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L’AFSA Demande des Actions Pour Combler Les Lacunes Du PDDAA Et Construire Un Système Alimentaire Juste Et Résilient

Le Sommet extraordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, qui s’est tenu à Kampala, en Ouganda, du 9 au 11 janvier 2025, a marqué un moment historique avec l’adoption de la Stratégie et du Plan d’action de la CAADP (2026–2035) et de la Déclaration de Kampala. Ces documents définissent un cadre global visant à transformer les systèmes agroalimentaires de l’Afrique, avec un accent louable sur l’inclusivité, la durabilité et la résilience.

Nous, à l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), le plus grand mouvement de la société civile militant pour la souveraineté alimentaire sur le continent, reconnaissons l’effort reflété dans l’adoption de ces documents. L’inclusion d’éléments tels que les pratiques agricoles durables, l’économie circulaire et l’accès équitable aux ressources démontre un engagement encourageant envers l’inclusion et l’équité. De même, l’accent mis sur l’autonomisation des femmes et des jeunes, la réduction des écarts de rendement et la promotion de la coordination entre les parties prenantes est un pas dans la bonne direction pour les systèmes agroalimentaires africains.

Cependant, malgré ces mesures positives, l’AFSA, tout comme les petits exploitants agricoles et les organisations de la société civile à travers l’Afrique, reste profondément préoccupée par des lacunes critiques dans la Stratégie de la CAADP et la Déclaration de Kampala. Ces lacunes risquent de compromettre les demandes audacieuses et les aspirations de millions de petits exploitants agricoles, de défenseurs de l’agroécologie et d’organisations de la société civile.

LACUNES PRINCIPALES IDENTIFIÉES

Marginalisation de l’agroécologie: Bien que la Déclaration de Kampala fasse référence à des pratiques durables, elle ne donne pas explicitement la priorité à l’agroécologie en tant que stratégie centrale. Cette omission ne tient pas compte du potentiel avéré de l’agroécologie à améliorer la résilience des cultures, à promouvoir la biodiversité et à répondre aux réalités des petits exploitants agricoles.

Faible représentation et engagement limité: Le sommet a été marqué par une faible participation des chefs d’État et par des opportunités limitées pour un engagement significatif des organisations de la société civile (OSC), des petits exploitants agricoles et des mouvements. Leurs contributions ont reçu une reconnaissance minimale, affaiblissant leur influence sur les discussions et les résultats clés.

Faibles mécanismes de responsabilité: Les mécanismes permettant de tenir les gouvernements responsables de leurs engagements sont sous-développés. L’absence de calendriers clairs pour la mise en œuvre, de cadres budgétaires et de mécanismes de conformité juridique compromet la crédibilité du cadre.

Allocations budgétaires insuffisantes: Malgré les références aux pratiques durables, le cadre ne s’engage pas à allouer des portions significatives des budgets agricoles – au moins 30 % – aux initiatives agroécologiques. L’augmentation des investissements dans l’agroécologie est essentielle pour faire face à la résilience climatique et promouvoir les innovations menées par les agriculteurs.

Accent sur les technologies au lieu des pratiques écologiques: L’accent mis sur les biotechnologies et les outils numériques, sans garanties explicites contre les OGM et les intrants synthétiques, risque de compromettre la biodiversité et l’autonomie des petits exploitants agricoles.

Opposition de la part d’acteurs puissants: Les participants à la session de retour d’information de l’AFSA ont souligné des préoccupations concernant l’opposition à l’agroécologie par des agendas pilotés par les entreprises, menaçant les efforts de l’Afrique pour construire des systèmes alimentaires résilients et justes.

L’APPEL À L’ACTION DE L’AFSA

Reconnaissant l’adoption de la Stratégie de la CAADP et de la Déclaration de Kampala, l’AFSA exhorte les États membres de l’Union africaine à démontrer un engagement politique plus fort pour combler ces lacunes au cours de la phase de mise en œuvre. Pour construire un système alimentaire juste, résilient et inclusif, l’AFSA met en avant les demandes suivantes :

Prioriser l’agroécologie: Intégrer explicitement l’agroécologie comme stratégie centrale dans les cadres agricoles nationaux et régionaux. Développer et adopter des indicateurs alignés sur l’agroécologie pour guider la mise en œuvre et suivre les progrès.

Autonomiser les groupes marginalisés: Dépasser une participation symbolique en veillant à ce que les femmes, les jeunes et les petits exploitants agricoles jouent un rôle significatif dans les processus décisionnels qui influencent directement leurs moyens de subsistance.

Assurer une participation significative: Institutionnaliser des mécanismes garantissant une participation significative de la société civile, des petits exploitants agricoles et des mouvements de base. Cela inclut des lignes directrices claires pour la représentation, des plateformes de dialogue et l’intégration de leurs contributions dans les processus décisionnels clés.

Augmenter les allocations budgétaires à l’agroécologie: Consacrer au moins 30 % des budgets agricoles nationaux aux initiatives agroécologiques. Présenter des projets agroécologiques réussis pour justifier des investissements accrus et renforcer les capacités grâce à des programmes de formation.

Rejeter les solutions pilotées par les entreprises: Sauvegarder les ressources génétiques africaines en rejetant les technologies contrôlées par les entreprises qui portent atteinte à la biodiversité et à l’autonomie des petits exploitants agricoles.

Renforcer les mécanismes de responsabilité: Établir des mécanismes de conformité juridique solides pour s’assurer que les gouvernements tiennent leurs engagements. Utiliser le mécanisme de responsabilité développé par les OSC pour suivre les indicateurs pendant les processus d’examen biennal.

Populariser la Déclaration de Kampala: Diffuser la Déclaration auprès des communautés de base, des petits exploitants agricoles et des OSC afin de sensibiliser et de promouvoir l’agroécologie.

UN APPEL À L’ENGAGEMENT

L’AFSA appelle les États membres de l’Union africaine, les décideurs et les partenaires de développement à aligner la mise en œuvre de la Stratégie de la CAADP et de la Déclaration de Kampala sur les principes de justice, de résilience et d’inclusivité.

En priorisant l’agroécologie, en autonomisant les groupes marginalisés et en renforçant la responsabilité, nous pouvons construire un système alimentaire qui répond véritablement aux besoins des populations africaines, de l’environnement et des générations futures. L’AFSA réaffirme son engagement à travailler avec toutes les parties prenantes pour défendre l’agroécologie et la souveraineté alimentaire comme voies vers un avenir durable pour l’Afrique.

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