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Alors que la 16e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) s’achève ici à Cali, en Colombie, l’AFSA réfléchit à ce qui a été un tourbillon de hauts et de bas. Avec nos membres et partenaires – ZAAB, SKI, Friends of the Earth Africa, ABN, BIBA Kenya, PINGOs Forum et le Pastoral Women’s Council – nous avons partagé des histoires, des stratégies et des rêves pour les systèmes alimentaires de l’Afrique. Mais à l’heure où le sommet s’achève, une chose est sûre : le travail à accomplir est considérable, mais notre détermination est inébranlable.

À la une : une étincelle d’espoir pour l’agroécologie

Contre toute attente, l’agroécologie gagne du terrain, non seulement dans les discussions de niche, mais aussi sur la scène mondiale de la biodiversité. Pour la première fois, l’agroécologie est mise en avant dans l’objectif 10 des objectifs mondiaux en matière de biodiversité, une étape importante qui a permis à notre mouvement de se faire connaître. Cette reconnaissance confirme ce que nos agriculteurs, nos communautés autochtones et nos écologistes savent depuis longtemps : l’agroécologie n’est pas seulement un moyen de cultiver des aliments, c’est aussi un moyen de guérir les écosystèmes, de recouvrer la souveraineté alimentaire et de créer des communautés résilientes.

L’Alliance mondiale pour l’avenir de l’alimentation a lancé un nouveau guide à l’occasion de cette COP, intitulé Boosting Biodiversity Action Through Agroecology (Stimuler l’action en faveur de la biodiversité grâce à l’agroécologie). Il s’agit d’une boîte à outils complète destinée à aider les pays à intégrer l’agroécologie dans leurs stratégies et plans d’action nationaux en matière de biodiversité (SPANB). Mais le défi réside dans la mise en œuvre : comment faire en sorte que ces objectifs mondiaux se traduisent par des actions significatives dans nos pays ? Nous avons maintenant six mois pour y parvenir, six mois pour réunir les décideurs politiques autour de la table et six mois pour veiller à ce que les principes de l’agroécologie – authentiques, axés sur les communautés et respectueux de la biodiversité – soient intégrés dans chaque stratégie.

Ce qui n’est pas le cas : L’accaparement par les entreprises sous couvert de conservation

La COP16 présente un autre aspect, qui jette une ombre sur le reste du monde. Cette année, les intérêts des entreprises se sont manifestés en force, avec des sociétés proposant des solutions dites « positives pour la nature » qui ressemblent à la conservation en surface mais qui sont enracinées dans des systèmes basés sur le marché qui, en fin de compte, aggravent les injustices environnementales et sociales. La biologie synthétique, les informations numériques sur les séquences et les « crédits » de biodiversité semblent prometteurs dans des présentations bien léchées, mais derrière ces mots à la mode se cache un programme caché, qui cherche à marchandiser la nature, à donner un prix à ce qui n’a pas de prix.

Notre ami et allié, Jim Thomas, a parfaitement saisi cette évolution dans son récent article, dans lequel il décrit comment la CDB est passée d’un traité centré sur la planète à un marché orienté vers les affaires. La biodiversité, qui devrait être sacrée, est de plus en plus traitée comme un actif économique – ouvert au commerce, détenu par des entreprises, et soustrait à l’intendance des communautés autochtones qui ont pris soin de ces écosystèmes depuis des générations. Si vous souhaitez vous faire une idée plus précise du caractère insidieux de cette évolution, vous devez absolument regarder la vidéo d’animation intitulée « Markets, Credits, and Offsets » ( Marchés, crédits et compensations). Elle montre la dure réalité de la financiarisation de la biodiversité et ce que cela signifie pour les communautés sur le terrain.

Le chemin à parcourir : Construire une vague de fond pour la souveraineté alimentaire

En dépit de ces revers, notre esprit reste inébranlable. Nos agriculteurs, nos éleveurs, nos pêcheurs, nos chefs religieux et les gardiens de nos communautés à travers l’Afrique sont le pouls vivant de nos systèmes alimentaires. Leurs connaissances ancestrales, leurs semences et leurs histoires nous rappellent que notre lutte pour l’agroécologie et la souveraineté alimentaire ne se limite pas à des politiques ou à des objectifs, mais qu’elle concerne des personnes. Il s’agit de protéger nos terres, nos eaux et nos traditions contre les forces qui cherchent à transformer tout ce que nous valorisons en une marchandise commercialisable.

À l’issue de la COP16, nous sommes plus déterminés que jamais. La voie à suivre est claire : pour sauvegarder la souveraineté alimentaire de l’Afrique, nous devons construire des alliances puissantes à tous les niveaux, des communautés locales aux tables politiques nationales. Notre travail consiste à faire en sorte que la réponse de l’Afrique à la perte de biodiversité, au changement climatique et à l’insécurité alimentaire soit fondée sur l’agroécologie, et non sur de fausses solutions qui promettent beaucoup mais n’apportent pas grand-chose.

Le temps que nous avons passé à la COP16 a renforcé notre détermination. Au milieu du bruit des intérêts des entreprises et des solutions technologiques, les voix des agriculteurs africains, des peuples autochtones et des dirigeants communautaires résonnent plus fort et plus clairement. L’AFSA s’engage en faveur d’une vision de l’Afrique où la nourriture est cultivée de manière durable, où les semences sont conservées et où nos terres restent entre les mains de ceux qui en prennent soin.

Nous quittons Cali le cœur enflammé, prêts à engager les décideurs politiques et à mobiliser les communautés pour continuer à faire de l’agroécologie la pierre angulaire de l’avenir de l’Afrique. Ensemble, nous pouvons récupérer nos systèmes alimentaires, protéger nos écosystèmes et garantir le droit de chaque Africain à une vie digne, saine et en harmonie avec la nature.

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