutien limité aux approches locales persistent. La COP30 n’a pas permis de mettre en place les mécanismes de financement par subventions nécessaires à la concrétisation des engagements pris dans le cadre des PNA.
Alors que les pays préparent leur prochain cycle de CDN, la COP30 n’a pas envoyé de signal clair encourageant l’inclusion de la transformation des systèmes alimentaires ou de l’agroécologie dans les engagements nationaux.
Alors que les Parties ont fait progresser les discussions sur le Programme de travail pour une transition juste, l’agriculture, qui est le secteur employeur le plus important d’Afrique et le plus sensible au climat, reste insuffisamment prise en compte dans ce cadre.
Les parties n’ont pas précisé l’ampleur, la structure ni l’accessibilité des financements climatiques promis et, sans engagements financiers clairs, il reste difficile pour les communautés africaines de développer l’agroécologie et les solutions climatiques communautaires.
Préoccupations liées aux déséquilibres entre les parties prenantes
L’AFSA a constaté une présence accrue des intérêts de l’agriculture industrielle tout au long de la COP30, notamment au sein de l’Agrizone. Cet espace a mis en avant des technologies et des discours ancrés dans les monocultures industrielles, les semences génétiquement modifiées et les modèles de production dépendants des énergies fossiles, des approches qui ont depuis longtemps accentué la vulnérabilité climatique, fragilisé les petits producteurs et dégradé les sols dans les pays du Sud.
L’immense visibilité et les ressources considérables de l’agro-industrie contrastaient avec la visibilité limitée et la participation restreinte des petits exploitants agricoles, qui sont responsables de nourrir plus de 60 % de la population mondiale, mais qui sont systématiquement marginalisés dans la prise de décision climatique mondiale.
Si le dialogue multipartite est essentiel, la prédominance des discours sur une agriculture industrielle à forte intensité d’intrants a occulté les besoins et les savoirs des petits exploitants agricoles et des communautés autochtones. Ces déséquilibres risquent d’orienter le débat mondial vers des solutions technologiques et des modèles axés sur l’exportation qui ne tiennent pas compte des vulnérabilités structurelles des systèmes alimentaires africains.
La voie à suivre pour l’AFSA
L’AFSA réaffirme son engagement à collaborer avec les gouvernements, les organismes régionaux, les organisations de la société civile et les partenaires mondiaux pour faire progresser :
- L’intégration de l’agroécologie dans les cadres climatiques mondiaux et nationaux comme voie scientifiquement fondée et socialement juste pour la résilience, l’adaptation et l’atténuation.
- Un financement climatique accessible, sous forme de subventions, qui atteint les communautés en première ligne face aux impacts climatiques.
- Renforcement de la participation des petits producteurs, des peuples autochtones, des femmes et des jeunes aux processus de la CCNUCC.
- Plaidoyer fondé sur des données probantes pour garantir que les futures négociations climatiques reconnaissent la transformation des systèmes alimentaires comme un élément central de la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris.
- Engagement constructif en amont de la COP31, avec une attention particulière aux indicateurs GGA, aux décisions SJWA, à la mise en œuvre du NAP, aux soumissions NDC 3.0 et à l’architecture de transition juste.
Appel à l’action
La décision Mutirao a offert une opportunité d’action collective mondiale. Cependant, sans reconnaissance explicite des systèmes alimentaires et de l’agriculture, elle constitue une réponse incomplète à la crise climatique. L’AFSA exhorte donc les parties à profiter des mois à venir pour combler ces lacunes, renforcer leurs ambitions et veiller à ce que les prochaines négociations climatiques aboutissent à des résultats qui reflètent le rôle central des systèmes alimentaires dans la résilience climatique.
L’AFSA réaffirme également son engagement à mobiliser les mouvements africains, à amplifier les voix de première ligne et à plaider sans relâche pour la souveraineté alimentaire, l’agroécologie et la justice climatique sur le continent et dans le monde entier.


