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L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) et le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM) appellent les dirigeants de l’UA et de l’UE à prendre note des préoccupations exprimées par la société civile africaine au sens large quant à l’importance de l’économie rurale, de l’agriculture familiale et de la production alimentaire à petite échelle, dont dépendent plus de 60 % des ménages africains pour leur subsistance.

La déclaration est publiée avant la réunion des dirigeants de l’UA et de l’UE le 9 décembre 2020 à Bruxelles. Elle appelle les décideurs politiques à :

  • Garantir une place aux acteurs de la société civile, tant au sein qu’à l’extérieur des espaces décisionnels. Les acteurs de la société civile ont beaucoup de mal à trouver leur place à la table des négociations ; certains choisissent de rester “ en dehors”. Tous doivent pouvoir exprimer leur avis en toute liberté et sans se mettre en danger et pouvoir peser sur les décisions.
  • Reconnaître, valoriser et soutenir l’énorme potentiel de l’agroécologie*pour augmenter de manière durable la sécurité et la souveraineté alimentaires, réduire la pauvreté et la faim, tout en préservant la biodiversité et en respectant les savoirs et les pratiques innovantes des peuples autochtones. Ceci nécessite de changer le financement des programmes de développement, car on voit très clairement que les bailleurs publics ont pour la plupart tendance à ignorer cette approche transformatrice.[1]
  • Reconnaître la petite agriculture familiale comme un modèle structurel viable pour le développement du secteur agricole[2].
  • Respecter la résolution 431 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur le droit à l’alimentation et à la nutrition qui exhorte les États à « réglementer strictement l’importation des produits alimentaires étrangers ainsi que la promotion et la commercialisation des aliments industrialisés et hautement transformés. »
  • Accélérer le passage à des systèmes alimentaires durables par des mesures de soutien et des incitations financières qui protègent et améliorent l’accès des producteurs alimentaires à la terre, aux semences, à l’eau, au crédit et aux marchés locaux.
  • Repenser de toute urgence la politique de développement agricole en Afrique, abandonner la préférence pour les systèmes agricoles industriels et se recentrer sur un modèle holistique, durable et culturellement adapté.
  • Redoubler d’efforts pour soutenir le programme de l’Union africaine pour la paix et la sécurité et réduire les violents conflits qui sévissent sur le continent, en reconnaissant que ce sont souvent les femmes, les enfants et les jeunes qui sont les premiers à en souffrir.
  • Soutenir et développer le concept de systèmes alimentaires territoriaux[3], en décentralisant la création de valeur ajoutée, en stimulant l’économie rurale, en garantissant une gouvernance locale et en renforçant les chaînes de valeur là où le gaspillage alimentaire est actuellement énorme.
  • Mettre fin à la marchandisation des ressources naturelles de l’Afrique, qui sont achetées et vendues par les multinationales et les élites locales. Les générations futures ont besoin de suffisamment de terres fertiles et de sols vivants pour nourrir et fournir de quoi vivre à leur famille et à leurs descendants, et pour préserver l’intégrité de leur culture.
  • Protéger et promouvoir les droits des femmes à la terre. Quoiqu’elles soient reconnues comme assurant la majeure partie du travail dans les petites exploitations agricoles, seule une minuscule fraction des femmes africaines ont le contrôle de leurs terres. Les femmes doivent véritablement pouvoir faire entendre leur voix sur la gouvernance foncière et les acquisitions de terres à grande échelle.
  • Garantir que toutes les grandes acquisitions foncières soient précédées d’une évaluation transparente des conséquences environnementales, sociales et culturelles et d’un consentement préalable éclairé des communautés autochtones et paysannes. Les communautés doivent décider ce qui se passe sur leurs terres et avoir le droit de dire non !
  • Faciliter l’accès à la terre pour les jeunes afin d’éviter les vagues de migrations et les inégalités en matière d’emploi dans les pays africains.
  • Faire adopter un traité des Nations unies juridiquement contraignant pour s’assurer que les entreprises transnationales soient pleinement redevables des violations des droits humains et des crimes environnementaux qu’elles commettent.[4]
  • Travailler ensemble – UE, UA et société civile – pour garantir que la terre reste aux mains de ses utilisateurs légitimes et qu’elle soit gérée dans le respect de la nature et pour répondre aux besoins et aspirations des communautés qui vivent de la terre.

[1] https://www.cidse.org/wp-content/uploads/2020/09/CIDSE-Agroecology-and-Finance-Briefing-Sept-2020-1.pdf Voir aussi RECOWA, 2020, Message des Evêques Membres du 8ème Conseil Permanent

[2]

[3] https://www.righttofoodandnutrition.org/fr/node/118

[4] https://www.cidse.org/wp-content/uploads/2020/02/CIDSE-Submission-Feb-28.pdf  voir aussi RECOWA, 2020, Message des Evêques Membres du 8ème Conseil Permanent

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