L’AFSA exhorte les dirigeants africains à placer l’agroécologie au cœur de l’action climatique et de la transformation du système alimentaire
Addis-Abeba, Éthiopie | 10 septembre 2025
L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), une coalition continentale regroupant 43 organisations membres actives dans 50 pays africains et représentant 200 millions de personnes, notamment des petits agriculteurs, des réseaux de producteurs alimentaires, des organisations de peuples autochtones, des groupes confessionnels, des organisations de femmes et de jeunes et des mouvements de consommateurs, appelle les dirigeants africains à donner de toute urgence la priorité à l’agroécologie en tant que pierre angulaire de la réponse climatique et de la transformation du système alimentaire en Afrique lors du deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2).
Le sommet a une nouvelle fois souligné que l’Afrique est en première ligne face aux effets du changement climatique. La hausse des températures, les sécheresses prolongées, les précipitations irrégulières, les inondations et le décalage des saisons compromettent déjà la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur tout le continent. Selon les rapports de la FAO et du GIEC, la productivité agricole en Afrique a chuté de plus de 30 % depuis 1961 en raison du changement climatique, ce qui représente la pire baisse de toutes les régions du monde. Cela menace les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs et de producteurs alimentaires, tout en intensifiant la faim, la pauvreté et les migrations.
Malgré cette réalité, les politiques alimentaires et agricoles africaines continuent de privilégier les modèles agricoles à grande échelle, dirigés par les entreprises et à forte intensité d’intrants, qui ne permettent pas de renforcer la résilience. Ces modèles ont entraîné la dégradation des sols, la perte de biodiversité, la dépendance aux intrants chimiques et l’érosion de l’autonomie des agriculteurs. Ils favorisent des approches extractives qui aggravent la vulnérabilité au lieu de protéger les communautés.
L’agroécologie, en revanche, a constamment démontré son efficacité pour restaurer les écosystèmes, régénérer les sols, améliorer la biodiversité et renforcer la résilience des communautés. Elle intègre les connaissances autochtones aux principes écologiques et à l’innovation, tout en mettant l’accent sur les droits et l’autonomie des agriculteurs, des femmes et des jeunes. L’agroécologie offre à l’ n seulement une voie technique pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, mais aussi un mouvement social et politique visant à reprendre le contrôle des semences, des terres, des marchés et des systèmes alimentaires.
L’AFSA exhorte donc les dirigeants africains et les partenaires de développement à aller au-delà des discours et à prendre des engagements concrets pour institutionnaliser et financer l’agroécologie en tant que pilier de l’action climatique et de la souveraineté alimentaire en Afrique.
Intégrer l’agroécologie dans les contributions déterminées au niveau national (CDN) et les plans d’adaptation nationaux (PAN)
De nombreux pays africains sont en train de mettre à jour leurs CDN et de mettre en œuvre leurs PNA. Ces processus doivent intégrer l’agroécologie comme stratégie centrale d’adaptation et d’atténuation. L’agroécologie offre des avantages connexes, elle renforce la résilience, réduit les émissions, restaure les écosystèmes et soutient les moyens de subsistance, tout en mettant l’accent sur les connaissances et le contrôle locaux (FAO, 2021). L’ACS 2025 peut galvaniser une initiative continentale coordonnée visant à garantir que les transitions agroécologiques soient prises en compte dans les plans climatiques nationaux.
Mettre en œuvre la stratégie climatique africaine et l’Agenda 2063 de l’Union africaine
La stratégie et le plan d’action de l’Union africaine sur le changement climatique et le développement résilient (2022-2032) reconnaissent la nécessité de solutions intégrées et holistiques. L’agroécologie s’inscrit parfaitement dans cette vision et devrait être promue comme une approche phare. L’ACS 2025 offre à l’Union africaine et à ses États membres l’occasion de s’engager dans une programmation agroécologique coordonnée au niveau régional, soutenue par l’harmonisation des politiques et des investissements dans le renforcement des capacités.
Réorienter le financement climatique
Actuellement, moins de 2,5 % du financement mondial pour le climat est consacré aux petits producteurs, et encore moins à l’agroécologie (Biovision & IPES-Food, 2020). ACS 2025 peut marquer un tournant dans la demande de financement climatique ciblé pour les transitions agroécologiques, en particulier grâce à des mécanismes d’accès direct pour les organisations d’agriculteurs, les groupes de femmes et les entreprises dirigées par des jeunes. Cela implique notamment d’inciter des institutions telles que le Fonds vert pour le climat (GCF), le Fonds d’adaptation et la Banque africaine de développement à modifier leurs modèles de financement afin de soutenir les solutions climatiques menées par les communautés.
Renforcer l’agroécologie dans les négociations sur le climat
La présentation forte de l’Afrique lors de la SB62 à Bonn, où l’agroécologie a été présentée comme une voie holistique d’adaptation au climat par les négociateurs africains, ne doit pas perdre son élan. L’ACS 2025 devrait réaffirmer l’agroécologie comme une position stratégique de l’Afrique à l’approche de la COP30, en exigeant sa reconnaissance dans le cadre de l’Objectif mondial d’adaptation (GGA) et dans le cadre du Travail conjoint de Charm el-Cheikh sur l’agriculture et la sécurité alimentaire.
L’Afrique a besoin d’un tournant et ne peut plus se permettre d’investir dans des modèles d’agriculture industrielle défaillants qui aggravent la crise. Le moment est venu d’institutionnaliser et de financer l’agroécologie comme voie vers la résilience climatique, la souveraineté alimentaire et la justice en Afrique.
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Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Simon Bukenya, chargé de programme AFSA, groupe de travail sur l’agroécologie et le climat simon.bukenya@afsafrica.org



